D’abord, à tout saigneur tout honneur, impossible de ne pas citer dans le contexte de cette chronique l’émouvante réaction d’un de ces humanistes sensibles et honnêtes dont regorge ce parti de notables corrompus qu’est devenu le PS, Thierry Carcenac, encore président du Conseil général du Tarn et co-resonsable de la mort d’un jeune écologiste : « MOURIR POUR DES IDÉES, C’EST UNE CHOSE, MAIS C’EST QUAND MÊME RELATIVEMENT STUPIDE ET BÊTE. »
Il faut le voir et l’entendre prononcer ces mots absolument stupides et bêtes, mais aussi proprement infâmes, pour mesurer à quel degré d’abjection déshumanisée trop de politiciens actuels sont descendus.
Il fallait entendre hier matin Gattaz, monstre d’hypocrisie cynique, parler du chômage avec des trémolos dans la voix !
Quand un gouvernement pleure la mort d’un parfait salopard promu contre toute évidence au rang de superhéros, PDG d’une entreprise multinationale parmi les plus ignobles, et ne trouve pas un mot pour regretter une bavure dont il est clairement responsable, il y a vraiment du souci à se faire pour ce qu’on ose encore appeler démocratie…
Non, le libéral-nazisme que je dénonce depuis 20 ans n’est pas une invention, il est en marche, et il est plus que temps de l’arrêter, si c’est encore possible.
C’est dans cet esprit que je vous recommande de la manière la plus pressante de prendre le temps de voir et d’entendre l’admirable discours prononcé en 2012 par Roberto Scapinato, procureur général auprès du parquet de Palerme, en hommage à son collègue assassiné par la Mafia avec la complicité des politiques, Paolo Borsellino. Je dis prendre le temps, et non la peine, car il s’agit d’un moment de formidable citoyenneté vivante et dynamisante, et qui rassure : il n’y a pas au monde que des Carcenac, Cahuzac, Carrez, et autres Hollande, Sarkozy, Juppé ou Valls, il y a encore des hommes dignes de ce nom.



À compléter si vous le souhaitez par la lecture de sa remarquable intervention :



Complété à la lumière des événements en cours, dont celui que je viens d’évoquer, voici un texte écrit au tout début 2014, et que le manque de temps et un certain découragement devant l’anesthésie profonde du peuple de gauche m’avaient dissuadé de publier à l’époque.
J’y adjoins un court texte de Suarès sur les politiciens qui colle à ceux d’aujourd’hui aussi cruellement que la tunique de Nessus à la peau d’Hercule !
Et, pour faire bonne mesure, à l’attention, entre autres, de ce bon Monsieur Carrez, j’ajoute un texte fort intéressant sur l’égalité républicaine.


