LE GLOBE DE L'HOMME MOYEN

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vendredi 30 août 2019

PRENDRE LE THÉ, TOUT UN ART…

À mes yeux, ce qui se passe aujourd’hui décourage le commentaire.
Je couve depuis trois mois un texte sur mon expérience en compagnie des Gilets Jaunes, un texte qui a bien du mal à naître, tant je suis aux prises avec nos contradictions à tous, et les trouve de plus en plus insolubles.
Tant aussi j’ai le sentiment de répéter jour après jour depuis plus de trente ans les mêmes mots, les mêmes constats, au point que je pourrais reprendre, et l’ai déjà fait et le referai sûrement, per forza, nombre de mes textes de l’époque sans y changer une virgule puisque je pourrais les écrire à l’identique aujourd’hui…
Reste peut-être la possibilité de partager un sarcasme douloureux, aveu d’impuissance et de dégoût mais aussi énième appel à un minimum de lucidité – cette démarche exigeante, et frustrante parce que révélatrice, sans laquelle aucune action n’est possible.



PRENDRE LE THÉ, TOUT UN ART…



Je prends mon thé.
Earl Grey, parsemé de fleurs de bleuet et de calendula.
Il fait beau ce matin.
Le jardin s’éveille, les roses s’ouvrent, les capucines commencent enfin à fleurir.
Il est 8h.
Pendant que je prends mon thé, quelque part en Syrie, un enfant vient d’être éventré par une bombe, et sa mère le regarde.
La peau de cet homme entre deux âges se boursoufle et brûle sous la morsure de l’acide que son bourreau, un type compétent, verse attentivement sur ses parties les plus sensibles.

Il est 11h.
Un petit creux…
Pendant que je croque-suce mon chocolat bio équitable aux éclats d’amandes grillées, les forêts sibériennes brûlent et les cendres couvrent la banquise, accélérant encore le réchauffement climatique.

Il est 13h30, l’heure de mon café, un moka suave, aux arômes raffinés.
Pendant que je le sirote, en Chine, des enfants Ouïgours, comme des branchettes qu’on élague, sont brutalement séparés de leurs parents, qu’un régime compatissant a décidé pour leur bien d’envoyer dans des camps de « déradicalisation ».

Il est 17h, je vais goûter. Sacré, le goûter ! Pas encore décidé si ce sera thé ou infusion. Le thé parfois perturbe mon endormissement. J’ai besoin de bien dormir.
Pendant que je déguste mon cake aux fruits bio (je n’en ai pas trouvé d’équitable), gaz et pétrole de schiste pourrissent les sols dans l’est canadien, et sur le rivage antarctique des touristes aventureux jettent des poissons aux manchots empereurs.

Il est 19h30.
Tout en dînant légèrement pour garder la ligne, je vais écouter les infos sur France-Inter, « la première radio de France ». J’aime me tenir informé, rester ouvert au monde. Question de citoyenneté, car, comme beaucoup de mes congénères ayant pratiqué le tourisme, je me sens citoyen du monde. Après tout, mon thé vient des Indes ou de Ceylan, mon café de Colombie ou d’Éthiopie, mon chocolat du Pérou.

Il est 23h.
Quelle belle journée ! Quelques pages d’un bon polar bien cynique et bien sanglant, histoire de me vider la tête. Je suis parfois obligé de relire deux ou trois fois une phrase ou l’autre, car mes yeux se ferment : j’ai bien travaillé aujourd’hui.

Il est minuit passé.
Je n’arrive pas à m’endormir. Je me demande bien pourquoi…

mercredi 9 janvier 2019

LA MADONNA SCONTA

LA MADONNA SCONTA

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La Madonna sconta, détail © Sagault 2019

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Je l’ai appelée « La Madone cachée ».
C’est en son apaisante, énigmatique et profonde présence que j’ai choisi de vous souhaiter une belle et bonne année 2019.
Cette Vierge à l’enfant dissimulée dans l’ombre du mur latéral du chœur d’une église piémontaise que je ne nommerai pas, rien ne la signale. Je suis passé bien des fois près d’elle sans la voir, et c’est un rayon de soleil inattendu qui me l’a dévoilée l’été dernier. De l’autre côté du déambulatoire, en face d’elle, à peine plus visible, s’épanouit un San Sebastiano extatique, tout hérissé de flèches ; ses yeux et son sourire le disent, il est déjà en paradis et nous appelle à l’y rejoindre. Seulement, il y a d’abord les flèches…
On n’a rien sans effort – sans engagement. Une sorte de Gilet Jaune, ce Saint Sébastien ?
La fresque à la Madone est nettement plus ancienne que celle qui la recouvrait et dont ne reste, à droite, qu’un fragment. Les restaurateurs l’ont-ils voulu, ont-ils mis en scène cette rencontre admirable ? Sur le fragment le plus récent, un saint, un dominician apparement, semble la découvrir, notre Madone cachée, et il en est frappé comme de la foudre, ébloui.
C’est qu’elle est bien belle, la Madone cachée, bien profonde aussi avec son regard de mère inquiète qui anticipe un avenir douloureux pour son fils et tente d’explorer l’insondable mystère de leur destin à tous deux. C’est aussi nous qu’elle interroge en silence : Et « toi, que fais-tu ? Qu’as-tu fait ? Que feras-tu ? »
Encore un beau silence, si bien peint, si parlant, à verser au grand livre des silences de la Peinture, dont nous avons tenté mon ami Jean Klépal et moi une ébauche toute subjective, faisant appel à nos minuscules univers personnels.
Ce qui est caché n’est pas forcément honteux, me suggère cette envoûtante Vierge à l’enfant, et l’offrir à la lumière peut lui permettre de révéler une beauté aussi nouvelle qu’inattendue.
Et je me dis que cela vaut peut-être le coup d’aller voir ce qui se cache de vrai vécu et d’humanité sous les Gilets Jaunes plutôt que de se réfugier dans le douteux confort versaillais des amalgames malhonnêtes en se contentant des clichés véhiculés par ces agences de désinformation que sont trop souvent devenus les médias, tant publics que privés, dès que le système se sent mis en danger par ceux qu’il opprime depuis trop longtemps avec une violence feutrée autrement féroce que celle qui répond à son injustice grandissante et à son usage de plus en plus démesuré de la brutalité policière.
De même, cela vaut le coup d’écouter ce qu’a à dire un Étienne Chouard avant de lui coller une étiquette indue destinée à rendre sa parole inaudible. Elle mérite pourtant d’être entendue et discutée plutôt que rejetée a priori parce qu’elle dérange les pouvoirs actuels.
Contre les Gilets Jaunes, l’a-priori du gouvernement et des médias qui le servent et l’ont amené au pouvoir est tout sauf démocratique. Il vise de façon particulièrement grossière à les diaboliser en faisant litière de leurs motifs et de leur comportement pour généraliser des bavures très minoritaires. Cette politique de Gribouille mène au pire.
Je formulerai donc le vœu que nous prenions tous la peine de nous souvenir que si nous voulons vivre en société, nous devons nous écouter, nous comprendre, nous entr’aider et non nous mépriser, nous exploiter, nous opprimer.
Je ne suis pas croyant, mais je crois à la beauté et à la bonté, et c’est parce que je sens ces seules vraies valeurs vibrer au plus haut point dans la petite Madone cachée de Saluzzo que j’ai voulu la partager avec vous en ce tout début de l’année 2019, dont nous sommes responsables.

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La Madonna sconta © Sagault 2019

Cliquer sur la photo pour l’agrandir

dimanche 30 décembre 2018

LES GILETS JAUNES, UNE LUEUR DANS LA NUIT ?

« Il est possible de cheminer seul. Mais le bon voyageur sait que le grand voyage est celui de la vie, et qu’il suppose des compagnons.

Compagnon : étymologiquement, c’est celui qui mange le même pain. Heureux qui se sent éternellement en voyage et qui voit dans tout prochain un compagnon désiré...

Le bon voyageur se préoccupe de ses compagnons découragés, las... Il devine le moment où ils en viennent à désespérer. Il les prend où il les trouve. Il les écoute. Avec intelligence et délicatesse, et surtout avec amour, il leur fait reprendre courage et retrouver goût au voyage. »

Dom Helder Camara


GILETS JAUNES, UNE LUEUR DANS LA NUIT ?

Ce que j’ai vécu sur notre rond-point et ce que ça me dit


Ce que je vais livrer ici est un ressenti personnel. Je ne témoigne que de ce que j’ai vu et vécu, et ce témoignage est donc subjectif – comme tous les témoignages, et comme toutes les opinions, n’en déplaise aux amateurs « d’objectivité », il n’est pas inutile de le rappeler au passage.
Subjectif, ce témoignage paraîtra peut-être « naïf », il me semble pourtant correspondre à une évolution si essentielle qu’elle pourrait bien entraîner une authentique révolution. Évolution qui me semble liée à « une prise de conscience inconsciente » : l’inconscient collectif de notre espèce perçoit le désastre en cours et y réagit, mettant peu à peu en mouvement des fragments de plus en plus importants de la population.

J’ai passé du temps depuis trois semaines en compagnie d’autres Gilets Jaunes sur un rond-point situé à l’entrée de Barcelonnette, petite sous-préfecture des Alpes de Haute-Provence.
En tout premier lieu, et quel soulagement ce fut, j’ai eu le sentiment très fort d’avoir enfin affaire à des êtres humains et non aux brutes déshumanisées qui prétendent nous représenter et nous gouverner et que j’entends à longueur d’émission sur France-Inter et France-Culture étaler depuis des années leur langue de bois mensongère qui déguise la violence de leur politique sous les éléments de langage prémâchés par leurs maîtres.
À la fois Tartuffes et zombies, plus que jamais auparavant, ceux qui « réussissent » m’ont paru bien médiocres, comparés à ceux qui ne sont rien…

Cette coupure entre le peuple et de prétendues élites réunissant en une véritable mafia d’authentiques prédateurs cooptés pour leur cynisme et leur avidité, elle vient de loin, comme me semblent le montrer les impressions que j’avais à l’époque retirées de ma participation au mouvement de mai 68, à la Sorbonne et dans la rue, comparées aux impressions que j’ai ressenties sur notre rond-point et dans nos réunions, y compris avec certains élus attentifs.
Comparées aussi à celles que me donne toujours davantage depuis plus de 40 ans le petit monde politico-économico-financier qui a remplacé le souci de l’intérêt général et le service de la nation par l’absolue primauté des intérêts particuliers d’une infime minorité, la recherche du profit à n’importe quel prix, le tout à l’aide d’une corruption si généralisée et si profonde qu’elle est devenue inconsciente.

Pour ce que j’en constate et crois en comprendre à l’heure qu’il est, la révolte de mai 68 et celle des Gilets Jaunes n’ont rien en commun. Il s’agit de deux mouvements totalement différents, tant dans leurs motivations que dans leurs méthodes et dans les actions entreprises, et probablement aussi dans leurs conséquences.

De même, le mouvement des Gilets Jaunes est par nature radicalement étranger à la vision du monde autoritaire du système oligarchique dont l’emprise de plus en plus féroce sur l’humanité suscite désormais des révoltes toujours plus violentes des populations qui subissent peu à peu un esclavage de fait, et se voient dépossédées de la moindre possibilité d’avoir une influence sur leur destin.

La différence de nature est profonde, et elle est vitale. Je tente d’en faire une première approche, à compléter, à préciser et à fonder, en exposant ci-dessous la perception que j’en ai.

Encore une fois, il ne s’agit pas d’un travail de sociologue, mais des intuitions personnelles d’un militant !


GILETS JAUNES 2018


Aux ronds-points :

Des adultes, dont de nombreux retraités, la plupart sans idéologie, plus ou moins « apolitiques ».
Grande variété des origines, des âges et des choix de vie, mais accord sur l’essentiel, tolérance, solidarité, partages, échanges sans violence.
Pas de leaders, une parfaite et évidente égalité et une naturelle répartition des tâches.
Une réelle maturité d’ensemble. Sincérité et honnêteté. Simplicité. Pas de jugement, de la coopération. Respect réciproque.
Ces êtres humains veulent vivre en paix. Et en sont probablement capables, parce que de bonne volonté.
Paradoxe apparent, ils sont très unis parce que très variés. Il s’agit d’un collectif non prémédité, animé par l’intérêt général de ses membres, et qui aspire à en rejoindre d’autres animés des mêmes intentions.


SOIXANTE-HUITARDS 1968


Sur les barricades, dans les AG :

De jeunes étudiants immatures, très politisés, souvent fanatiques.
Enfermés sur eux-mêmes, méprisants, incapables de dialogue, perroquets ayant tous à quelques nuances près le même discours formaté, profondément désunis par leur recherche effrénée du pouvoir.
Car leur soumission à une idéologie extérieure apparaîtra vite pour ce qu’elle était, le vecteur d’une quête individualiste de pouvoir : la plupart des leaders autoproclamés de mai 68 resteront des fanatiques mais en changeant de doctrine. Convertis au profit et au paraître, les « leaders » du mouvement étudiant deviendront tout naturellement soit les garants « de gauche » d’une social-démocratie dévoyée, soit les jeunes loups libéraux-nazis qui mettront le pays en coupe réglée à partir des années 1990.
Nouveau paradoxe apparent, ils étaient très désunis parce que très semblables. Leur collectivisme affiché, en fait un corporatisme déguisé, était la courte échelle de leur féroce individualisme tout entier dévoué au service de leur intérêt particulier…


CEUX QUI « RÉUSSISSENT », entendez : LES PRÉDATEURS 1968-2018


Comportement et discours du pouvoir oligarchique politico-économico-financier :

Des « adultes » immatures, adolescents attardés et manipulateurs dont l’absence d’empathie confine à l’autisme. Hypocrisie permanente (ils parlent de bienveillance mais méprisent systématiquement autrui), indûment nommée pensée complexe, en vérité enfumage consistant à faire constamment l’exact contraire de ce qu’on dit.
Idéologues bornés et fanatiques, d’une étonnante rigidité d’esprit, avec une conception autoritaire du pouvoir, une recherche permanente de la verticalité, une mise en compétition systématique, une exaspérante infantilisation du citoyen (généralement nommée « pédagogie »), notamment à l’aide d’un recours généralisé à une « évaluation » dévalorisante.
Perpétuellement en guerre entre eux (ils sont divisés justement parce qu’ils se ressemblent, il n’y a pas de place pour tout le monde quand il y a trop de clones), ils sont aussi solidaires en tant que classe pour faire une guerre impitoyable à tout ce qui ne leur est pas soumis. Ces individualistes invétérés pratiquent sur une grande échelle les renvois d’ascenseur et leur fonctionnement de type mafieux s’apparente au comportement du milieu du grand banditisme dont ils partagent l’absolu mépris des « caves », de « ceux qui ne sont rien ». En témoignent leur arrogance, leur froide inhumanité et… leur impunité cyniquement assumée, voir l’affaire Benalla…


On comprend mieux dès lors ce que je crois être les mobiles profonds du mouvement des Gilets Jaunes.
Le système actuel de pouvoir, fondé sur la mainmise d’une infime minorité grâce au règne absolu de l’argent et à la recherche concomitante du profit à n’importe quel prix, est de fait en guerre civile contre la majeure partie de l’humanité, désireuse d’une paix sociale qui ne peut exister que dans le partage et la solidarité.
Ce qui se joue à mon sens avec la révolte citoyenne des Gilets Jaunes, c’est donc le rejet d’un monde autodestructeur imposé par une minorité droguée à la compétition et au profit en faveur d’une civilisation qui mériterait ce nom en vivant selon les valeurs opposées, et seules porteuses d’avenir pour l’humanité, de coopération et de gratuité.



En complément, je vous propose cet entretien intéressant et instructif avec Philippe Pascot sur Sud-Radio :
« Monsieur Macron est un menteur »
https://www.youtube.com/watch?v=fgYYGuerTAg&feature=youtu.be

Et ces cinq documents :

PDF - 15.2 ko

Lettre ouverte à Mesdames et Messieurs les élus actuels, par les Gilets Jaunes de la Vallée de l’Ubaye

PDF - 1.8 Mo

Lettre ouverte à l’intention de tous, par les Gilets Jaunes de la Vallée de l’Ubaye

PDF - 2 Mo

Alain Supiot décrypte la politique ultra-libérale culminant avec Macron

PDF - 47.4 ko

Pourquoi la colère sociale n’est pas près de s’apaiser, par Laurent Mauduit

PDF - 111.6 ko

Pablo Servigne : « Il est possible que nos sociétés se dégradent beaucoup plus rapidement que les anciennes civilisations »

lundi 10 décembre 2018

LA POLITIQUE POLITICIENNE, UN « RÉALISME » ILLUSOIRE : POUR UN RETOUR DE LA MORALE

Il me semble utile, au moment où les Gilets Jaunes reposent avec force la question du fonctionnement de la démocratie, de soumettre à nouveau à mes lecteurs ce texte désormais quasiment préhistorique, puisque je l’avais publié sur ce blog en avril 2010 !
En ressort, dans le contexte du mouvement des Gilets Jaunes, l’absolue nécessité de recréer un authentique contrat social, à travers la création d’une démocratie largement et réellement participative, assumée par un peuple responsable.
Cela passe par un retour au fondement de toute société durable, le contrat moral, l’adhésion réelle, dans les actes et pas seulement dans les mots, à des valeurs autant que possible partagées.
La démocratie faussement représentative instituée par la Ve République a accouché, après plusieurs désolants avortons, de l’actuelle caricature présidentielle. Taillée pour le pouvoir personnel, cette démocrature conduit tout naturellement, par une pente irrésistible, au pouvoir quasi absolu d’une mafia oligarchique méprisante et corrompue par l’excès de son pouvoir et l’avidité sans frein qui en résulte.
Avec comme conséquence un rejet de la politique et une haine croissante des politiciens de la part d’un peuple qui, n’étant plus autorisé à se vivre citoyen, se réfugie dans l’indifférence ou la haine, alternant l’apathie et la révolte selon les variations de l’oppression plus ou moins feutrée dont il est constamment l’objet.
Parmi d’autres mesures non moins nécessaires, l’utilisation du tirage au sort, si elle ne résoudrait pas tous les problèmes d’un coup de baguette magique, permettrait d’approcher de cette démocratie réelle, en impliquant à tour de rôle un grand nombre d’entre nous. Les expériences menées en Islande et en Irlande semblent prometteuses.
Encore une fois, et c’est cela aussi,
la morale : en démocratie, le peuple n’est pas au service du pouvoir, le pouvoir est au service du peuple.
Il serait temps que le citoyen Macron le comprenne et en tire les conséquences.


LA POLITIQUE POLITICIENNE, UN RÉALISME ILLUSOIRE :

POUR UN RETOUR DE LA MORALE




REPARTIR DE ZÉRO : RETOUR À LA CASE DÉPART
Il y a des années que nous débattons sur le sens réel de ces deux mots antagonistes et complémentaires, la droite et la gauche. Ce débat est né pour l’essentiel, me semble-t-il, de l’incapacité récurrente de la pensée dite de gauche à s’incarner dans le pouvoir autrement qu’en se diluant ou se dénaturant, pour finir par se trahir ainsi que ses soutiens, soit en pratiquant plus ou moins honteusement une politique de droite, soit en devenant carrément une dictature d’extrême-droite.
Pour moi, ce n’est plus une question de gauche ou de droite. Il faut repartir de zéro. Nous avons complètement perdu de vue les principes fondamentaux qui légitiment l’existence des sociétés humaines. Bref, il est grand temps de relire Montesquieu et Rousseau, L’Esprit des lois et Le Contrat social !
Depuis trop longtemps, nos sociétés, et particulièrement les sociétés occidentales, alors qu’elles devraient avoir pour visée l’intérêt général, fonctionnent en ne tenant réellement compte que des seuls intérêts particuliers, dont l’exacerbation démente détruit inéluctablement toute possibilité de coexistence harmonieuse entre les individus.


LES LUTTES POLITIQUES SONT-ELLES L’ALPHA ET L’OMÉGA DE LA VIE EN SOCIÉTÉ ?
Au fond, je n’ai pas grand-chose à faire avec la politique au sens où on l’entend actuellement. Gauche, droite, cette distinction ne me paraît plus opératoire, à supposer qu’elle l’ait jamais été, ce dont je doute.
Je récuse la vision du monde des « intellectuels de gauche » telle qu’elle s’est incarnée jusqu’à l’absurde dans la très imprudente et dangereuse démarche sartrienne, à la fois abstraite et manichéenne (ça va merveilleusement de pair) ; il y a du grotesque et de l’odieux dans la commode, fantasmatique et inopérante distinction entre gauche et droite véhiculée par la bonne conscience de gauche. Je me sens beaucoup plus proche de militants du réel (et réellement engagés) comme Koestler ou Orwell, pour qui le problème n’est pas une question de gauche ou de droite, les deux se rejoignant et se confondant à leurs yeux dans le même appétit de pouvoir.
C’est bien le problème du pouvoir qu’il faut régler et ce problème-là ne peut l’être que sur un plan moral, conformément à une éthique. Et sûrement pas en référence à un étiquetage trop souvent opportuniste, qui ne garantit en rien l’authenticité ni la fraîcheur du produit qu’il tente de promouvoir.
J’ai pour ma part déduit de mes nombreuses et parfois cuisantes expériences militantes que la solution n’est jamais dans l’action politique traditionnelle, ni même dans les rapports de force, qui n’ont de vraie valeur que ponctuelle et ne résolvent pas les problèmes de fond ; elle est à mes yeux dans l’action de chaque individu par rapport aux valeurs qu’il reconnaît, et pour la réalisation desquelles il milite dans sa propre vie en compagnie de ceux de ses concitoyens qui les partagent.
J’ai trop vu les enfers engendrés par les meilleures intentions idéologiques du monde pour ne pas m’intéresser d’abord aux actes et à leur signification morale plutôt qu’aux idéologies, aussi séduisantes et apparemment fondées soient-elles.
Étant donné la variété (et parfois la légitimité !) des opinions et des comportements, une société, pour fonctionner, c’est à dire pour que le contrat social engendre un véritable consensus, ne doit pas tant reposer sur des compromis politiques que sur des fondements moraux. Comment vivre ensemble si l’on ne commence pas par s’entendre sur les quelques principes moraux qui permettent de fonder une vie en société digne de ce nom ?
« Valeurs partagées » : je n’entends par là rien de « politique », mais un ensemble de choix moraux qui s’imposent à tous dès lors qu’une communauté humaine se forme autour d’un contrat social, quelles que soient les opinions politiques de chacun.
Ce consensus n’existe plus actuellement, comme le prouvent chaque jour davantage les réactions de plus en plus divergentes engendrées par les innombrables scandales récents : du tourisme sexuel au népotisme, de la corruption mafieuse à la triche footeuse, les règles les plus élémentaires de la morale ordinaire sont ouvertement bafouées, ou pire, violées au moment même où le violeur, la main sur le cœur, déclare son indéfectible respect envers elles…
Si bien que c’est l’opinion publique, cette girouette, qui, en vertu des mouvements désordonnés et incohérents de ses émotions, décrète au jour le jour les limites de l’acceptable, en vertu d’un rapport de force majoritaire prétendument dégagé par des sondages orientés et manipulés.
Une véritable guerre civile est ainsi en train de s’installer entre les zélateurs individualistes du cynisme tous azimuts et de la « loi de la jungle », esclaves dévoués du pouvoir et de l’argent, et les citoyens encore conscients de leur appartenance à une civilisation fondée sur des valeurs trop importantes pour être abandonnées sous prétexte qu’elles ne s’incarnent jamais parfaitement dans une réalité plus complexe que nos idéaux.


LA MORALE, UN SENS COMMUN
Ma vision du monde n’a jamais été fondée sur des rapports de force, mais sur des lois, sur des règles de fonctionnement. Ces lois, je les considère comme naturelles parce que leur application entraîne des effets positifs et que leur transgression déchaîne des forces incontrôlables et destructrices. Elles relèvent donc tout bêtement de ce qu’il est convenu d’appeler le bon sens, n’en déplaise aux élites qui affectent de mépriser ce terme, trop populaire pour ne pas leur paraître populiste.
Le bon sens, par exemple, refuse d’accepter la stupide et criminelle pétition de principe qui voudrait que les pulsions, passions et intérêts personnels puissent, comme par miracle, s’autoréguler. Purement idéologique, dépourvue du moindre fondement historique, la prétendue régulation par les marchés est le péché originel du libéralisme.
Car le libéralisme est un faux pragmatisme : nulle société ne peut se fonder sur une totale liberté accordée aux rapports de force, ne serait-ce que parce qu’une complète absence de régulation morale débouche automatiquement sur le règne corrupteur de l’argent, et s’achève en décadence et autodestruction, comme nous sommes en train de le vérifier une fois de plus – la fois de trop.
Aucune société ne peut perdurer en laissant à la loi du plus fort toute liberté de s’exercer. Tant que nous fonderons nos sociétés sur des rapports de force, y compris sur le rapport de force démocratique qui soumet une minorité à une majorité en vertu de la seule loi du nombre, aucune société ne pourra fonctionner de manière saine.


LA DÉMOCRATIE : QUALITÉ OU QUANTITÉ ?
Il y aurait beaucoup à dire sur cet étrange modèle démocratique qui donne la possibilité à une majorité d’imposer ses choix à une minorité. Là réside à mes yeux l’erreur cardinale du régime démocratique et l’origine de sa sempiternelle et si lassante perversion.
Selon moi, le rapport de force majoritaire aboutit inévitablement à l’oppression, puis à la dictature. D’une part, le processus majoritaire est très aisé à pervertir et à détourner, comme nous avons pu le constater constamment depuis 1958 ; d’autre part, il est vicié dans son principe même : moralement, la notion de pouvoir majoritaire est essentiellement bancale, et ne peut conférer aucune légitimité incontestable, puisqu’elle décale l’origine du pouvoir de la qualité vers la quantité et de la morale vers la loi du plus fort.
Or la seule société possible est celle où non seulement les intérêts de chacun sont autant que possible préservés, mais celle qui admet que des principes qualitatifs, c’est à dire des règles morales, des lois vitales, doivent l’emporter, non seulement sur les intérêt privés, mais sur les intérêts des majorités comme des minorités. La quantité n’est pas un critère de moralité et l’utiliser comme nous le faisons revient à faire rentrer par la fenêtre les rapports de force qu’on prétendait exclure du contrat social.
Il me semble que dans les sociétés animales, les rapports de force sont moins essentiels que la conception sociale qu’ils incarnent : la prétendue loi de la jungle, cette invention humaine, y est inconnue, parce qu’en transformant l’instinct de conservation naturel et légitime en un pervers désir d’augmentation elle programme son autodestruction.
Le rapport de force n’est pas un principe sur lequel fonder une société cohérente et durable. Une société doit être fondée sur des règles de vie en commun, selon des principes admirablement résumés par Orwell dans l’expression « common decency ».

LA SÉPARATION DES POUVOIRS, CONDITION DE LA DÉMOCRATIE
D’autre part, pour devenir et rester le ciment d’une société, la morale qui la fonde ne peut pas être laxiste, et c’est pourquoi l’existence d’un authentique pouvoir judiciaire est vitale pour toute société.
Non seulement la politique est bien obligée de s’encombrer d’un certain nombre de réalités contingentes, mais c’est son devoir d’en tenir compte ; celui de la justice est au contraire de réduire au maximum les contingences du vivant et l’extrême mutabilité qui en découle.
C’est pourquoi c’est au pouvoir judiciaire et non au législatif ou à l’exécutif d’assurer l’intégrité d’une constitution et à travers elle du contrat social dont elle énonce, légitime et en quelque sorte sanctifie les principes.
On retrouve là encore la notion de morale, et l’idée que les valeurs qui fondent la vie en société doivent avoir le pas sur les « nécessités » du moment, sous peine d’invalider, sinon dans les faits du moins dans les esprits, le contrat social.
De ce point de vue, la Cour Suprême des États-Unis, sans être parfaite, est de loin plus conforme à l’esprit démocratique et au bon sens qui veulent l’équilibre des pouvoirs que cette caricature bancale de conseil des sages qu’est ce que j’appelle le Conseil Inconstitutionnel de la république française.
La séparation des pouvoirs, avant d’être une règle de bon sens politique, est une loi éthique fondamentale, dont doivent impérativement, pour être légitimes et fonctionner convenablement, découler les institutions gouvernementales.
D’où la catastrophe que représente le mode de gouvernement instauré par la Cinquième République. En renversant l’équilibre des pouvoirs et en personnalisant outrageusement notre régime politique, l’actuelle Constitution a sapé les fondements mêmes de notre démocratie et ouvert la porte à la formation et à la « légitimation » d’une oligarchie quasiment héréditaire, en voie de reconstituer une féodalité associant clientélisme et népotisme.

PAS DE DÉMOCRATIE SANS MORALE, PAS DE MORALE SANS DÉMOCRATIE
Face au dévoiement de la politique et des politiciens, que pouvons-nous réellement exiger en tant que citoyens ? Pour commencer, comme un strict minimum, l’absence de tricherie, cette forme élémentaire d’honnêteté sans laquelle aucune confiance n’est possible et qui consiste à dire ce qu’on fait et à faire ce qu’on dit. Ce serait une vraie révolution, à un moment de l’histoire où on n’a jamais autant fait le contraire de ce qu’on dit, jamais autant pratiqué la langue de bois, jamais autant manipulé l’opinion.
La pierre de touche, c’est l’accord entre les paroles et les actes. On ne proclame réellement la morale qu’en la pratiquant. Contre l’irrésistible attrait de ce que j’appelle les trois P (profit, pouvoir, paraître), seuls la définition et le respect d’une éthique peuvent permettre de fédérer les individus autour d’un contrat social digne de ce nom.
C’est dire que je ne crois pas au matérialisme, dialectique ou non ! Le marxisme-léninisme, en s’affranchissant de la dimension morale, s’est enfermé dans la même cage que son ennemi apparemment mortel, le libéralisme.
Le matérialisme triomphant, tel qu’il s’incarne dans la société globalisée de consommation et d’extermination du vivant, représente la victoire de la mort sur la vie.
Pour fonder la cité, La Boétie, Montesquieu et Rousseau sont au moins aussi importants que Montaigne, Ricardo ou Marx !
La politique contemporaine n’est devenue si impuissante que parce qu’elle s’est voulue supérieure à la morale, et a prétendu exercer à sa place un pouvoir qui lui échappe par définition. Dès lors il était inévitable qu’affrontée aux intérêts particuliers la politique sacrifie la morale au pouvoir des plus forts, perdant par là toute légitimité.
Ainsi que toute efficacité à long terme : la morale est en fin de compte une question de bon sens, et c’est pourquoi elle déplaît tant aux « entrepreneurs » et autres « aventuriers ». Non seulement elle leur imposerait des limites, mais elle condamne d’avance leurs entreprises en faisant apparaître la futilité et la nocivité d’une vision fondée sur un individualisme forcené et une totale incapacité à envisager un autre avenir que le court terme le plus borné.
C’est ce que la plupart des citoyens ont, peut-être confusément, mais aussi très profondément, compris, d’où leur rejet d’une politique dévoyée et de politiciens corrompus, ou leur renoncement à tout engagement devant l’évidence de leur impuissance à obtenir que les principes les plus élémentaires du contrat social soient respectés. La relative acceptation actuelle de la prétendue loi de la jungle est ainsi due à une forme de contagion, de contamination, à un renoncement, à un dégoût : là encore, à travers l’abstention se révèle la disparition progressive du contrat social.
Dans la mesure où l’État n’est plus le fruit d’un consensus, mais l’aboutissement d’un processus de spoliation du peuple citoyen, les gouvernants actuels, produits de ce qu’Eduardo Galeano appelle si justement la démocrature, n’ont en fait plus aucune légitimité démocratique.


PREMIÈRE À GAUCHE : LA POLITIQUE AU SERVICE DE LA MORALE
Il est donc grand temps que nous repartions de zéro, en posant à nouveau clairement les principes qui nous animent et les conséquences qu’entraîne leur mise en œuvre. Aucune action dite de gauche n’a actuellement la moindre chance de réussir, parce qu’il n’y a plus de repères moraux crédibles pour la légitimer. On ne peut pas, comme par exemple DSK, servir l’économie financière globalisée tout en se réclamant d’une morale qui non seulement lui est totalement étrangère, mais qu’elle s’acharne à détruire parce qu’elle y voit le dernier obstacle à son hégémonie.
Quand elles perdent leur colonne vertébrale morale et ne reposent plus que sur leur chair politique, les sociétés finissent par s’effondrer d’elles-mêmes.
Les partis politiques aussi. Voyez le PS…
Quant à l’UMP, aucun risque de voir s’effondrer ce qui n’existe pas : ce n’est pas un parti politique, mais une simple machine électorale, l’exemple type du détournement à des fins d’accaparement du pouvoir des institutions censées assurer la vie de la démocratie.
En fin de compte, l’opposition entre la gauche et la droite n’est pas pour moi entre les partis qui se réclament de l’une ou de l’autre. Elle se résume à une formule toute simple : ou l’on tient pour la morale et ses difficultés, et l’on est de gauche, ou l’on préfère la loi de la jungle et son simplisme destructeur, et l’on est de droite. Ce n’est pas une question d’étiquette, ni d’appartenance, c’est un choix de vie.

vendredi 7 décembre 2018

BENALLA À LA RESCOUSSE !

Qui sont les « factieux » ?

Qui sont les « putschistes » ?

Ce gouvernement choisit la violence après avoir raté le pourrissement.

Il en portera l’entière responsabilité devant l’Histoire.

C’est pour lui éviter ce déshonneur qui porterait le comble à sa désastreuse Marche vers le Chaos que j’en appelle au Président dans la lettre ouverte que voici.

Le 7 décembre 2018

BENALLA À LA RESCOUSSE !

LETTRE OUVERTE AU PRÉSIDENT DE LA RIPOUBLIQUE



Monsieur le Président,

vous n’êtes pas mon président.

Je ne suis pas allé voter, je n’avais pas le choix.

Choisir entre un pire et un autre pire qu’on tente de maquiller pour le présenter comme moins pire, ce n’est pas choisir.

C’est se soumettre au type de manipulations perverses et de tours de passe-passe par lesquelles se fondent contre les peuples les démocratures.

Le résultat, nous l’avons sous les yeux, même si vous refusez encore de le voir.

Demain, samedi 8 décembre, vous tenterez plus que jamais de faire de la Police et de la Gendarmerie votre Garde prétorienne.

Comme vous tentez de privatiser tout le reste, vous tentez depuis un an et demi de privatiser à votre profit et à celui de vos amis les forces de l’ordre, ce qui revient à en faire les forces du désordre.