PDF - 215.7 ko
André Suarès, Machiavel à un sou

À GAUCHE, C’EST À DROITE

Il y a un bon moment que je ne me reconnais plus dans la gauche, tout particulièrement dans cette « gauche » qui se proclame « responsable » parce qu’elle accepte de renier ses principes et de se corrompre en jouant le jeu archi pipé du pouvoir « démocratique » instauré par de Gaulle pour son usage personnel et très tôt récupéré et magistralement instrumentalisé par l’oligarchie financière, représentée dès l’origine par Georges Pompidou, second Président de la Vème République après avoir été directeur général de la Banque Rotschild puis Premier Ministre du Général.
Les notions de droite et de gauche ne sont à mes yeux plus du tout analysables selon les critères qui permettaient il y a encore une trentaine d’années de les distinguer.
Pour moi, la différence entre la droite et la gauche, c’est désormais celle qui sépare radicalement ceux qui sont pour la domination sans partage de la nature par l’espèce humaine, et qui sont donc prêts à la « maîtriser » par tous les moyens, pour en faire notre servante, et ceux qui souhaitent coopérer avec la nature et admettent que nous faisons partie d’elle et ne pouvons bien vivre qu’en harmonie avec elle.
À ce titre il est clair que le PS français est de droite depuis plus de trente ans du fait de sa vision du monde consumériste et globalisante, toute pleine d’une mégalomanie naïve et d’un affairisme retors. Conception du progrès extraordinairement primaire et simpliste, croassance, croassance ! croassent-ils, toujours à la remorque des ringards du libéralisme le plus obtus.
À mes yeux, le véritable clivage droite-gauche n’est pas du tout entre « réactionnaires » et « progressistes », comme le disait encore la sénatrice PS Laurence Rossignol, dans l’hymne à la croissance qu’elle serinait sur France-Inter il y a quelques mois. Elle tenait le discours actuel du PS, un discours luciférien au sens exact du terme. Lucifer prétend nous donner la maîtrise de l’univers ; au lieu de coopérer, de collaborer avec la nature qui nous a créés, il s’agit de la dominer, de la châtier, de lui faire finalement payer le fait que nous ne sommes pas maîtres de notre existence, que ce soit au départ ou à l’arrivée.
L’idée de l’homme-Dieu, l’anthropocentrisme, c’est selon moi une vision du monde fondamentalement de droite. Être de gauche, c’est avoir des principes et des valeurs, et s’efforcer de les mettre en pratique. Cela commence par un profond respect de la vie, même quand cela nous oblige à réfréner notre mégalomanie.
En ce sens, parler d’UMPS est ici inévitable, à condition de rajouter FN, tant les formations politiques traditionnelles, de « gauche » ou de droite se rejoignent dans le plus systématique irrespect de la vie…

Être de gauche, c’est admettre que chacun de nous est un microcosme au sein du macrocosme, et véhiculer des valeurs de paix, de coopération, et de liberté réelle, c’est à dire de liberté dans le cadre des contraintes nécessaires au respect de la liberté d’autrui (et par « autrui », je n’entends pas seulement mes congénères, mais l’ensemble des êtres vivants de notre monde).
Être de droite, c’est considérer que la liberté de l’homme implique le servage de la nature tout entière, et la domination sans partage de l’espèce animale la plus « développée » de ce microcosme qu’est notre planète au regard de notre galaxie, elle-même grain de poussière au sein de l’univers…
Avec comme corollaire le règne sans partage au sein de l’espèce elle-même du fort sur le faible, en vertu d’une fallacieuse « loi de la jungle ».
Être de droite, c’est donner au mot progrès le sens d’une conquête toujours plus radicale de la nature, et d’une croissance indéfinie.
C’est penser que la technique peut résoudre tous les problèmes, c’est assimiler le progrès non à une amélioration qualitative, mais à une augmentation quantitative : la culture du record est pour moi typiquement de droite, et, poussée à l’extrême comme de nos jours, d’extrême-droite.
Qu’est en effet le progrès aux yeux des dirigeants actuels ? S’agit-il de rendre l’humanité meilleure ? Ou de la rendre plus « riche », entendez de rendre les riches encore plus riches, quitte à appauvrir encore davantage les pauvres ? Le progrès pour eux, c’est la conquête toujours plus totale, toujours plus radicale de la nature en une prédation sans frein qui est l’exact contraire du fonctionnement d’un biotope viable.
C’est en ce sens que je peux dire sans craindre de me tromper que la politique actuellement menée par le PS est une politique d’extrême-droite, au sens où j’entends ce mot. Voyez Notre-Dame-des-Landes, Sirvens, le Lyon-Turin, le nucléaire, le bétonnage systématique et généralisé (en 15 ans l’équivalent de deux départements de terres agricoles a été détruit en France…) et plus généralement la soumission toujours plus servile à la finance et à ses grands patrons…
Politique libérale dans laquelle le règne du plus fort, celui de l’individu triomphant, et la guerre économique qu’il implique l’emportent sur toute autre préoccupation. Sous couvert d’intérêt général et de libertés, il s’agit de conforter définitivement le règne des individus dominants, en entérinant officiellement le pouvoir, déjà exercé de fait par l’oligarchie économico-financière, par une marchandisation totale de notre société, livrée aux appétits individuels exploités par les multinationales, voyez le traité transatlantique en cours de négociation.
Cela vaut aussi bien en matière de liberté (prétendue) dans le libéralisme économico-financier qu’en matière de libertés (prétendues) par rapport aux valeurs sociétales, famille, homosexualités, procréation assistée, GPA, euthanasie.
Liberté débridée : il s’agit de faire sauter tous les garde-fous pour agrandir l’espace vital des puissants, tout comme Hitler voulait que la race aryenne « supérieure » asservisse ou élimine les populations « inférieures » et annexe leurs territoires et leurs richesses.
Si on part de cette grille d’explication, qui peut paraître simpliste à première vue, mais qui a l’immense mérite d’être fonctionnelle, on comprend clairement ce qui se passe en France et dans le monde depuis une cinquantaine d’années.
Et l’on se rend compte que beaucoup d’hommes « de gauche » sont incontestablement très à droite, et qu’il est quelques hommes de droite dont les idées et l’action relèvent de ma conception de la gauche. C’est pourquoi je disais en 2000 que Chirac était en fait, sinon en parole, d’extrême-droite, et d’une extrême-droite « moderne » infiniment plus dangereuse que le fascisme traditionnel et passablement ringard d’un Le Pen. C’est encore plus vrai de Sarkozy, et ce l’est au moins autant de Hollande, défenseur objectif de l’extrême-droite néo-libérale, cette oligarchie archi corrompue que je nomme libéral-nazisme.
De ce pur produit de l’enseignement dogmatique et radicalement dépassé de nos lamentables grandes écoles, et tout particulièrement de la fabrique de cadres surformatés et incultes qu’est HEC, je n’attendais rien, ses propos les plus anciens laissant clairement apparaître sa nature de serviteur dévoué du grand capital. Mais il m’a épaté par l’infernal culot avec lequel il a renié sa parole. Car c’est bien l’actuel président « socialiste » de la République qui disait récemment : « L’action que nous menons vise à donner plus de liberté aux entreprises. Ce sont elles qui, librement, détermineront l’avenir du pays ». Lecteur, pèse ces mots, ils disent très exactement ce qu’ils veulent dire…
Et ce matin encore (mardi 28 octobre), sur France-Inter, Gattaz reprenait la même antienne de l’entreprise comme phare et guide, führer au bout du conte et des comptes, de toute société humaine. Ce qu’ils veulent, les libéraux-nazis, c’est une Entreprise de mille ans. Et ils sont prêts à tout pour arriver à leurs fins. Comme je l’annonçais il y a quinze ans, le néo-libéralisme n’est doux – si j’ose dire ! –, que quand il peut parvenir à ses fins sans utiliser la manière forte, tout de même coûteuse, et parfois génératrice de pénibles effets boomerang. Mais le désastre aidant, face à la révolte qui monte, et les carottes manquant, nous commençons à voir en tous domaines pointer le bout du gros bâton.
La violence de plus en plus ouverte de la répression de tous ceux qui s’opposent réellement au système actuel est ainsi on ne peut plus éclairante quant à la nature réelle de la démocratie française, totalement inféodée au grand capital en un fonctionnement de plus en plus clairement mafieux.
Peuple, réveillons-nous !

LA MORT DE ROBESPIERRE, OU L’ÉLAN DE L’ÉGALITÉ BRISÉ

Lundi 28 Juillet 2014 à 05:00 | Lu 24128 commentaire(s)

FRANCIS DASPE*

La réaction thermidorienne qui allait s’enclencher après l’exécution de Robespierre marque nettement la fin des rêves d’égalité approchés pendant la révolution. Un combat toujours actuel.