De ce détournement criminel, à mes yeux la pire de toutes les fautes que vous avez selon moi commises contre notre pays, vous porterez la responsabilité, non seulement devant l’Histoire, mais devant un peuple qui à juste titre ne reconnaît plus aucune légitimité à l’apprenti sorcier que vous êtes.

Alors, pour aller jusqu’au bout de l’ignominie, pour lever définitivement le masque sur la violence inouïe dont, plus encore que vos indignes prédécesseurs, vous êtes porteur, je vous suggère de rappeler au service de la Transe (la France n’a que faire de tels serviteurs) le meilleur de vos gardes du corps, le plus honnête, le plus franc, le plus courageux, car il faut du courage pour cogner sur des gens sans défense, en bref le plus « cash », comme on dit dans votre monde vérolé, celui de la finance folle.

Rappelez l’héroïque Benalla, mettez-le à la place de ce brave Castaner, qui n’a de poil qu’au menton, rendez cet excellent maire à l’amour inconditionnel de ses administrés de Forcalquier, pour qui il est une mère depuis tant d’années.

En ce moment où s’effondre votre belle stratégie de Tartuffe politique, vous avez besoin, Monsieur le Président, de quelqu’un qui ait du poil aux pattes, qui n’ait pas peur de se salir les mains, qui soit rompu aux basses besognes, et prêt à défendre, sinon la République, du moins la personne qui achève d’en faire une Ripoublique.

Cet individu et quelques équipiers, choisis avec autant de sagacité, seront bien plus à même qu’une Police et une Gendarmerie parfois saisies de scrupules, voire d’une empathie déplacée, de réprimer la violence effroyable des Gilets Jaunes avant même qu’elle ait pu commencer à se manifester, ce qui est certainement à vos yeux comme à ceux de vos semblables le comble du bon gouvernement.

La meilleure défense, c’est l’offensive ! Mettre des élèves à genoux les mains sur la tête, ou mieux, menottés, voilà qui les calmera, voilà qui leur donnera une haute idée de la police et de votre conception du dialogue. Ça rappellera de très mauvais et gênants souvenirs, mais bon, dans le contexte, dans l’urgence, on ne peut pas toujours être « moderne », et le retour aux châtiments corporels, à l’humiliation, juste après l’avoir interdit par la loi, ça fait quand même plaisir, surtout quand on est train de se prendre la fessée qu’on a amplement méritée. La vengeance est un plat qui se mange froid, mais on ne crache pas dessus quand il est chaud.

Avec Benalla, vous aurez à l’œuvre ce qui se fait de mieux en matière de police expéditive : les opposants, on va les tuer pour leur apprendre à vivre !

Vous pouvez lui faire confiance, à votre Matamore : il n’existe que par vous.

Il n’est pas sûr qu’il en aille de même pour les policiers et les gendarmes, qui ne sont pas tous des amoureux de la castagne, prêts à s’acharner à 7 ou 8 sur des retraités qui commettaient ce crime monstrueux de marcher (comme vous nous l’aviez si instamment demandé lors des élections) pour tenter de changer, au moins un peu, le monde, votre monde, dont par vos soins ils sont de plus en plus exclus.

Les policiers et les gendarmes aussi sont des fonctionnaires et ont à souffrir de vos délires macroéconomiques, c’est leur retraite à laquelle vous voulez vous attaquer, ce sont aussi leurs enfants que vous faites parquer comme des terroristes, comme du bétail rassemblé pour l’abattoir par des brutes en uniforme qui n’ont rien à faire dans les forces de l’ordre.

Policiers et gendarmes voudront-ils longtemps vous suivre dans cette répression démesurée et devenir de fait, bien plus que quelques casseurs irresponsables et quelques pillards opportunistes, des « factieux », des « putschistes », en se faisant contre la République et la démocratie les serviteurs d’un système oligarchique à bout de souffle et qui les broie dans le moment même où ils cassent du casseur – et surtout des citoyens ?

Pas de doute, Monsieur le Président, Benalla est l’homme de la situation. De votre situation…

Allez, osez être disruptif, ça aurait de la gueule, un Benalla Ministre des Tas, Sinistre de l’Intérieur !

En post-scriptum, je joins à votre intention et à celle de mes lecteurs un superbe décryptage de la langue de bois que vous pratiquez avec une lassante et peu fructueuse obstination.
Nous savons désormais qui vous êtes et ce que vous voulez, épargnez-nous vos beaux discours hypocrites.
La vérité de votre régime, la voilà :
https://www.lemonde.fr/police-justice/article/2018/12/06/mantes-la-jolie-des-images-choquantes-de-lyceens-interpelles-par-la-police_5393757_1653578.html


IGNOMINIE ET DUPLICITÉ DE LA NOVLANGUE MACRONISTE

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Voir en ligne : https://blogs.mediapart.fr/patrick-...

dimanche 25 novembre 2018

LES PETIT.E.S CON.NE.S

« Il y a trois sortes de violence. La première, mère de toutes les autres, est la violence institutionnelle, celle qui légalise et perpétue les dominations, les oppressions et les exploitations, celle qui écrase et lamine des millions d’hommes dans ses rouages silencieux et bien huilés.
La seconde est la violence révolutionnaire, qui naît de la volonté d’abolir la première.
La troisième est la violence répressive, qui a pour objet d’étouffer la seconde en se faisant l’auxiliaire et la complice de la première violence, celle qui engendre toutes les autres.
Il n’y a pas de pire hypocrisie de n’appeler violence que la seconde, en feignant d’oublier la première, qui la fait naître, et la troisième qui la tue. » 

Dom Helder Camara, évêque de Recife (Brésil)



C’est la dernière fois que je parle ici de politique au sens étroit du terme.
J’ai assez dénoncé ce que je déteste pour revenir désormais à ce que j’aime et n’ai cessé d’aimer, comme le montre le dernier petit texte publié sur ce blog il y quelques jours !
Face à l’horreur économico-financière, les mots ne suffisent plus.
La mort est au pouvoir. Car le règne du fric mène tout droit au triomphe de la mort, comme le prouve la catastrophe en cours.
Il est temps de crever l’abcès et de vider le pus.
Les mots ne serviront ici, une fois encore, qu’à appeler un chat un chat, à soulever le masque et regarder en face le grouillement de la mort au travail, à mettre à nu la réalité terrible et dérisoire du cancer qui nous ronge.
L’ancien monde déguisé en monde nouveau pue plus encore que ce qu’il prétend remplacer et dont il est en fait la version ultime, poussée à l’extrême.
À nous, si c’est encore possible, de créer un vrai nouveau monde, c’est à dire un monde enfin vivable pour tous – y compris pour les autres espèces animales que nous entraînons dans notre naufrage.

Vous comprendrez peut-être mieux la dureté du texte qui suit si vous commencez par regarder le débat intitulé « LA CASTE ».
Vous pouvez aussi écouter l’émission Les Intouchables d’État de « Secrets d’info » (France-Inter) sur la mafia des très hauts fonctionnaires, le pantouflage et le rétro-pantouflage systématiques de cette caste oligarchique.
Vous pouvez enfin consulter
les trois articles joints en pdf après ma petite intervention.
Ce ne sont là malheureusement que quelques exemples entre mille de ce qu’est la mondialisation financière dans sa pimpante version frenchy…



LES PETIT.E.S CON.NE.S



Il est des propos qui, au-delà de leur sottise, disent tout d’un homme.
« J’assume les choix qui sont faits, et je hais l’exercice consistant à expliquer les leviers d’une décision », assénait il y a quelque temps Emmanuel Macron dans la NRF, rappelant une fois de plus combien il prend au pied de la lettre le sens étymologique de son prénom. En hébreu, Emmanuel veut dire : Dieu avec nous, Gott mit uns, si vous préférez, Jupiter, pour les intimes.
Contrairement à ce tyranneau infantile, et comme tous les êtres humains qui se voudraient dignes de ce nom, je juge non seulement légitime mais absolument indispensable d’expliquer le pourquoi de décisions qui engagent autrui…
Sauf à se vouloir dictateur échappant à tout devoir comme à toute responsabilité.

Mes opinions n’engagent que moi, mais il arrive qu’elles heurtent autrui, et je trouve alors nécessaire pour moi comme pour mon interlocuteur de tenter d’en expliquer les raisons.
Un ami m’ayant dit sa gêne devant la crudité de mes propos concernant les hommes de pouvoir, j’ai décidé de procéder à un petit examen de conscience, exercice salutaire s’il en fut, à condition d’être volontaire, l’autocritique à la soviétique s’étant finalement avérée plutôt contre-productive, du moins pour celui qui, cas de le dire, s’y livrait.
Je me suis donc demandé pourquoi, quand je pense aux hommes politiques, et plus particulièrement aux membres des gouvernements et aux présidents de notre supposée République, et tout spécialement aux derniers en date, me venaient aussitôt à l’esprit ces deux mots peu flatteurs : petits cons, qu’en l’occurrence il serait nécessaire, pour respecter la présence quasi paritaire du sexe féminin, d’écrire inclusivement : petit.e.s con.ne.s.

Comment, au nom du ciel, pouvez-vous vous laisser aller à de telles outrances, me direz-vous ? Outrances, vraiment ? Nullement. Je sais très bien pourquoi je suis raisonnablement fondé à avoir si mauvaise opinion des membres de la caste oligarchique qui ont confisqué le pouvoir et réduit la démocratie à une sinistre pantalonnade.
Ce qui m’étonne, c’est que nous ne soyons pas tous d’accord sur ce diagnostic dont l’évidence saute aux yeux, et prêts à prendre les mesures nécessaires pour faire en sorte que le gouvernement du monde cesse d’être exercé par des cons, petits ou gros, selon la taille du pays où ils sévissent, ce qui commencerait, eût dit La Palice, par ne plus voter pour eux…

Attention ! Je ne suis pas misanthrope, je ne déteste que les hommes de pouvoir, de paraître et de profit, ces dinosaures, néfastes survivants d’un stade primitif de l’humanité que l’évolution n’a pas encore réussi à faire disparaître, alors même qu’ils sont les auteurs principaux du désastre qui menace aujourd’hui la survie de notre espèce.
J’ai eu la chance de rencontrer au fil du temps beaucoup de gens aux parcours très riches – dans un sens moins pauvre que celui que nous donnons généralement à cet adjectif –, des êtres à la fois forts et sensibles, dont les actes et la parole m’ont enrichi, au vrai sens de ce terme perverti par l’adoration de l’argent ; ils ne sont peut-être rien aux yeux du Petit Con en Chef du jour, mais ils sont tout ce que j’aime, respecte et admire chez mes frères humains : de braves gens, capables d’aimer, de donner et de recevoir, qui connaissent la valeur de la gratuité et préfèrent la coopération à la compétition. Ils ne sont pas premiers de cordée, mais ils transportent des montagnes, et sans frimer. Les voir vivre m’encourage à vivre avec eux, quand les faits et gestes de notre micro Jupiter me feraient désespérer de l’humanité si je n’étais pas persuadé que la stupide et criminelle engeance des autoproclamés premiers de cordée est bien moins nombreuse que celle des humains dignes de ce nom.

Est-ce le souvenir de mes années d’enseignement, où, n’en déplaise à leurs géniteurs offusqués, j’ai eu affaire à quelques petits cons gratinés, qui promettaient de devenir des vieux cons de référence ? Ou s’agit-il du souvenir beaucoup plus ancien des cours d’école où certains d’entre nous, déjà assoiffés de pouvoir et de reconnaissance, cherchaient avec une rigueur véritablement scientifique à savoir qui pissait le plus loin ?
Le fait est que, dans ces premiers de cordée que tant de mes congénères adulent, je ne peux voir, à mon grand regret, que des petits cons tout à fait indignes d’exercer quelque responsabilité que ce soit, absolument illégitimes parce qu’en même temps criminellement incompétents et profondément corrompus. Comme le prouvent leurs résultats et la mortelle contradiction qui sépare leurs discours de leurs actes, faisant de ces apprentis sorciers de vivants oxymores en même temps que d’ignobles Tartuffes…

À ce titre, les entendre par exemple parler de « responsabiliser les chômeurs » est à hurler de rire. S’il est des gens qui devraient être responsabilisés, et d’urgence encore, ce sont bien les hommes de pouvoir actuels, tant publics que privés ! Voyez Cahuzac, qui n’ira pas en prison, voyez Carlos Ghosn qui est provisoirement en taule, voyez le directeur de cabinet de l’Élysée, bref, voyez-les tous pour ce qu’ils sont en vérité : une caste de canailles mafieuses prêtes à tout pour faire perdurer leur pouvoir et augmenter leur fortune, en soumettant définitivement l’intérêt général à leurs intérêts privés.
En témoigne le fait absolument invraisemblable que la plupart de ces hommes qui se prétendent « politiques » ne mettent pas aujourd’hui l’écologie au tout premier rang de leurs réflexions et de leur action, prouvant clairement par là qu’ils sont en même temps des cons et des salauds.

Comment dans ces conditions ne pas considérer la quasi totalité des membres du gouvernement, l’immense majorité des députés, mais aussi hélas une partie non négligeable de la population française comme un incroyable conglomérat de sinistres cons ? Quoi de plus stupide que de sacrifier le long terme au court terme ?
Et peu importe après tout, que les individus en question ne soient pas des petits cons 24h sur 24 ; ce qui crève les yeux, c’est que sur l’essentiel ils pensent et agissent comme tels.
On me dira que les nommer ainsi, c’est ne pas mettre l’accent sur leur dangerosité. Tout au contraire, car selon moi rien n’est plus dangereux que le petit con, ne serait-ce que parce qu’au départ il n’est pas pris au sérieux, témoins Adolf Hitler et Joseph Staline par exemple.

Le petit con, est, cas de le dire, un danger public.
Il se reconnaît à de nombreux indices, dont la réunion, je devrais dire la synergie, établit de façon indiscutable la réalité de son statut de petit con.
Tout d’abord, le petit con est libéral, il est même néo-libéral, parce qu’il incarne, à ses yeux du moins, le nouveau monde, qui est, ça va de soi, le seul monde possible, qu’il convient donc d’imposer par tous les moyens à d’éventuels récalcitrants, fussent-ils majoritaires. There Is No Alernative ! Place, manants, au règne définitif des petit.e.s con.ne.s. !
C’est que le petit con est radicalement incapable de penser, encore moins d’admettre, qu’une autre vision du monde que la sienne soit seulement possible. Le petit con exige que le monde entier lui ressemble, mieux, qu’il soit à son image. Logique : le petit con a toujours raison, et il sait mieux que les autres ce qui est bon pour eux et surtout pour lui et ses amis. D’où son refus d’expliquer ses décisions, même, et surtout, quand elles engendrent des catastrophes. Tranchons le mot : le petit con ne doit pas être jugé sur son discours, le petit con se reconnaît à ses œuvres.
De son côté, il reconnaît instantanément ses pareils, les parasites fous de pouvoir et de fric, tous ces grimpeurs en solitaire qu’il appelle improprement « les premiers de cordée », révélant la pauvreté abyssale d’une vision du monde réduite à l’individualisme le plus étriqué.

Conséquence logique de son admirable et si complexe Weltanschauung, le petit con, qui est un profond philosophe et ne manque jamais de le rappeler par quelque citation choisie avec soin par ses nègres, est persuadé que tout le monde veut être milliardaire. Existe-t-il quelque chose de plus désespérément con que d’avoir pour but dans la vie de devenir milliardaire ? Seuls les petits cons sont assez stupides pour vouloir avoir trop d’argent et croire qu’on a raté sa vie si on n’a pas pu s’acheter une Rolex avant 50 ans…
Nos petits maîtres se voudraient modernes, mais ces jeunes vieillards étaient déjà tout entiers, au naturel, dans Marx et dans Proudhon, il y aura bientôt deux cents ans…
J’en profite pour suggérer aux adorateurs contemporains du Veau d’or, pseudo philosophes décomplexés à la pensée complexe ou simples mortels, de lire, à défaut du Capital de Karl Marx, le Sermon sur les richesses du Révérend Père Bourdaloue, jésuite de son état, prononcé il y a belle lurette pour le bénéfice d’une caste de profiteurs suffisamment bien installés dans leurs fromages pour être plutôt moins avides et moins corrompus que nos actuels oligarques.

À l’inverse, la caste qui a progressivement accaparé le pouvoir depuis bientôt cinquante ans fait preuve de toute la grossière avidité du nouveau riche découvrant le pouvoir et l’espérant en même temps absolu et éternel. Une vulgarité, un sans-gêne jamais atteints dans notre pays, c’est bien tout ce qu’elle a de nouveau…
On ne voit plus qu’elle, elle occupe toute la place, tous les postes, se répandant comme une irrésistible tumeur maligne, se métastasant dans tous les domaines, du politique à l’économique en passant par l’art et la culture, pourrissant tout ce qu’elle touche.

Je regarde et j’écoute sur France-Inter tous ces jeunes loups dont l’expérience de la vie se résume, au long d’un parcours dûment fléché, à la poursuite d’une carrière. Qu’ont-ils réellement vécu, ces bons élèves formatés en vase clos par des enseignements abstraits, que connaissent-ils du monde ? Très sûrs d’eux et du logiciel qu’ils appliquent sans l’avoir jamais étudié en profondeur, encore moins remis en question, ils pérorent, tels des enfants singeant les grands. Courroies de transmission d’une idéologie ultralibérale suicidaire, ignorant tout des réalités dont ils parlent, qu’ils ne connaissent que sur dossier, protégés de tout contact avec la plèbe, enfermés dans leur consanguinité d’enfants gâtés de la République, refusant tout débat sérieux, ils tranchent de tout du haut de leur inexpérience et de leur infinie médiocrité.

Ainsi ces trop bons élèves jouent-ils nonchalamment avec la vie d’autrui, dont ils ne connaissent rien et qu’ils ne veulent surtout pas connaître.
Incapables par construction de comprendre qu’ils ont affaire à des vies réelles, ils prennent pour un super jeu vidéo ou une méga partie de Monopoly l’incommensurable somme de travaux, d’efforts, de créations, de souffrances dont est faite la vie des êtres humains normaux. Indifférents aux petits bonheurs qu’ils détruisent comme aux grands malheurs qu’ils engendrent, ces gamins mal élevés dépourvus de tout surmoi jouent à des jeux de pouvoir qui les dépassent et dont ils ne perçoivent aucunement les vrais enjeux.
Leur cynisme, leur absence totale de convictions et leur carriérisme effréné apparaissent clairement dans leur parcours politique : comparé à ces girouettes, un Edgar Faure, antique référence du retournement de veste, était un modèle de fidélité et de continuité. Leur fonctionnement naturel est celui du mafieux, qui n’est fidèle que tant qu’il ne voit pas d’avantage à trahir. Interchangeables, ils peuvent passer d’un parti à l’autre, l’important étant de surnager, d’apparaître, de faire le buzz, de prendre toute la place et toutes les places.

Ce qui frappe, chez ces zombies clonables à l’infini dans la couveuse de l’ENA, ce Meilleur des mondes en réduction que n’eût pas désavoué Huxley c’est leur uniformité dans l’absence d’humanité. Sous ces masques lisses on ne ne sent ni vécu, ni sentiment, ni empathie, juste l’obsédante volonté de s’imposer à tout prix. D’où la platitude permanente de leur discours, constamment rhétorique, fidèle reflet de leur absence d’éthique et de leur fondamentale insincérité. Comment pourraient-ils être sincères, puisqu’ils n’ont jamais rien vécu, puisqu’ils ne voient pas ceux qu’ils ont en face d’eux, et puisqu’ils ne se connaissent pas eux-mêmes ? Ils sont parvenus à un tel degré de mensonge à soi-même et à autrui qu’ils vivent désormais dans une fiction économico-financière imperméable à toute réalité concrète, qui se déploie hors-sol, dans l’apesanteur d’une inconscience et d’une irresponsabilité revendiquées comme le mode de gouvernement idéal…
Ils se sont coupés de nous, ne nous voient ni ne nous entendent, mais ils entendent nous gouverner, ou pour mieux dire, continuer à se servir de nous pour mieux se servir.

« Nous méritons toutes nos rencontres. Elles sont attachées à notre destinée et ont une signification qu’il nous appartient de déchiffrer » a écrit Mauriac.
Nous méritons les Macron, comme nous méritions les Chirac, les Sarkozy, les Hollande, les Cahuzac et les Fillon. Nous méritons les Ghosn, les Bergé, les Schiappa, les Ferrand, les Philippe. Ils ne sont que le reflet de notre décadence, ils témoignent de notre réalité, de ce que notre monde est devenu : un vaste bordel géré par des maquereaux mafieux, où tout est à vendre, où tout se monnaye, jusqu’à l’honnêteté. Gare à qui refuse de se prostituer, il sera violé, sans ménagement : honte à celui par qui le scandale arrive !

Car l’actuelle « élite » gouvernante, ce 1% de malades mégalomaniaques, ne s’en cache plus : elle aura notre peau si nous ne l’arrêtons pas enfin dans son envol, parce que son pouvoir ne peut perdurer que sur notre ruine et notre asservissement définitifs. Comme le signalait il y a quelques années avec la sérénité du devoir accompli le milliardiare Warren Buffet, « il y a une guerre des classes, c’est un fait, mais c’est ma classe, la classe des riches, qui mène cette guerre, et nous sommes en train de la gagner ».
Ce qui se passe actuellement en France et plus généralement dans le monde, c’est une contre-révolution autoritaire, la mise en place qui se voudrait définitive d’une dictature oligarchique de type mafieux. Un Reich de mille ans, en somme. Souhaitons-lui le même sort qu’à celui des nazis.

Contrairement à ce que prétendaient pendant la campagne présidentielle les adeptes incultes du prétendu « nouveau monde », il est essentiel de se souvenir de l’ancien monde, ne serait-ce que pour ne pas retomber dans les erreurs qui ont entraîné sa destruction.
Dans cette optique, je livre donc à votre réflexion cet extrait du discours de réception prononcé par André François-Poncet pour la réception de Jérôme Carcopino à l’Académie française :
« Une partie importante de votre œuvre est consacrée à la fin de la République Romaine. Cette République agonisante, vous la dépeignez sous des couleurs fort sombres. Tandis qu’elle est en proie aux convulsions, on y prononce encore de grands mots, on se réclame de grandes traditions ; mais sous l’influence délétère de la Grèce et de l’Orient, les institutions s’affaissent, les mœurs se corrompent, dans l’impuissance des lois. L’aristocratie est assoiffée de luxe, d’argent, de jouissance. La classe moyenne disparaît. La plèbe, versatile, nourrie par l’État, amusée par l’État, brise le lendemain l’idole de la veille, se rue au cirque et aux jeux et néglige de plus en plus le travail. Les Juges, les avocats sont vénaux, les proconsuls, déprédateurs. La guerre extérieure est pratiquée, moins pour la sécurité ou la gloire que pour le butin qu’elle rapporte. Tout se relâche, sauf l’acharnement des luttes de personnes et la violence des rivalités de factions. »

Si cela ne vous rappelle rien,

voyez le débat intitulé « LA CASTE »
et écoutez Les Intouchables d’État
sur la mafia des très hauts fonctionnaires.

Sur le même sujet, vous pouvez lire ce très éclairant article de Laurent Mauduit :
PDF - 182.9 ko

Plaidoyer pour la suppression de l’ENA et de l’inspection des Finances


Pour compléter le tableau et élargir la perspective, les deux articles qui suivent permettent de mieux comprendre à quel point l’oligarchie financière mafieuse se paye notre tête…
et notre peau !

PDF - 209.7 ko

Budget 2019 : champagne pour les entreprises, des miettes pour les ménages

PDF - 82.8 ko

Danske Bank, le scandale qui pertube la finance européenne

Enfin, cerise sur le gâteau, l’article de blog effectivement tiptop de TIPTOP intitulé

Gilets Jaunes : vers une révolution fiscale ? Oui, mais laquelle ?
https://blogs.mediapart.fr/tiptop/b...

Les commentaires qui suivent cet article sont également fort intéressants !

samedi 10 novembre 2018

LE 1er NOVEMBRE


À l’inconnue

LE 1er NOVEMBRE



Quelques jours plus tôt, alors que mon ami Jean se remettait doucement d’un été qui l’avait vu frôler le grand passage, je lui avais proposé de commencer notre septième création ensemble en nous penchant sur ces choses petites ou grandes, souvenirs, événements, rencontres, qui nous donnent encore envie de vivre. Je me demandais par quoi j’allais bien pouvoir commencer ma célébration de la vie telle qu’envers et contre tout je persiste à l’aimer.
L’amorce que je ne trouvais pas m’attendait à Paris où j’étais venu rendre visite à deux morts bien vivants, Picasso et Caravage. Sortant du second, je prenais mon traditionnel Earl Grey chez de vieux amis non moins défunts et non moins présents, les Jacquemart-André, quand me fut offert à l’ improviste le cadeau le plus délicieux.
C’était le premier novembre, jour des morts.
Elle est si vivante, la jeune femme, si jolie, affectée avec naturel, naturelle avec afféterie – l’éternel féminin comme je le vois et le rêve depuis que j’ai conscience qu’une femme n’est pas un homme et que c’est non seulement intéressant mais vital d’y aller voir.
Ses mains ravissantes, comme animées d’une vie propre mais nullement agitées, gracieusement mobiles et, rarissime accord, à la fois justes et sophistiquées dans l’expression, encadrent d’une dentelle frémissante un visage délicat aux traits aussi fins qu’idéalement tracés, qui illustrent fidèlement les moindres nuances de ce qu’elle vit dans l’instant et veut partager.
Cela bouillonne, cela jaillit, cela vit. Et cela est contagieux, tellement !
Car cela rayonne, irradie, évidence que rien ne saurait contrarier.
Je tente, pour calmer le jeu, de l’imaginer dans la colère. Je n’ai aucune peine à la voir en furie, et comme prévu, l’impression n’en est que plus forte…
Il fallait bien cela pour que surmontant ma très ancienne timidité – par chance, son amie est allée faire un tour al bagno – je me lève, aille à elle et lui dise tout à trac que je vais écrire sur elle, lui donnant en même temps ma carte afin qu’elle puisse, si le cœur lui en dit, aller voir le résultat sur mon site, non sans la prier de m’excuser de mon indiscrétion, due, bien entendu, à l’excès même de sa beauté.
Si j’étais encore parisien, je lui proposerais de poser pour moi.
Cela se passait sous la fresque de Tiepolo, du balcon de laquelle, penchée sur nous, toute une foule de courtisans suivait l’affaire, avec une curiosité complice et un zeste de tendre ironie.
Nous étions le premier novembre, et la vie n’en finissait pas de ressusciter.

mardi 28 août 2018

TANT VA LA CRUCHE HULOT…

TANT VA LA CRUCHE HULOT…

 

 

Nicolas Hulot a fini par trouver le courage de mettre fin à une situation ubuesque.

Ce n’est pas un mince mérite.

Dans une époque dominée, ou plutôt confisquée et écrasée par les pervers narcissiques, ces as de la communication, ces story-tellers dont le seul but est de meubler leur vide intérieur en se sentant exister toujours davantage dans les yeux d’autrui et à ses dépens, la sincérité d’Hulot, son idéalisme et son goût pour l’empathie faisaient tache tout en le rendant vulnérable aux manipulations intéressées des Tartuffes qui l’avaient attiré dans le piège d’un « pouvoir » d’avance miné.

Sans trop vouloir l’avouer, Hulot en a eu assez d’être fait ouvertement cocu à longueur de mandature par ces prétendus « amis » dont il était très vite devenu l’otage.

Hulot a le mérite de croire à l’amitié, ce qui est en politique le comble de la naïveté. Mais si sa bonne nature l’a fait s’égarer un temps dans les jeux stupides et désastreux de ceux que j’appelle les « PETIT.E.S CON.NE.S », il n’en a pas moins depuis le début raison sur le fond.

Particulièrement quand il souligne, avec l’honnêteté qui le différencie des politiciens tarés qu’engendre par nature la détestable Ve République, les contradictions tant personnelles qu’universelles inhérentes à l’espèce humaine, contradictions que le progrès technologique a rendu ingérables.

Il y a incompatibilité entre le caractère infini de nos désirs et de nos ambitions et l’évidente finitude de notre planète : depuis que nous avons les moyens de nos fantasmes, nous nous suicidons avec l’allégresse de l’inconscience et l’obstination de l’aveuglement volontaire.

La mutation technologique appelait une mutation de l’espèce qui pour l’heure n’est pas même entamée. Nous jouons avec la chimie et le nucléaire comme des nourrissons avec une boîte d’allumettes ou une bouteille de déboucheur de chiottes ; nos motivations et nos comportements sont ceux des enfants de 4 ans, comme le prouvent après tant d’autres les errements aussi stupides que cyniques des deux têtes de l’exécutif, qui battent tous les records d’incompétence, d’autosatisfaction, de malhonnêteté et d’autoritarisme pourtant portés à des hauteurs himalayesques par leurs prédécesseurs.

Le constat de Nicolas Hulot ne servira peut-être à rien, parce qu’il est trop évidemment indiscutable. Le seul moyen de le recevoir, pour une société humaine en pleine déliquescence, est le déni.

Les efforts que demanderait l’effondrement écologique en cours sont bien trop importants pour être acceptés, du moins tant que chacun de nous espère contre toute évidence pouvoir tirer son épingle du jeu.

Mais du jeu planétaire, du jeu des éléments, nul ne peut retirer son épingle.

Le jeu ne nous a jamais appartenu, et il s’apprête à continuer sans nous…

Si la démission aussi courageuse que logique de ce ministre atypique pouvait être une piqûre d’épingle aidant à dégonfler la prétentieuse baudruche de nos illusions et à nous faire prendre conscience de l’urgence d’agir pour de bon, Hulot n’aurait pas perdu son temps, et sa lucide naïveté aurait eu raison du cynisme aveugle de ces ratés de l’évolution que sont hommes et femmes de pouvoir, de paraître et de profit.

mardi 17 juillet 2018

REMARQUES EN PASSANT 30


REMARQUES EN PASSANT 30

Footez-nous la paix avec votre Transe !


On a le droit d’aimer passionnément le football – on aimerait avoir aussi celui de ne pas l’apprécier. Particulièrement quand on veut nous imposer de participer au nom de la France à la Transe qu’il engendre chez ses fanatiques.
Quand un pays tout entier pense avec ses pieds et s’en félicite, il n’y a pas de quoi pavoiser.
Confondre France et transe, communion et conneunion, c’est prendre l’hystérie collective pour de l’enthousiasme.
Cette « victoire » est celle de l’argent-roi, elle illustre notre irrésistible décadence morale et politique, et confirme notre dévote soumission à la corruption généralisée.
Ce triomphe est celui de l’aliénation universelle, de la joie obligatoire et de la manipulation systématique.
Quant aux « intellectuels » qui volent au secours de « notre » victoire pour tenter de lui donner le lustre de l’épopée, ces Gribouilles feraient pitié s’ils n’étaient avant tout des traîtres à l’esprit, complices intéressés ou naïfs de toutes les dérives en cours.
Au fait, qui parlait de populisme ? Pris dans son acception la plus péjorative, jamais ce mot si souvent utilisé mal à propos n’aurait été mieux employé…
C’est sans doute pourquoi on ne l’a pas entendu.

Ce n’était qu’une remarque en passant. D’autres suivent ci-dessous, si le cœur vous en dit, comme disait Lucien Jeunesse…


« Tout ce qu’on peut vraiment affirmer, c’est peut-être que la plus grande menace pour l’humanité réside dans le fait de renoncer à des scrupules individuels en faveur de dénominateurs institutionnels. D’adopter des slogans, d’accepter sans rien dire des animosités préconditionnées de préférence à des décisions difficilement prises par la conscience individuelle et humaniste. Le véritable héroïsme réside, comme il résidera toujours, non pas dans le conformisme ni même dans le patriotisme, mais dans des actes de courage moral solitaires. »
John Le Carré, The clandestine Muse

« Je n’ai jamais aimé de toute ma vie quelque peuple ou quelque collectivité que ce soit – ni le peuple allemand, ni le peuple français, ni le peuple américain, ni la classe ouvrière, ni quoi que ce soit d’autre du même genre. Je n’aime effectivement que mes amis et je suis absolument incapable de tout autre amour. »
Hannah Arendt

Ernest Renan le disait en 1882, à la fin de sa conférence
Qu’est-ce qu’une Nation ? :
« Le moyen d’avoir raison dans l’avenir est, à certaines heures, de savoir se résigner à être démodé ».



ALTRUISME
Je ne crois guère à l’unanimité, et tout consensus m’est d’emblée suspect.
Quant aux supposées forces de l’ordre, elles sont trop enclines à se mettre au service des désordres de tous les pouvoirs pour que j’aie en elles une confiance aveugle.
Mais je crois à des valeurs sur lesquelles nous pouvons tous, au moins par moments, nous accorder, quand un lieutenant-colonel de gendarmerie donne sa vie pour elles, pour sauver, très concrètement et très simplement, un autre être humain.
J’admire d’autant plus son sacrifice que je ne suis pas du tout sûr que je serais capable d’accorder ainsi mes actes à mes intentions. Avoir en tête des valeurs est bien, y être fidèle au risque de sa vie est une toute autre affaire.
Je garderai la mémoire de cet homme, dont la conduite fait d’autant mieux apparaître, en un terrible contraste, l’ignominie du comportement d’un ancien président de la république aux pratiques manifestement mafieuses, véritable modèle de lâcheté et d’hypocrisie, poussant la fourberie jusqu’au grotesque, qui ne cesse de parler de son honneur alors qu’il ignore jusqu’au sens de ce mot et déshonore en même temps que lui-même le pays qu’il a dirigé avec une invraisemblable irresponsabilité.
Il est des hommes qu’on honore, il est des pauvres types qu’on méprise.
À en juger du moins par les divers présidents de la Ve République, les serviteurs valent presque toujours mieux que les maîtres. Il serait temps qu’ils s’en avisent, au moment où la situation de notre espèce se révèle à chaque instant plus désespérée, et par notre faute.
Le dérèglement climatique et la 6e extinction de masse des espèces vivantes sont désormais hors de tout contrôle, resterait à tenter de gérer le désastre pour en minimiser si possible les conséquences, bref à tenter de devenir responsables, à l’image de l’homme que nous célébrons et à l’inverse de nos « responsables »…
Mais c’est encore trop nous demander, et nous continuons de plus belle à regarder ailleurs et à nous laisser obnubiler par des détails, espérant oublier la réalité à force de divertissement.
Les enfants aussi croient échapper à leurs peurs en fermant les yeux pour ne pas voir les images qui les poursuivent.
Il y a des buts plus importants que les tristes célébrations de ceux de nos prétendues équipes nationales. Il est vrai qu’on ne risque pas de les atteindre en restant le cul posé sur un divan. Il est tellement plus facile de crever vautré que de vivre debout…

AMÉRICAINS
Les américains ? Ils arrivent avec leurs gros sabots, ils ne savent rien et ils décident de tout.

BERNADETTE
En ce qui concerne Bernadette, morte depuis 7 ans, c’est simple : je me reconnais le droit de vivre sans elle, je ne me reconnais pas le droit de l’oublier, et le voudrais-je que j’en serais incapable. Il est des présences qui se moquent de l’absence.

BILAN
Je viens d’écouter le charmant et un peu futile Debray chez Laure Adler. Il est sympathique, il a l’humour des idéalistes désabusés ayant pris du recul sur le banc de touche, mais il en est resté aux vieilles lunes des Lumières et prend Valéry pour un prophète.
Il sent plutôt juste, mais il pense faux, croit que le seul vrai progrès est technologique, n’a pas la moindre idée de ce qu’est l’écologie ni de la situation actuelle, se complaît à des paradoxes puérils et caresse de modestes rêves de postérité.
Bref, son Bilan d’une faillite semble être l’agréable confession d’un naufrage, celui du faux humanisme très XIXe d’un vieux monsieur désormais bien élevé, puisqu’édenté.
Il m’a semblé, mais je n’en jurerais pas, entendre claquer son dentier…
Grande leçon : tâchons de ne pas nous déjuger sur le tard, ça ressemble trop à ces anciennes catins mondaines que la décadence de leurs appas convertissait faute de mieux à la dévotion.

BLESSURES
Ne sont jamais inutiles si l’on accepte cette douloureuse évidence qu’elles offrent un terrain idéal à qui veut faire pousser des fleurs.

CIVILISATION
Ce que nous nommons pompeusement « notre civilisation » ne mérite en rien d’être ainsi désigné. Déracinés et dès lors peu à peu dénaturés, nous sommes devenus incapables de vivre une authentique présence au monde dont nous sommes partie sans vouloir le savoir ni en assumer la responsabilité ; notre mode de vie hors sol, notre addiction à l’abstraction nous condamnent à des simulacres perpétuels.
L’insouciance de la présence directe au monde, de la présence naturelle, notre espèce, sa partie occidentale du moins, l’a perdue ; elle fait semblant d’être là, s’efforce laborieusement de faire la fête, parce qu’elle n’est plus en fête, ayant perdu toute simplicité. Si la vraie vie est une fête, la fête programmée, ce n’est pas une vie.

« CIVILISATION », Régis Debray (voir le compte-rendu de ce livre par l’ami Klépal dans son blog « Épistoles improbables » et le commentaire que j’en fais, partiellement repris ci-dessous) :
La mutation, que nous étions quelques-uns à espérer il y a maintenant plus de 40 ans, n’a pas eu lieu à temps, le « progrès » est allé trop vite, et l’extinction est largement commencée. La sixième extinction de masse des espèces ne concerne pas que les insectes, les oiseaux et les mammifères, elle vise au premier chef la seule espèce devenue réellement nuisible, la nôtre, dont l’inconscient collectif est en pleine panique. Debray reste un intellectuel du XIXe prolongé, pour qui l’homme par essence surplombe la nature. C’est l’inverse qui est vrai, nous n’avons à passer que le témoignage de notre incurie, et il est de moins en moins probable qu’il y ait des successeurs pour y survivre. Tout comme Debray en tant qu’intellectuel, en tant qu’espèce et par la grâce de notre « sagesse », nous sommes des dinosaures. Je compte sur les fourmis pour prendre le relais – si tant est qu’elles en aient envie, car elles n’en ont nul besoin.
JK : Remarque de taille qu’il convient à l’évidence d’intégrer dans le raisonnement.
Merci de me rappeler à l’ordre sur ce point.Un vieux fond d’optimisme latent, que j’ignorais en moi, m’a poussé à une impasse. Je trouve malgré tout sévère de qualifier Debray d’intellectuel du 19e siècle prolongé.

AS : Sévère mais juste, une fois admis, ce que j’aurais dû énoncer clairement, honte sur moi, que nous appartenons tous deux à ce même sous-genre de la bourgeoisie humaniste classico-romantique en voie d’extinction ! Ce qui me désespère plus encore que la disparition de ce qui fut une civilisation et que mon naufrage personnel concomitant, déplaisant épiphénomène, c’est de voir s’éteindre en même temps que nous ceux qui auraient dû nous succéder. Et d’être, forcément, en partie responsable de cet avortement suicidaire, et le mot avortement ne vient pas par hasard sous mon clavier.
Je voulais ce matin te proposer de "contextualiser" ma remarque apparemment extrême, mais tout bêtement rationnelle, en écoutant si ce n’est déjà fait, le 8h20 de France-Inter avec Cyril Dion, le sympathique et un peu naïf réalisateur de « Demain ». Tout y est dit, y compris, en filigrane, de la terrible impuissance des hommes de bonne volonté à faire évoluer si peu que ce soit le rapport de forces avec les tenants de l’Homo Deus, de l’Argent Roi et du Tout pour ma gueule, une Trinité post-moderne irrésistible parce qu’elle est le rêve collectif inconscient de notre espèce consciente…
L’optimisme tant vanté actuellement n’est qu’une des facettes, et l’une des plus dangereuses, de notre aveugle mégalomanie. Il n’est pas d’optimisme cohérent sans le correctif et l’appui d’une impitoyable lucidité.
Je crois qu’on ne peut tenter de sauver un bateau qu’en ayant clairement repéré les voies d’eau, établi un diagnostic aussi objectif que possible, exploré les éventuelles solutions. Le seul optimisme digne de ce nom est le pessimisme assumé et surmonté, celui de la grenouille qui bat le lait jusqu’au bout de ses forces et survit contre toute attente au moment où émerge le beurre…
Ce n’est pas du tout ce qui se passe actuellement où l’on voit les plus faibles abdiquer devant les écrans du foot people et se laisser saigner comme poulets en batterie tandis que les plus forts tirent à hue et à dia à qui arrachera le plus gros bout de gras de la carcasse pantelante de notre monde, sans voir que c’est de leur propre chair corrompue qu’ils se régalent et s’empoisonnent.
Ce spectacle ne m’empêchera pas de ramer, parce qu’il n’y a rien d’autre à faire, et parce que l’engeance maudite à laquelle j’appartiens a eu, a encore parfois, cet élan qu’on appelle le génie – et que je voudrais que cela survive, en se mettant enfin au service de la vie et de sa beauté.
Je sais, c’est ronflant, gonflant même peut-être, mais fallait que ça sorte !

CALCULATEURS
Il y a deux sortes de calculateurs, ceux qui savent qu’ils calculent et ceux qui n’en ont pas conscience. Mais aucun être humain n’échappe à sa condition de calculateur, qui lui est dictée d’entrée par le simple fait d’être capable d’envisager l’avenir et de se souvenir du passé. Dès qu’il y a conscience, il y a calcul, et le meilleur moyen de ne pas être victime de nos calculs est de prendre conscience que consciemment ou non, nous passons notre temps à calculer…

CASSE-PIEDS
Les gens qui ne font pas chier le monde au bout d’un moment, c’est qu’ils étaient chiants dès le départ.

COMPLAISANCE
Un dimanche avec France-Inter, une série de pantins même pas drôles. Mais dans quel monde vivent-ils ?
J’écoute d’une oreille Frédéric Lenoir, nouveau philosophe abruti comme l’université nous en a pondu à la douzaine depuis une trentaine d’années, beau type de parasite collé à Spinoza comme la tique à la victime dont elle tire sa subsistance, une de ces vraies têtes de nœud médiatiques chez qui rien ne dépasse que la volonté panique d’être reconnu, à l’inverse de son père, avec qui j’ai échangé un court moment, et que j’aimais bien, parce qu’il était, lui, un vrai philosophe, en action, ce qu’on appelait autrefois un type bien.
Les deux « penseurs politiques » de service et leur prétendu « grand débat », et pour faire bonne mesure le désolant Pascal Bruckner ânonnant une fois de plus les lieux communs de ses certitudes rances…
Sur France-Musique, trois critiques compétents laissent lâchement une invraisemblable dinde, chef du service culture de La Croix, tenter d’imposer comme référence une version particulièrement foireuse du Lac des cygnes de Tchaïkovsky.
Ce n’est pas le service public de l’audiovisuel qui déconne, c’est l’ensemble des prétendus experts qui l’infestent de leur présence aussi bavarde que stérile.

CONFORMISME, CONSENSUS
Émile Fabre, dramaturge et administrateur de la Comédie Française entre les deux guerres : « Le public est à ce point esclave de l’opinion reçue qu’il lui arrive de croire parfois qu’il s’amuse à un spectacle qui l’ennuie. »
Le moins qu’on puisse dire, c’est que ça n’a jamais été aussi vrai.

CONSCIENCE
S’inscrire dans la durée, tel est le sens de la conscience, telle est son essence et tel son rôle. Nous l’oublions sans cesse, inconscients que nous sommes. Qui ne croit qu’au changement est un traître à soi-même et à ses frères humains.

CONS (petits)
Il faut être aussi désespérément cons que les politiques actuels pour croire que les entrepreneurs sont le sel de la terre et que l’entreprise néo-libérale est l’alpha et l’oméga de l’activité humaine. S’affiche dans de telles croyances la bêtise crasse des demi-cultivés ambitieux.

CONTACT (entrer en)
Pour comprendre la peinture, c’est à dire pour la sentir, il n’y a guère que les peintres, et les rares personnes parmi les gens très simples qui aiment assez la vie pour prendre le temps de la contempler. Galeristes et conservateurs interposent entre elle et eux des couches de culture qui la voilent, la dénaturent et occultent l’essentiel, qui est l’impression.
Dans notre vie d’êtres bien plus sentants que pensants, tout contact réel demande beaucoup d’innocence et, pour s’approfondir, une vraie culture, assez profonde pour ne pas s’imposer au ressenti et pour l’enrichir de ses résonances et de ses échos.

CRÉATION
La créativité aime le collectif. La créativité se porte bien d’être le fruit d’un groupe, mais la création est affaire personnelle. On voit mieux, plus varié et plus précis à plusieurs, mais la vision que demande la création vient de l’âme, et ne se partage pas. La créativité se repaît de l’anecdote et du commentaire, que fuit la création, qui ne co-naît que l’essentiel, fût-ce par le biais de l’anecdote, qu’elle n’emprunte jamais que pour la rapporter au symbole.

DÉGÉNÉRESCENCE
Le sirupeux, consensuel et quelque peu niaiseux (« et bonjour à tous ! ») Frédéric Pommier, qui sévit dans la revue de presse du week-end sur France-Inter est comme son confrère Askolovitch un homme moderne, dans le coup, un de ces hommes prêts à emboîter le pas à n’importe quelle mode pourvu qu’elle donne l’apparence de l’audace tout en restant dans la norme du conformisme bien en cour le plus strict. Maintenant qu’il est de règle parmi les membres de l’élite de massacrer systématiquement le français, il a su voler au secours de la victoire en créant un néologisme particulièrement ignoble, évoquant avec l’audacieux lyrisme dont il est coutumier « la dégénération de la fête ».
Rappelons-lui l’existence du mot « dégénérescence », avec lequel vu l’état de son français il serait souhaitable qu’il fît connaissance au plus tôt afin, si possible, de remédier à sa « dégénération ».
Quelques jours plus tard, un de ses collègues de France-Inter, à qui la jalousie donne des ailes, tente joliment de se hausser au même niveau de barbarie en lâchant : « La France va laisser à l’Inde la place envieuse de cinquième puissance mondiale »…
C’est ce qui s’appelle être inspiré.
L’inspiration, ce n’est pas le genre de Léa Salamé, qui laboure plus volontiers le sillon si fréquenté de la bonne grosse faute d’accord : « Juppé et Fillon, au fond, ils sont libéral tous les deux… »
Toujours sur France-Inter, Hervé Morin, ce centriste excentré, n’est pas aussi inspiré, mais se montre contrairement à son habitude assez excentrique en matière d’accord, assénant sans trembler : « Enfin l’économie française est capable d’affronter le monde qui est devant lui… »
Et Thomas Legrand de lui emboîter le pas : « L’élaboration de ces nouvelles normes seront… »
De son côté, Pascal Boniface, bien que président de l’IRIS, n’y voit pas très clair quand il s’agit de distinguer le singulier du pluriel : « Celui qui est un danger pour (je ne sais plus qui), ce sont les États-Unis… »
Rejoint par Marlène Schiappa, caricature de bonne élève, qui ânonne de sa voix d’adolescente encore en boutons : « si on prend les chiffres globals… ». Mais peut-être l’écrit-elle « globales », féminisant ainsi les chiffres avec une audace militante dont on ne peut que lui savoir gré…
D’un avocat, peu maître de sa langue en dépit de son titre, coup sur coup, ces deux consternants désaccords :
« ce principe de la présomption d’innocence à laquelle je suis profondément attaché. »
« Pour le reste, ce seront aux juges d’apprécier… »
Pour ma part, je n’apprécie pas.
Enfin, ce journaliste sur France-Inter : « Il y a une tension persistante entre les États-Unis et ses partenaires commerciaux ».
Un catalogue exhaustif de notre décadence linguistique serait aussi fastidieux que les barbarismes branchés de nos élites pensantes. Soyons philosophes, mettons-nous en capacité d’accepter la nécessaire évolution de la parole contemporaine, en adoptant « l’attitude socratienne », comme dit si bien tel journaliste de France-Inter, ça a tout de même plus de gueule que de se confiner dans la ridiculement conservatrice attitude socratique.
Cerise sur ce très lourd gâteau, un haut fonctionnaire de l’Éducation nationale, lors d’un Téléphone sonne sur la condition professorale mené par la redoutable Fabienne Sintès (qui réussit là un vrai chef-d’œuvre de désinformation, tant le « choix » des invités et des auditeurs intervenants exclut toute parole non conforme), susurre avec une contagieuse émotion : « Cette idée de la solitude de l’enseignant est très important. »
Ils me fatiguent, à la longue, tous ces importants importuns…

DÉGRADANTS (propos)
Pour les hypocrites et les aveugles volontaires, ce n’est pas faire des horreurs qui est dégradant, c’est oser dire des horreurs sur ceux qui en font, qui plus est impunément. Appeler un chat un chat et Woerth ou Cahuzac de parfaits salauds en même temps que de dangereux crétins me semble au contraire le minimum que puisse faire quiconque croit encore à la liberté, à l’égalité et à la fraternité que ces minables escrocs, que ces menteurs professionnels, n’ont cessé de violer avec le plus parfait cynisme.
« Ce n’est pas en cassant le thermomètre qu’on fait tomber la fièvre », cette vieille métaphore n’a jamais été plus pertinente pour définir l’attitude d’une bourgeoisie dévoyée qui a achevé de se déshonorer en se mettant à la remorque des pires chevaliers d’industrie du néo-libéralisme financier mondialisé dans l’espoir de ramasser quelques miettes régurgitées par ses maîtres et de préserver les minables privilèges octroyés aux larbins les plus méritants.

DIAGNOSTIC
C’est insensiblement, par petites touches, en s’avançant sous le masque des grands mots affichés pour dire le contraire de ce que l’on fait, que s’installe la dictature. Nous en sommes au moment où l’anesthésie n’est même plus nécessaire, car le patient se réveille trop tard, et constate, groggy, que le manteau protecteur qu’on lui promettait est une camisole de force. Voter Macron contre Le Pen, c’était voter la peste contre le choléra, il fallait être aveugle pour ne pas discerner dans le discours et la manière de parvenir au pouvoir de ce jeune aventurier sans scrupule et de ses soutiens les prémisses tout à fait conscientes d’une mise à mort enfin définitive des principes et du fonctionnement d’une société humaine digne de ce nom. Ce qui s’institutionnalise aujourd’hui, c’est une oligarchie mafieuse tout entière fondée sur l’exploitation maximale du faible par le fort et l’accaparement du pouvoir et des profits par une infime minorité de super riches, dont la haine du peuple se reconnaît entre autres à la diabolisation du prétendu « populisme » par les médias qu’ils contrôlent.

DRÔLERIE
Ce que ne comprennent pas toujours les comédiens qui souvent sont gens de routines, comme tous les angoissés, c’est que ce n’est pas drôle d’être drôle tout le temps. S’ils se font un devoir de s’amuser, c’est qu’hors de scène ils s’ennuient, et pour ne pas souffrir du quotidien le fuient en se donnant le spectacle un peu lassant de leur drôlerie obligée.

EXCESSIF
Si tout ce qui est excessif est insignifiant, alors jamais rien n’a été plus insignifiant que le grotesque hommage rendu à Johnny Halliday. N’en déplaise à Frédéric Lenoir et à quelques autres chantres intellectuels de l’unanimisme tricolore obligatoire, grands vendeurs de patriotisme à deux balles en faveur de l’actuel président, et coupables de haute trahison envers leur devoir d’intellectuels, qui n’est pas plus de jouer du pipeau au service des tyranneaux que de hurler avec les moutons.

FÉMININ MASCULIN
Nous sommes peut-être sur le point de renoncer à un patriarcat stupide et destructeur, qui a réduit les femmes à une condition inférieure aussi néfaste pour elles que pour les hommes. Mais il ne faudrait pas que sous prétexte de rétablir l’égalité entre les sexes les femmes deviennent à leur tour des hommes de pouvoir (certaines l’ont été même sous le régime patriarcal) ; il me paraît évident qu’il vaudrait mieux voir les hommes s’inspirer des qualités des femmes que voir les femmes s’emparer des défauts des hommes. Les femmes de pouvoir actuelles sont pour beaucoup tout aussi enchaînées aux mortelles séductions du pouvoir, du profit et du paraître que les mâles les plus dominants de notre monde de machos. Il suffit de regarder d’un peu près le cursus et les comportements de ces femmes-là pour constater qu’elles souffrent des mêmes névroses, voire des mêmes psychoses que leurs collègues masculins.
Prenons-y garde, détruire le patriarcat, ce n’est pas faire monter les femmes qui le souhaitent sur le fragile et dérisoire piédestal masculin, c’est en faire descendre les hommes qui s’y pavanent afin qu’ils redeviennent humains, c’est à dire à la fois masculins et féminins, à égalité avec leurs concitoyens et concitoyennes, sans plus rechercher à dépasser autrui, ce qui revient tôt ou tard à l’opprimer. Là est la liberté, là est l’égalité, là est la fraternité.
Non dans un monde où 1% de prédateurs mâles ou femelles égaux entre eux exploitent et ruinent 99% d’êtres humains peu à peu réduits en esclavage.
La vraie égalité entre les sexes n’existe pas sans l’égalité entre les citoyens.
Rien de plus profondément machiste et patriarcal que le macronisme des « premiers.ières de cordée ».

FOOTBALL
J’ai adoré jouer au football, j’ai adoré l’ambiance des stades des années 50, passionnée et bon enfant, et c’est précisément pourquoi je refuse absolument de participer à l’épidémie d’hystérique abrutissement qui pour la seconde fois rassemble un peuple soudain frappé de débilité pronfonde autour d’une manifestation intégralement pourrie par son addiction au dieu Argent et son ignoble et démente promotion des pires « valeurs » fascistoïdes.
L’anti-jeu systématiquement pratiqué, la prime constamment accordée à la brutalité et à la tricherie, qui ne sont plus reconnues pour telles mais valorisées comme autant d’exploits, le délire collectif d’une populace abandonnée au plus dangereux des instincts grégaires et à des jeux d’identification morbides, l’exploitation par la « politique » et « l’économie » de ces foules décérébrées, rien de tout cela ne justifie l’euphorie grotesque orchestrée par des médias plus asservis que jamais au règne de la médiocrité.
Ce qui fut un divertissement plutôt sain et un sport passionnant et formateur n’est plus qu’une pitoyable caricature des jeux du cirque, et relève du même diagnostic de corruption, de clientélisme, de décadence et d’abrutissement volontaire.
Totalement dénaturé, le sport actuel acte chaque jour davantage le retour de l’espèce humaine à un stade de sauvagerie pré-humaniste qui justifie a posteriori les dérives des régimes totalitaires qui avaient montré la voie en instrumentalisant la pratique sportive.
Philippe Poutou l’a bien dit : « C’est ça, être tous ensemble ? »
J’attends de la vie et de mes frères humains d’autres communions que cette consternante chienlit. Et d’un président digne de ce nom autre chose que des postures de dingue…

HABITUDE (la force de l’)
On s’habitue à tout, singulièrement au pire. Il y a encore quelques années, chaque nouveau scandale nous secouait. Ils étaient moins nombreux et plutôt moins graves que ceux qui aujourd’hui nous laissent indifférents ou résignés.
Je m’étais dit l’autre jour : « Ce scandale-là, trop énorme, je vais en parler ! »
Le lendemain matin, quand j’ai voulu la stigmatiser, cette infamie, je l’avais oubliée…
En est-elle moins infâme ?

IMPROVISATION
On n’improvise pas ce qu’on sait, on improvise ce qu’on transforme et transformer ne s’improvise pas. L’improvisation créatrice suppose un entraînement aussi régulier qu’exigeant. Sans cela, elle se résume très vite à des trucs et l’on n’a plus affaire qu’à un pâle ersatz de ce que peut être une authentique improvisation : une création immédiate et spontanée.

INDIVIDU
Terme dépréciatif utilisé pour désigner et stigmatiser tout être humain n’ayant pas l’heur de plaire à la maréchaussée et au Sinistre de l’Intérieur.
L’emploi volontairement déshumanisant de ce mot est un signe majeur du mépris dans lequel les pouvoirs actuels tiennent quiconque ne leur est pas inconditionnellement soumis.

INSTANTANÉ
Cette libraire parisienne, sèche comme un distingué coup de trique, à qui j’avais commandé « L’événement Anthropocène » et qui m’ignore de la façon la plus grossière, tout occupée qu’elle est à échanger avec un autre intellectuel, comme elle sanglé dans l’uniforme standard du clerc français aussi snob que compassé, des propos autour du patron de P.O.L., qu’apparemment ils connaissent et de la petite gloire duquel ils se gonflent, ne se doutant pas plus que moi que leur demi-dieu de l’édition allait comme tout un chacun périr quelques jours plus tard dans un banal accident de voiture.
L’avouerai-je ? C’est assez brutalement que j’ai fait descendre cette ridicule pimbêche de son Olympe livresque.

JOHNNY HALLIDAY
Si de nombreuses anecdotes le concernant relèvent plus ou moins de la fiction, la suivante m’a été certifiée authentique par les musiciens qui l’auraient vécue.
Johnny réunit son équipe et lui adresse ces fortes paroles :
– Ok, le staff, j’vous ai réunis pour mettre les pendules à sa place !
– Euh, non, Johnny, hasarde un des présents, pour mettre les pendules à l’heure…
– Ah ouais, autant pour moi… J’vous ai réunis pour mettre les pendules à leur place ! »

INTELLECTUELS DE POUVOIR
M’ont toujours agacé au plus haut point ces intellectuels universitaires aussi brillants qu’inconsistants dont la France s’est fait une douteuse spécialité, et qu’elle exporte chez des américains dont la naïveté pataude s’émerveille des jongleries rhétoriques de ces bateleurs de l’esprit, faux penseurs et vrais hommes de pouvoir.

LACAN
Le Sarkozy de la psychanalyse. Comme l’agité du bocal, il a constamment dissimulé la platitude de sa pensée derrière la jungle du baratin.

MANQUE (présence du)
Ils sont rares, les êtres qui nous manquent même quand ils ne nous manquent pas, même quand volontairement ou non, nous les oublions.

MIROIR
Rares sont aussi les êtres humains capables de s’oublier assez pour supporter qu’on leur montre un miroir où ils se voient déformés tout en sachant que le miroir n’est pas déformant. De toutes les tâches humaines, la plus surhumaine est peut-être celle qui consiste à accepter de regarder la réalité en face, à commencer par la sienne.

MODERNISME
C’et grâce aux nazis que l’Homme est allé sur la Lune, la conquête de l’espace leur est due.
Modernisme et totalitarisme sont les deux faces d’une même hubris. La façon dont les États-Unis, incarnation du modernisme, ont repris pour leur compte le flambeau du totalitarisme dit tout de la vraie nature de leur régime « libéral » issu des Lumières. L’idéologie progressiste moderniste est liée par nature aux idéologies totalitaires. À la lumière des deux derniers siècles de l’histoire mondiale, il est temps de reconnaître enfin que le totalitarisme « scientifique » va de pair avec le totalitarisme politique, comme le montre aujourd’hui le si dangereux essor du transhumanisme, qui reprend les pires lubies du nazisme, enrobées dans une ignoble sauce scientifique millénariste qui aurait ravi Mengele et consorts. N’oublions jamais que l’industrie chimique et sa Weltanschauung sont littéralement à la source de tout ce qui s’est passé de plus ignoble et de plus monstrueux sur Terre depuis plus de deux cents ans.

MONNAIE (fausse)
Tout « amour » abstrait est une imposture. Ceux qui prêchent l’amour d’une idée ou d’un collectif sont des escrocs. Car l’amour ne se vit pas dans la tête, mais dans le cœur et les tripes. Aimer les idées n’est pas aimer, mais chercher un pouvoir.

MONOTHÉISME
Nous n’avons pas créé l’univers, c’est l’univers qui nous a créés. N’arrivant pas à accepter cette réalité, nous avons inventé les religions, et nous avons prétendu que le Dieu que nous nous inventions nous avait créés à son image, ce qui était une façon discrète, quoiq’un peu téléphonée, de nous diviniser par la bande. Les religions monothéistes sont à mes yeux des fantasmes anthropomorphiques, à ce titre puissants moteurs vitaux pour le meilleur et pour le pire, puisqu’à l’abri de leur hypothétique Créateur elles permettent de tout justifier, à commencer par le pouvoir absolu que nous brûlons d’exercer à l’égard de toute altérité : Gott mit uns, Dieu et mon droit, In God we trust, les formules abondent qui enrôlent notre Divine Invention au service de nos dérisoires ambitions.
Ayant été créés par Dieu à son image, nous sommes ses envoyés, et il s’ensuit que Dieu a créé l’univers pour pouvoir nous faire exister et le mettre à notre service afin que nous chantions sa gloire. L’univers dès lors n’est plus notre créateur, mais notre jardin, un jouet, une poire pour la soif, dont nous sommes de droit divin maîtres et propriétaires.
Cette façon carnavalesque d’inverser la réalité, loin de prouver notre confiance dans notre omnipotence, révèle combien notre inconscient collectif a conscience de notre impuissance. Plus nous tentons, dieux présumés et présomptueux, de recréer le monde à notre image, plus il nous rappelle que nous dépendons de lui bien plus qu’il ne dépend de nous.
Il n’y a qu’un Dieu, la Vie, et qu’une religion, vivre. Il n’y a donc qu’une religion pour chacun de nous. Une par personne, et qui pour être vécue doit rester personnelle. Tout prosélytisme est une offense à autrui et à soi-même, un refus de la vie libre et fluide.

MORTS
Les morts nous nourrissent, les morts sont là pour nourrir les vivants. En retour, nous les « nourrissons ». Comme des bébés. C’est tout le sens profond des cimetières italiens anciens : les bébés humains se nourrissent entre eux…
Le monde des morts est un monde vivant, conformément à la vision du monde véhiculée par le Tarot, pour lequel la mort ne peut être nommée, puisqu’à la fois inconnaissable et inexistante : rien ne se perd, rien ne se crée, ce que nous appelons la mort n’est que la continuation de la vie sous une autre forme. Dans L’Arcane sans Nom, la Mort boîte parce qu’elle n’est rien sans la vie, qui ne peut se passer d’elle. Le noir dans le Tarot, ce n’est pas le deuil, c’et la terre, la terre nourricière, condition de la fécondité.
Nous poussons un peu comme des plantes, et à San Michele, lieu de L’Arcane sans nom, les morts aussi poussent, les morts deviennent les fleurs, les haies qu’ils nourrissent, et leurs bras s’enlacent aux cyprès dont les doigts raidis par un élan irrésistible nous indiquent la bonne route, le chemin à suivre : vers le ciel…

NÉCROLOGIE
D’Ormesson et Johnny. Leur disparition porte un coup sévère à la société du grand décervelage à laquelle ces deux imposteurs ont tant contribué, d’où l’éloge unanime réunissant en un chœur hélas trop naturel les braiements hypocrites des salauds aux bêlements aussi consternés que consternants des imbéciles.

NÉOLOGISME
Le néologisme est à la mode. Mais tout le monde n’a pas le talent de Ségolène Royal dont la bravitude restera à coup sûr dans les annales de la sottise créatrice. Léa Salamé n’en est pas encore à ce niveau olympique, mais son récent « J’ai pas envie de systémiser » montre une bonne volonté, presque un zèle, qui autorise à fonder de grands espoirs sur l’avenir antigrammatical de cette redoutable péronnelle.

ORDRE DU JOUR (L’)
À en juger par son Prix Goncourt, « L’ordre du jour », Éric Vuillard, comme beaucoup d’écrivains actuels, fait dans la littérature, avec application. Cet opuscule aligne comme à la parade de petites crottes textuelles allègres, sèches, creuses, émiettant avec une élégante componction des anecdotes qui se voudraient symboliques. Donneur de leçons sans vouloir en accepter l’inévitable ridicule, pédagogue sans vouloir y toucher, Vuillard prend du recul, mais sans oublier de mettre son grain de sel, mime la hauteur de vue mais à partir d’un point de vue subjectif qui rend son discours aussi superficiel qu’anachronique. Pétri des contradictions de l’époque, il se veut sérieux, mais avec légèreté, sentencieux, mais guilleret, et, comme elle, rate la cible à force de la viser.
L’auteur semble croire que le ton désinvolte qu’il affecte lui permet de prendre de la hauteur par rapport à l’histoire, alors qu’il ne fait que la prendre de haut, ce qui, après coup, n’est pas bien difficile ni bien intéressant.
Dans ce livre, il singe à merveille cette pose supérieure qui signale la présence du fait littéraire, usant de ces vieux trucs en toc qui sont de tout temps l’apanage des prestidigitateurs littéraires trop sûrs de leur habileté et qui voudraient qu’elle fît d’eux des mages.
On s’ennuie très vite dans ce petit pastel très bien peint, très consensuel (« Les prémisses de la seconde guerre mondiale pour les nuls ») où les métaphores astucieusement « décalées » tombent régulièrement à plat parce qu’elles sonnent faux, fruits secs d’un effort, non d’un vécu.
Je veux croire que ses livres précédents sont meilleurs, mais ce digest qui se lit aussi facilement qu’il s’oublie ne me donne pas envie d’y aller voir.

PRÉVOIR (gouverner, c’est)
Il ne suffit pas de prévoir les événements pour échapper à leurs conséquences. En permettant de s’y préparer, l’anticipation les rend souvent d’autant plus inévitables. Ainsi n’est-il pas sûr que le proverbe « Si vis pacem, para bellum » témoigne d’une grande lucidité politique.

PARTAGE
Un lieu commun dont j’ai souvent pu vérifier la pertinence veut que les pauvres soient plus généreux que les riches. Rien de plus naturel : il est beaucoup plus facile de partager quand on n’a rien à partager.

PASSÉ
Un passé trop riche risque de ne pas laisser beaucoup de place pour un présent vivant.

PETITESSE
Je parle beaucoup en rêve, mais ne me souviens quasiment jamais des mirifiques discours que je tiens et qui semblent si pertinents au moment où je les prononce. Le fait qu’ils m’échappent a l’avantage de me permettre de croire qu’en rêve au moins, je suis génial. Étrangement, et peut-être malencontreusement, je me suis souvenu au réveil avoir dit à mon fils dans un rêve récent et sur un ton quelque peu sentencieux : « On se sent petit devant la petitesse des autres, qui nous révèle la nôtre. »
Quel était le message de mon inconscient, à supposer que message il y ait ?

POUVOIR
L’irrésistible développement de notre pouvoir sur le monde est finalement la preuve de notre impuissance à le maîtriser. Plus nous en avons, plus il se retourne contre nous.

PROFONDEUR
On ne cherche la profondeur qu’au risque de devenir superficiel à force de la vouloir. En voulant aller au fond des choses, on perd parfois le contact avec la réalité, on finit par s’abstraire indûment du monde que l’on prétend découvrir, mettre au jour, embrasser – souvenons-nous du proverbe : qui trop embrasse mal étreint.
C’est un risque qui me pend au nez comme à celui de tous les êtres trop exigeants pour se satisfaire de l’évidence, mais trop idéalistes pour se contenter de la réalité. D’où la nécessité de rester ancré, de se comporter en cerf-volant : voler, monter au ciel, mais grâce à l’ancrage qui permet au vent de prendre dans notre voile.
À l’inverse, l’homme qui assume pleinement d’être superficiel acquiert par là même une sorte de profondeur ; il est à fond ce qu’il est, que lui demander de plus ?
Au final, il n’est pas sûr que Labiche soit moins profond que Lamartine, Francis Blanche moins profond que Jean-Paul Sartre, Anna Gavalda ou Charline Vanoenhecker moins profondes que Le Clézio, Serres ou Modiano. Ils sont en tout cas à mes yeux plus vrais. Il sonnent juste. Ils vivent.
IL me semble de plus en plus que le meilleur moyen d’être profond, c’est de se contenter, ce qui n’a rien d’évident, d’être autant que possible soi-même, tout le contraire de la complaisance, par laquelle nous cèdons à notre « flapin », notre côté habile à donner de nous une image flatteuse, au lieu d’être nous-mêmes à l’aide de notre « rageur », cette partie de nous qui veut être vraie envers et contre tout. Ce qui nous rend le plus sûrement superficiels, c’est d’être dans la séduction. Et il n’est séduction plus spécieuse que l’affectation de la profondeur…
Être profond, ce n’est pas prendre la pose, c’est être juste, au sens où l’entend mon ami Renzulli, c’est à dire sincère et honnête parce que fidèle à soi-même et à sa nécessité intérieure.
Vaste programme ! eût opiné le grand Charles.

PROGRÈS
Son vrai moteur, c’est la paresse.

PROSTITUTION
Il y a exactement la même différence entre l’art contemporain de marché et l’art authentique qu’entre se branler devant un film porno et faire l’amour avec une personne qu’on aime.
Même différence qu’entre le machinal et le vécu ; dans le premier cas, on a le plaisir de la facilité, dans le second on a l’effort de la création et le bonheur qu’il engendre.

RELATIVITÉ
Les gars d’Hara-Kiri étaient tellement en avance qu’on les a pris pour des passéistes…

RÉUSSITE
Nous confondons presque toujours la réussite avec le succès, appelant réussite ce qui n’est que succès.
J’ai tôt compris que le succès n’était pas forcément une réussite, et que la réussite n’entraînait pas toujours le succès…
C’est que le succès relève de la quantité alors que la réussite se mesure à la qualité.

RÊVE
Il faut faire attention, avec nos rêves. Ne pas rester trop près d’eux, ne pas leur coller au train. Pour les réaliser sans les banaliser, prenons-les en main, mais laissons-les voler ; les rêves sont des cerfs-volants, ils ont besoin de s’ancrer dans la réalité, mais tenus de trop près, en laisse, ils ne prennent plus le vent et tombent à terre. Pour ne dénaturer ni l’un ni l’autre, toujours laisser un peu de marge entre le rêve et la réalité. Notre rêve est une bulle qui nous emporte plus haut que nous ne pensions pouvoir aller, si nous ne l’étreignons pas au point de la faire crever.
Il est beau de réaliser ses rêves, plus beau encore de les vivre.

RIDICULE
Il n’y a jamais de ridicule en amour – sauf aux yeux des imbéciles et des salauds, éternels alliés toujours en guerre contre la vie.

RISQUE
Qui n’est pas prêt à prendre le risque d’échouer ne risque pas de réussir. Cette certitude rassure beaucoup d’entre nous, adeptes obtus du fameux proverbe « Un Tiens vaut mieux que deux Tu l’auras ».

SINGE
Je revois de temps en temps, souvenir des années 50, le Jardin des Plantes et son zoo, les odeurs des singes et surtout celle des fauves, qui prenait à la gorge, presque suffocante à force d’être piquante, et puis ce grand singe (j’avais d’abord tapé grand sage, peut-être la plus juste faute de frappe que j’aie jamais commise), ce grand singe malheureux qui barbouillait de sa merde la vitre à travers laquelle il nous fixait, étalant soigneusement et sans fin son caca comme pour nous dire ce qu’il pensait de sa vie et de nous, comme aussi pour ne plus nous voir grâce à ce rideau marron tiré entre notre dégoût et le sien.

SUBJECTIVITÉ
Que la perception de la réalité soit subjective est aisément vérifiable par une expérience fort simple, entre mille autres, expérience propre à confondre les sceptiques les plus endurcis. Le même pet, avec exactement la même odeur, sera perçu de manière diamétralement différente selon qu’il émanera de moi ou d’autrui. Presque plaisante, voire tout à fait bienvenue dans le premier cas, elle produira dans le second gêne, voire dégoût, avec toutes les manifestations physiques concomitantes.
Comme a fini par le comprendre la physique contemporaine, bien plus ouverte au doute que le scientisme « réaliste » mécaniste du XIXe siècle, le point de vue de l’observateur change sa perception de la réalité, et interagit par là même avec elle, parfois jusqu’à la modifier…

THÉORÈME
Tout progrès technique résolvant un problème en engendre au moins deux plus graves que le précédent.

VIEILLIR (bien)
Le secret du bien vieillir, c’est d’être assez bête pour se croire immortel, ou assez intelligent pour savoir qu’on devrait déjà être mort.

lundi 4 juin 2018

AU-DELÀ à portée de main…

RAPPEL :

VENISE, PRÉSENCE DE L’ABSENCE
une exposition d’Alain Sagault


est au Musée-Muséum départemental des Hautes-Alpes, 6 avenue Foch, 05000 Gap, jusqu’au 29 août 2018.

Visites guidées en compagnie de l’artiste à 14h vendredi 8 juin et dimanche 24 juin : VENISE DANS LES PAS DU TAROT.
J’animerai également un atelier d’écriture samedi 7 et dimanche 8 juillet :
(S’)ÉCRIRE SUR LES TAROTS.
Inscription au Musée-Muséum auprès de Gisèle Guldalian 04 92 51 01 58 – g.guldalian@cg05.fr.


AU-DELÀ

une rencontre Jean Klépal – Alain Sagault 


Nous venons de publier le cinquième opus de notre collection A2.

Il s’agit d’un portfolio de 16 pages au format A4, présenté sous chemise.

Il contient des reproductions de haute qualité de 15 de mes aquarelles de 2017, accompagnées de textes de Jean Klépal en résonance avec chacune d’elles.

L’ouvrage a été imprimé en quadri offset chez MG Servizi à Verzuolo, Piemonte, sur papier fort X-Per Fedrigoni 320 g.

Le tirage a été limité à 250 exemplaires, et l’ouvrage est proposé au prix tout aussi volontairement limité de 20 €.

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Pour voir AU-DELÀ, cliquer sur le pdf !


AU-DELÀ
peut être commandé à mon adresse :

Alain Sagault
La Petite Ourse
15, digue Paul Garcin
04400 Barcelonnette
06 37 36 53 82
alain@sagault.com

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Qui rêvait, les nuages ou la mer ? aquarelle, 10,5 x 24,5 cm, 2017



Cliquer sur la vignette

jeudi 24 mai 2018

FAUT-IL SUIVRE LA MODE ?

FAUT-IL SUIVRE LA MODE ?


Qu’il soit clair que je ne m’adresse pas ici aux gens « raisonnables », ceux-là mêmes qui par leur égoïsme, leur hypocrisie et leur lâcheté ont laissé advenir, voire encouragé, le désastre actuel (on peut consulter à ce sujet les articles proposés à la fin de cette chronique). Qu’ils s’informent enfin, qu’ils acceptent enfin de voir la réalité en face, puis qu’ils se regardent dans leur miroir s’ils l’osent encore. Si ces autruches sortent la tête du sable, elles redeviendront peut-être audibles. D’ici là, nous n’avons plus rien à leur dire.

Ernest Renan disait, à la fin de sa conférence Qu’est-ce qu’une Nation ? en 1882, « le moyen d’avoir raison dans l’avenir est, à certaines heures, de savoir se résigner à être démodé ».

La mode est à la dictature à peine déguisée d’une poignée de petits cons (je reviendrai très bientôt sur cette appellation tout à fait contrôlée) sans foi ni loi, aussi méprisants qu’incompétents, courroies de transmission d’une dictature financière perverse et inhumaine en voie de rejoindre dans l’ignominie les régimes tyranniques qui ont tant fait pour rendre le XXe siècle immortel dans la mémoire de l’humanité.
C’est donc aujourd’hui un honneur et un devoir d’être démodé.
Une preuve, entre tant d’autres ? Voyez la justice à la mode, celle où l’on va bientôt dessaisir le juge d’instruction indépendant au profit du procureur aux ordres, voyez-la fonctionner :
En France, jugé en comparution immédiate, on peut se retrouver directement en prison un an ou deux pour n’avoir pas payé des billets de train, mais on est dispensé d’y passer fût-ce une journée à condition d’avoir été ministre du Budget tout en fraudant le fisc dans les grandes largeurs et de s’être parjuré devant la représentation nationale après avoir menti comme un arracheur de dents au Président de la République et au gouvernement dont on faisait partie…
Comment nomme-t-on les juges capables de rendre de pareils jugements sans crever de honte ? Comment croire à la justice dans ces conditions ? Quelle légitimité accorder à ces pouvoirs dévoyés ?

Il me semble que le court texte d’André Bellon qui suit, écrit à l’occasion de l’anniversaire d’Emmanuel Macron, résume fort bien l’escroquerie à la « légitimité » par laquelle une minorité de fait s’estime autorisée à gouverner la France en faveur de l’archi minorité du 1% des plus riches.
Pour ma part, il y a longtemps que je ne reconnais plus aucune légitimité à quelque gouvernement que ce soit dans le cadre de la Ve République, et c’est pourquoi depuis le premier tour des dernières présidentielles je ne participe plus à aucun des votes pseudo-démocratiques qu’on me propose d’exprimer en sachant que ce sera en pure perte. Comme nous tous, j’ai mieux à faire.
Pour l’heure, face à la « politique » de l’actuel gouvernement, coup d’état rampant mis en œuvre par une succession ininterrompue de micro-coups d’état menant tout doucement à la dictature, et face aux obstacles mis à toute tentative de grève, si légitime soit-elle, la grève du vote est encore possible.
Massive, son efficacité non-violente serait considérable : elle dirait clairement que la prétendue légitimité des gouvernements actuels, dont on nous rebat sans cesse les oreilles, n’est qu’une farce, les obligeant ainsi soit à se retirer, soit à découvrir leur vrai visage en imposant ouvertement la dictature qu’ils exercent déjà de fait, sous le masque d’élections truquées par la désinformation, la propagande et la corruption, comme le montrent à l’évidence, entre mille autres preuves, la campagne de Macron et les conflits d’intérêt dans lesquels ce président avarié et ses soutiens baignent comme des crocodiles dans un marigot, avec la bénédiction intéressée des puissances financières au service desquelles ils se sont mis sans état d’âme, et dont ils dépendent étroitement.


LA DICTATURE DE LA MINORITÉ
André Bellon



A l’occasion du premier anniversaire de l’élection d’Emmanuel Macron (ah, ce goût pour les commémorations stupides !), on entend se développer en boucle un refrain selon lequel le Président respecte le programme pour lequel il a été élu.
Il n’est pas inutile de rappeler que, si l’actuel titulaire de l’Elysée a bien été constitutionnellement élu, ce n’est pas son programme que les citoyens ont avalisé. Au premier tour, qui caractérise justement le soutien à un programme, Emmanuel Macron a obtenu à peine plus de 18% des inscrits. Le deuxième tour exprimait surtout le refus du Front national, non un appui à un projet et, même dans ce contexte, l’heureux élu n’a pas atteint 44% des inscrits. Prétendre qu’un tel résultat engageait un programme n’est qu’une triste plaisanterie.
Il revient à l’esprit, à l’occasion de ces déclarations, une thèse très à la mode dans les milieux philosophico politiques depuis des décennies. Tocqueville aidant, on nous met en garde quant à une présumée « dictature de la majorité ». Certes, la nécessité de contrepouvoirs ne fait aucun doute, et notre Constitution en manque cruellement, mais l’idée d’une « dictature de la majorité » est plus que douteuse. Imagine-t-on qu’une dictature de la minorité soit préférable ? Et n’est-ce pas le danger qui nous guette ? Car il n’est pas acceptable qu’un pouvoir aussi absolu que celui du Président de la République procède d’une légitimité électorale aussi faible.
La question des institutions est depuis longtemps au cœur de la crise politique et sociale. Elle devient encore plus dramatique lorsqu’un pouvoir aussi faible veut imposer des mesures fort minoritaires, renforcer le pouvoir présidentiel, aussi bien sur le territoire national en écrasant les collectivités locales que dans une vision européenne bien éloignée de la volonté du peuple.
Cette situation engendre des tentatives tout aussi minoritaires, certaines prônant la violence, d’autres contestant les principes mêmes de la souveraineté populaire, du citoyen et de son droit au vote, attaquant l’essence même du suffrage universel. Rien de malheureusement plus logique, ces tentatives condamnables trouvant naissance dans la forme de dictature engendrée par le système.
Une telle situation nous mène à des affrontements graves et des phénomènes de violence de plus en plus manifestes. La solution se trouve dans le retour aux principes fondamentaux de la démocratie, à partir des citoyens, dans les communes comme dans les quartiers. Ce travail permettra la redéfinition d’un contrat social, fondement nécessaire à l’équilibre national comme à la réaffirmation de saines relations internationales. Tel est le sens du processus menant à l’élection d’une Constituante en France qui, loin des solutions clefs en mains de tous les pouvoirs autoproclamés, est la seule solution pacifique, démocratique et rassembleuse aux défis du moment que nous traversons.


P.S. : Au fait, à propos de Venise, et de mon exposition au Musée-Muséum de Gap intitulée VENISE, PRÉSENCE DE L’ABSENCE, il faudrait peut-être la débaptiser et le renommer : VENISE, ABSENCE DE FUTUR :
MSC Croisières, ça ne vous dit rien ?
C’est le numéro 2 mondial de la « croisière » bidon, qui a ses entrées à l’Élysée, puisque le secrétaire général de la Présidence, Alexis Kohler, cousin germain du PDG de cette boîte de merde dont les paquebots, avec d’autres, sont littéralement en train de couler Venise, en a été le directeur financier – encore un conflit d’intérêt particulièrement scandaleux, soit dit en passant.
Naturellement, ces immondes salauds prétendent que leurs HLM de croisière ne font pas de dégâts.
Voyez par vous-même…https://youtu.be/1Qw4wjFppXE
Et vous pourrez trouver aisément de nombreuses autres vidéos tout aussi parlantes !

Ci-dessous, ce sont les articles qui sont parlants !


MACRON, LA RÉPUBLIQUE PRIVATISÉE
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MACRON, SOUVERAIN DU "NOUVEAU MONDE"…


cliquer sur l’image, elle en dit long…

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MACRONFUCIUS : C’EST LA FAUTE AUX PAUVRES


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LA DESTRUCTION DE L’EMPATHIE


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ABUS DE POUVOIR, SAISON 2 : DE SARKOZY À MACRON, DE CHARYBDE EN SCYLLA…


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MACRON, UNE COLLUSION MANIFESTE ENTRE POUVOIRS PUBLICS ET GRANDS INTÉRÊTS PRIVÉS


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PROFITS DU CAC 40 : PRIORITÉ AUX ACTIONNAIRES


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MACRON ou LA GLOBALISATION NÉVROTIQUE


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FIN DU POLITIQUEMENT CORRECT : TRUMP INSPIRE MACRON DANS SA COMMUNICATION


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THIERS ÉTAT ou MACRON DANS SON JUS



LA JUSTICE DÉVOYÉE

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LE DANGEREUX RENFORCEMENT DES POUVOIRS DU PARQUET


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LE CONSEIL D’ÉTAT ABÎME LES PRINCIPES DE L’ÉGALITÉ ET DE SÉCURITÉ JURIDIQUE


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LA VIDÉOSURVEILLANCE EST-ELLE EFFICACE ?


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ILLÉGALITÉ DES RADARS EMBARQUÉS PRIVÉS



L’ÉCOLOGIE SACRIFIÉE

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POUR LA BIODIVERSITÉ, UN DEMI-DEGRÉ DE RÉCHAUFFEMENT CHANGE TOUT


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AGROCARBURANTS, FAUSSE SOLUTION À LA CRISE ÉCOLOGIQUE


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SEMER À TOUT VENT, LA VOIE DE JEAN-LUC DANNEYROLLES


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PLAN CLIMAT DE NICOLAS HULOT, AVANCÉE ÉCOLOGIQUE OU FAUX-SEMBLANT ?


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LA ZAD SAUVÉE PAR LE PLA BIODIVERSITÉ D’HULOT ? CAUSE TOUJOURS…


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LOI LITTORAL : LA GRANDE BRADERIE

mardi 8 mai 2018

VENISE, PRÉSENCE DE L’ABSENCE

VENISE, PRÉSENCE DE L’ABSENCE

une exposition d’Alain Sagault
Musée-Muséum départemental des Hautes-Alpes, 6 avenue Foch, 05000 Gap, du 19 mai - 25 août 2018

Vernissage à 18h30 samedi 19 mai 2018
dans le cadre de la Nuit européenne des Musées

Autour d’un leporello des deux rives du Canal Grande réalisé par Stefano Arienti et prêté par le FRAC-PACA, le Musée-Muséum départemental à Gap m’a proposé de partager l’image de Venise peu à peu engendrée au fil des nombreux séjours de travail effectués depuis plus de 35 ans au cœur de cette ville incomparable, séjours relayés sur les Hautes-Alpes par plusieurs résidences artistiques.

Les quatre approches que j’y ai pratiquées sont réunies dans cet espace consacré à Venise :
- dans les vitrines, l’approche de la vie vénitienne, avec quelques témoignages des rencontres qui m’ont permis de développer les trois autres approches.
- l’écriture, avec des enregistrements de quelques-uns des textes que m’ont inspiré Venise et les vénitiens.
- au sol et à l’écran, la symbolique, avec mes recherches sur la présence des arcanes du Tarot à Venise.
- aux murs enfin, l’approche picturale, avec 70 aquarelles choisies évoquant les infinies variations des couleurs de la lumière sans cesse recréées par le perpétuel jeu des éléments dans la lagune.

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VENISE, PRÉSENCE DE L’ABSENCE



Voici quelques phrases extraites du texte de présentation que vous trouverez dans le document PDF ci-dessus :

VENISE ET LES TAROTS


Les vénitiens, en vrais réalistes, ont toujours su faire la part de ce qu’une raison rationaliste définit comme l’irrationnel.
Des énergies de l’univers, des formes où elles s’incarnent dans l’imaginaire humain, ils ont tiré une symbolique du quotidien, partout présente dans la ville, dans les monuments mais aussi dans les « sculture erratiche » qui en parsèment les murs.
Dans ce domaine, les tarots ont peut-être influencé Venise, par laquelle ils sont sans doute entrés en Occident. Mais ils ont peut-être plus encore été influencés par Venise. La fixation des images de leurs arcanes intervient plutôt tardivement par rapport à l’édification de la ville.
Quoi qu’il en soit, le Tarot permet de se livrer à une sorte de jeu de piste dans le labyrinthe vénitien, à la découverte des très anciens symboles qui incarnent les énergies qui nous animent. Quand on part à la recherche des Tarots de Venise, on est moins un touriste qu’un voyageur, parce qu’on a un but et un trousseau de clefs. On se lance dans une quête presque aventureuse, où les tirages des arcanes favorisent les événements inattendus, ces rencontres de hasard qui semblent ne rien devoir au hasard…
Cette approche nous permet aussi de découvrir la vision symbolique du monde, fondée sur l’image et la perception analogique, qui est absolument centrale dans la civilisation moyenâgeuse et perdure, plus ou moins occultée – voire occulte – jusqu’au début du 18ème siècle.
Vision qui met en forme la ville, qui en impose le plan et en organise le fonctionnement, et à Venise plus que partout ailleurs, puisqu’à Venise l’esprit ne cesse de se faire chair, et l’abstraction de se concrétiser.
La présence des symboles est constante à Venise. Nécessité intérieure et choix politique, volonté d’imposer une image à autrui, mais aussi à soi-même. Le vénitien raconte sans cesse sa légende, et en même temps se la raconte…
Mais Venise et son Canal Grande ne sont que la partie émergée de la lagune, cette étendue aux limites indiscernables qui mêle si bien les éléments entre eux qu’elle nous fait entrevoir l’infini.

LA LAGUNE ET L’AQUARELLE :
PRESQUE RIEN, POUR PEINDRE LE SILENCE


Car on ne peut séparer Venise de sa lagune, il n’existe pas de Venise hors d’eau.
Sa matrice, son berceau, sa nourrice et son écrin : la lagune est tout cela pour Venise, qui lui doit ses chatoiements sans cesse renouvelés, ses poudroiements de lumières irisées, les moires de ses reflets, les velours plombés de ses impalpables brumes.
Des nuances infinitésimales, de liquides fusions, les couleurs de la lumière, presque rien, juste le perpétuel jeu des éléments en amour, un jeu à faire revivre par le truchement de l’aquarelle, jusqu’à peindre le silence. Ce « silence éternel des espaces infinis » qui ne devrait en rien nous effrayer puisque nous en faisons partie et lui devons aussi bien notre présence au monde que l’absence qui la précède et la conclut…

Alain Sagault, Présence de l'absence, © Sagault 2010
Alain Sagault, Présence de l’absence © Sagault 2010

Renzulli nel suo antro, Venise 2013
Renzulli nel suo antro, Venise 2013

XIIII TEMPÉRANCE
XIIII TEMPÉRANCE

LE PUITS DE LA TEMPÉRANCE
LE PUITS DE LA TEMPÉRANCE

Alain Sagault, Au matin l'hiver avait gelé la lumière 10x24 cm 2016
Alain Sagault, Au matin l’hiver avait gelé la lumière, aquarelle, 10x24 cm 2016

mardi 17 avril 2018

C’EST PAS MON GENRE…

C’EST PAS MON GENRE !

« Les gens pensent moins qu’on ne croit, ça vaut mieux pour eux. »
Georges Hyvernaud, Le wagon à vaches

dont je ne saurais trop vous recommander la jouissive lecture



Ça devient rare, de pouvoir écrire ce qu’on veut.
Je veux dire, ce qu’on veut vraiment.
Pas ce qu’on veut bien vouloir parce qu’On veut que nous le voulions, si vous voyez ce que je veux dire…
Pas le « consens, suce ! », pas ce qu’« il faut savoir », pas ce qu’il faut « être en capacité de » savoir.
A-t-on encore le droit de dire des conneries qui ne soient pas seulement celles de tout le monde, les rassurantes conneries autorisées, validées, certifiées ?
Mais des conneries qui seraient à nous, qu’on n’aurait pas adoptées de confiance. Qu’on aurait pris le temps de penser, de vivre, de vérifier. Qui nous diraient, nous, à défaut de dire la vérité, vous savez, celle qu’« il faut savoir » (bis).
Ne pas se laisser aller à « être en capacité de » parler exactement comme tout le monde, «  juste trop cool », non ?
Parce qu’il règne de plus en plus en France une drôle d’atmosphère de censure bien pensante, bien pesante, qui ne dit pas son nom, mais qui gueule bien fort qu’on n’a pas le choix, que c’est comme ça et pas autrement, que la pensée majoritaire a force de loi et que toute déviation relève du sens interdit.
There is no alternative, balance ton porc ! clament d’immenses autorités morales. Et n’oublie pas ton verre de soutien psychologique, ta cuillerée de sirop d’attendrissement jusqu’aux larmes, ta pommade d’empathie universelle et, cerise sur le gâteau, ton bon gros suppositoire d’indignation télécommandée suractivé à la bonne conscience en acier trempé.
Ça fait un peu mal au début, mais on s’habitue. Nombreux, les habitués, ceux que plus rien n’étonne, qui sont prêts à tout avaler. Sans compter les gourmands, ceux qui en redemandent.
Elle se porte bien, la nouvelle morale déployée comme un drapeau d’Austerlitz par le Badinguet junior à peine sevré rejeté par une majorité d’abstentionnistes et choisi par une minorité d’électeurs naïfs ou cyniques, un angelot qui joue avec le peuple comme avec une poupée Barbie et avec le pouvoir comme avec un nouveau jeu vidéo encore plus réaliste avec du vrai sang et de goûteux morceaux de vraie chair…
Cette morale inversée commence à être en capacité de nous casser sérieusement les burnes. Pardon, ça m’a échappé, c’est les ovaires que je voulais dire.
Eh oui, la nouvelle morale est une morale inclusive, avec beaucoup d’exclusives. Une morale de groupes de pression, une morale identitaire donc totalitaire, qui confond sensibilité et sensiblerie, une morale qui exige de la majorité qu’en une merveilleuse unanimité obligatoire elle se soumette aux minorités de tout poil, une morale pour qui tout désaccord est immoral.
Allons-y pour les gros mots : une morale de classe. Et qui manque singulièrement de classe !
Soyez tolérants, c’est un ordre ! Devenez milliardaires ou acceptez de n’être rien.
J’écoutais parler l’autre jour des gens sérieux, des gens gentils, pas cons, à la base.
Ils disaient tous les mêmes sottises à la mode, s’envoyant automatiquement les répons d’une sorte de messe laïque, un discours universel aussi parfaitement calibré et formaté qu’une pomme Golden ou une canette de Coca ; ils avaient manifestement l’impression de penser par eux-mêmes, alors qu’ils enfilaient les slogans consensuels comme autant de perles d’inculture destinées à renforcer le collier qui tient en laisse leur intelligence et met des œillères à leur jugement.
Chaque mot-stimulus opportunément distillé faisait sécréter la dose de salive appropriée et déclenchait le quota adéquat de petits aboiements rassurants-rassurés. Sucrés à la bonne volonté et à la bonne conscience, ces deux jumelles incestueuses.
C’était très sympathique, et absolument terrifiant. Les chiens de Pavlov tournaient bien sagement en rond dans leur niche.
Ils avaient tout lieu d’être contents, leurs maîtres leur avaient jeté un os intellectuel dont ils pouvaient à loisir déguster la substantifique moelle : ils tenaient le sujet qui compte, ils avaient compris où était la priorité des priorités.
Vous ne le saviez peut-être pas, mais il y a un problème qui doit être résolu avant tous les autres, une sorte de mère de toutes les batailles. Vous ne voyez pas ? Allez, un petit effort…
Qu’est-ce qui est plus important que tout le reste ? Qu’est-ce qui est plus urgent, plus vital que l’arrêt du nucléaire, que les bains d’ondes cancérigènes, que l’industrie chimique mortifère et la fin des abeilles, que la guerre et le terrorisme partout, que les massacres et les migrations, que le dérèglement climatique et le réchauffement du même nom ?
Bref, qu’est-ce qui doit de toute évidence passer avant l’Apocalypse en cours ?
Je vais vous le dire, mes ami.e.s, puisque vous n’étiez pas à cet instructif et nourrissant festin.
Ce pour quoi, toutes affaires cessantes, nous devons militer, ce à quoi nous devons consacrer toutes nos forces, c’est à promouvoir l’égalité hommes-femmes là où elle est le plus gravement et le plus scandaleusement bafouée, dans la langue, un mot appartenant pourtant de toute éternité au genre féminin, ce qui en dit long sur le cynisme de l’usurpation masculine et sur l’illégitimité du patriarcat.
Constamment harcelée, sans cesse violée par des accords dénaturés et des usages pervers, la langue féminine doit être sauvée par un remède de cheval, la parité intégrale, afin que la.le.les être.s humain.e.s soient enfin égal.e.s.aux !
Qui veut la fin veut les moyens…

Pour l’égalité salariale, ce détail, tant pis pour l’immense mais désespérément prosaïque et populiste François Ruffin : on verra plus tard.
Au fait, si on cherchait à qui le crime, pardon, la nouvelle morale, profite ?
Parce qu’en somme, l’inclusion généralisée, ça permet surtout de ne plus voir qu’il y a de plus en plus d’exclus…
Et que nous sommes en train de nous exclure de la vie, à force de vouloir nous l’inclure.

Comme le montrent fort bien, me semble-t-il, le discours sévère mais combien juste que vous trouverez sous ce lien https://www.facebook.com/laveritesurnotremonde/videos/187240468564348/?t=2
et les trois textes qui suivent, l’un datant d’un an, l’autre de deux, le dernier de six mois, mais tous trois parfaitement actuels :

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LA CLASSE NUISIBLE, par Frédéric Lordon

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LA DÉRAISON NÉO-LIBÉRALE par Michel-Lyon

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LES HABITS NEUFS DE L’ALIÉNATION par André Bellon


Enfin, à l’usage des salauds irresponsables qui font de ceux qui devraient être les gardiens de la paix des forces du désordre volontaire, je livre le texte publié ce jour par C’EST NABUM dans Mediapart :

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L’EFFET DE LA MATRAQUE

Macron, non, décidément, c’est pas mon genre !
Mais j’y reviendrai bientôt.

mardi 2 janvier 2018

BALANCE TES PORCS !

BALANCE TES PORCS !
un vœu pieux pour 2018 ?



« La capacité de vendre les apparences, c’est le propre de l’imposture. »
« La parole politique aujourd’hui se condamne à la séduction et à la tromperie. »
Roland Gori, 2014

« Mais ils ne font guère mieux ceux d’aujourd’hui qui, avant de commettre leurs crimes les plus graves, les font toujours précéder de quelques jolis discours sur le bien public et le soulagement des malheureux. On connait la formule dont ils font si finement usage ; mais peut-on parler de finesse là où il y a tant d’impudence ? »
Étienne de La Boétie, 1574



Au lendemain des vœux hypocrites du dangereux Tartuffet propulsé à la Présidence par l’oligarchie mafieuse qui l’a coopté et par une partie de l’opinion publique déboussolée et ouverte à toutes les manipulations qui peuvent lui donner bonne conscience et la rassurer, il est en effet nécessaire d’émettre un vœu, qui, compte tenu de l’état de déliquescence et de corruption avancée de notre société, risque malheureusement de rester pieux.
Notre communicant en chef, pompant avec son habituelle impudence les convictions d’autrui pour en parer son discours aussi formaté qu’insincère, exige donc des citoyens de France qu’ils se demandent chaque matin ce qu’ils peuvent faire pour leur pays.
Pour une fois, je ne peux qu’approuver cet appel au patriotisme. Et le reprenant à mon compte, j’exhorte les citoyens de ce pays à se demander, mais vraiment, ce qu’ils pourraient faire de mieux pour leur pays.
Un pays dont la vieille devise, Liberté, Égalité, Fraternité, est chaque jour bafouée, dans les actes et parfois même jusque dans les mots, par un pouvoir sûr de lui et dominateur dont le cynisme va jusqu’à affirmer qu’il écoutera le pays, mais ne l’entendra en aucun cas, et n’en fera qu’à sa tête. « L’État, c’est moi ! » aurait dit Louis XIV. Pour Macron, l’État, c’est lui et ses commanditaires, le 1% d’ultra-riches mafieux dont ce Jupiter de pacotille est l’obligé et le zélé serviteur.
La première chose, et la plus urgente, que nous pouvons faire pour notre pays, ça tient en trois mots, qui ne devraient pas servir que pour les agressions sexuelles, mais pour tous les viols envers la liberté, l’égalité et la fraternité dont ce gouvernement, à la suite des précédents et encore davantage qu’eux, se rend coupable et dont il se vante de plus en plus ouvertement.
Car si les mots ont un sens, les vœux de l’actuel Président, par-delà les précautions oratoires dont il les enrobe, signifient : « Rien de ce que vous pensez, rien de ce que vous ferez ou direz ne sera pris en compte, je suis au pouvoir, je détiens la vérité et votre devoir de citoyen est de vous mettre à son service, c’est à dire au mien et à celui de ceux pour qui je roule. »
Face aux hommes de pouvoir et de profit qui chaque matin se demandent ce qu’ils peuvent faire pour eux et contre tous les autres, le devoir des citoyens tient en trois mots :

BALANÇONS NOS PORCS !

La servitude volontaire, c’est un choix.
Que nous pouvons remettre en cause chaque matin.
Qu’attendons-nous ?



Et si vous manquez de motivation, lisez ou relisez le Discours de la servitude volontaire de La Boétie, écrit il y aura bientôt 500 ans…
J’en extrais pour votre gouverne les quelques phrases qui suivent. Ne sont-elles pas d’une brûlante actualité ?

Pour le moment, je désirerais seulement qu’on me fit comprendre comment il se peut que tant d’hommes, tant de villes, tant de nations supportent quelquefois tout d’un Tyran seul, qui n’a de puissance que celle qu’on lui donne, qui n’a de pouvoir de leur nuire, qu’autant qu’ils veulent bien l’endurer, et qui ne pourrait leur faire aucun mal, s’ils n’aimaient mieux tout souffrir de lui, que de le contredire.

Chose vraiment surprenante (...) c’est de voir des millions de millions d’hommes, misérablement asservis, et soumis tête baissée, à un joug déplorable, non qu’ils soient contraints par une force majeure, mais parce qu’ils sont fascinés et, pour ainsi dire, ensorcelés par le seul nom d’un, qu’ils ne devraient redouter, puisqu’il est seul, ni chérir, puisqu’il est, envers eux tous, inhumain et cruel.

Ce maître n’a pourtant que deux yeux, deux mains, un corps, et rien de plus que n’a le dernier des habitants du nombre infini de nos villes. Ce qu’il a de plus, ce sont les moyens que vous lui fournissez pour vous détruire. D’où tire-t-il tous ces yeux qui vous épient, si ce n’est de vous ? Comment a-t-il tant de mains pour vous frapper, s’il ne vous les emprunte ? Les pieds dont il foule vos cités ne sont-ils pas les vôtres ? A-t-il pouvoir sur vous, qui ne soit de vous-mêmes ? Comment oserait-il vous assaillir, s’il n’était d’intelligence avec vous ? Quel mal pourrait-il vous faire, si vous n’étiez les receleurs du larron qui vous pille, les complices du meurtrier qui vous tue et les traîtres de vous-mêmes ?

Le théâtre, les jeux, les farces, les spectacles, les gladiateurs, les bêtes curieuses, les médailles, les tableaux et autres drogues de cette espèce étaient pour les peuples anciens les appâts de la servitude, le prix de leur liberté ravie, les outils de la tyrannie.

Pour finir, voici trois liens vers des vidéos de TROUBLE FAIT que je découvre ces jours-ci, qui donnent de remarquables analyses, précises, fouillées, solidement argumentées, de ce que sont réellement Macron et sa politique, et de la façon dont cette scandaleuse et illégitime imposture, qui menace jusqu’aux fondements de notre République, a été mise en place :

On a élu Emmanuel Le Pen ! - YouTube

Comment Macron nous entube : ISF, Flate Taxe, APL… - YouTube

Présidentielle 2017 : Tout savoir (ou presque) sur le parcours de Macron. - YouTube

jeudi 21 décembre 2017

QUELQUES REMARQUES EN PASSANT enfin publiées !

C’est Noël.
Quelques REMARQUES EN PASSANT sont très opportunément publiées par les Éditions du Port d’attache à l’occasion de cette fête, à l’intention de ceux des êtres humains qui ne pensent pas que le « Think positive » façon Gribouille modifié autruche soit le comble du progrès humain et croient au contraire qu’une attentive et agissante lucidité est plus roborative et plus porteuse d’espoir et d’efficacité à long terme que la passivité béate des ravis de la crèche volontaires…
Que ces derniers roupillent en paix pendant que la maison brûle ne nous dérangerait pas s’ils ne ronflaient pas aussi fort !
La vraie fête, c’est la vie – les yeux ouverts.


REMARQUES EN PASSANT
par Alain Sagault



« DÉCADENCE
Nous vivons aujourd’hui une décadence que, par la grâce de notre triomphale technologie, nous avons cru être notre apogée, et dont, toujours grâce à elle, nous sommes en train de faire une apocalypse. »

Bretteur chevronné des idées, Alain Sagault ferraille, tout au long de ces réflexions en forme d’abécédaire, avec les travers et les aberrations du monde actuel. Un réjouissant jeu de massacre.

Un volume broché de 42 pages avec une illustration originale de l’auteur

Prix public : 6 euros (plus 1,5 euro de frais postaux).

À commander chez Jacques Lucchesi, 7 rue de l’Eglise Saint-Michel
13005 Marseille.

Voir en ligne : LES ÉDITIONS DU PORT D’ATTACHE

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