Il y a 220 ans, les 27 et 28 juillet 1794, la Convention renversait Robespierre. Le 10 Thermidor de l’An II, lui et ses amis étaient guillotinés. La signification de cet événement est considérable. Elle a été pourtant sujette à manipulations.
L’exécution des robespierristes marque d’abord la fin de la révolution. Certes des débats autant idéologiques qu’historiographiques existent quant au terme de la révolution française. Certains le fixent en 1799, au coup d’état de Brumaire qui marque la fin de la République et l’arrivée au pouvoir du consul Napoléon Bonaparte. D’autres retiennent 1815 et l’abdication définitive de l’empereur Napoléon I° qui permet le retour de la monarchie des frères de Louis XVI. Dans le sens d’une rupture dans la recherche de plus l’égalité, la mort de Robespierre marque bien la fin de l’idéal révolutionnaire.

Elle consacre en fin de compte le triomphe de la deuxième phrase de la l’article 1 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789. Celle-ci est trop souvent oubliée, pour ne retenir que la première phrase, nécessaire et consensuelle (les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits). Si celle-ci proclame l’égalité civile (et donc la fin de la société d’ordres et de privilèges de l’Ancien Régime), la seconde se refuse à faire de l’égalité sociale l’horizon commun de la nouvelle société. En effet, les « distinctions sociales » y sont consacrées, même si elles sont contrebalancées par « l’utilité commune » En affirmant ainsi que « les distinctions sociales ne pourront être fondées que sur l’utilité commune », la voie vers une société de classes était ouverte, avec toutes ses injustices contre lesquelles le mouvement ouvrier et socialiste se bat depuis deux siècles. Car la notion d’utilité commune est ce qu’il y a de plus délicat à manier, se prêtant aisément à toutes les formes d’instrumentalisation. Dire que les nobles et les courtisans oisifs avaient une utilité commune toute relative est évident ; en profiter pour établir des hiérarchies parmi les futurs travailleurs beaucoup moins.

La réaction thermidorienne qui allait s’enclencher après l’exécution de Robespierre le montre nettement. Le rétablissement du suffrage censitaire en constitue un premier exemple. Le discours de Boissy d’Anglas pour le justifier est à cet égard édifiant. Trois extraits de son discours en témoignent. « L’égalité civile, voilà tout ce que l’homme raisonnable peut exiger. L’égalité absolue est une chimère ». « Nous devons être gouvernés par les meilleurs, les meilleurs sont les plus instruits et les plus intéressés au maintien des lois ». « Un pays gouverné par les propriétaires est dans l’ordre social, celui où les non-propriétaires gouvernent est dans l’état de nature ».

Les éléments de la réaction se sont également étendus au champ économique. La loi sur le maximum des denrées fut abolie dès la fin de l’année pour revenir à la liberté économique caractérisant une véritable société de classes. Ce fut d’ailleurs l’ultime insulte qu’entendit l’Incorruptible au pied de l’échafaud : « Foutre, le maximum ! ».
Il en est allé de même pour d’autres domaines, qu’ils soient physiques ou symboliques. Car c’est dans cette articulation que réside la sinistre alchimie des contre-révolutionnaires. Les velléités de République sociale que portaient les Montagnards furent en effet liquidées. Physiquement avec les derniers députés qui siégeaient sur la crête de la Convention (ils étaient nommés pour cela les Crétois). Ils avaient soutenu lors des ultimes insurrections des sans-culottes parisiens de germinal et de prairial (1° avril et 20 mai 1795) les revendications populaires résumées par le mot d’ordre « du pain et la constitution de 1793 ». Symboliquement ensuite : le mot révolutionnaire fut proscrit par le décret du 12 juin 1795, la destruction des bâtiments des Jacobins de la rue Saint-Honoré fut ordonnée par celui du 24 juin.

L’analyse de cet événement historique possède une actualité ; elle ouvre également des perspectives. Le combat pour l’égalité reste toujours une urgence au moment où tous les rapports notent l’accroissement des inégalités sociales et territoriales. Pour cela, les thermidoriens d’aujourd’hui, c’est-à-dire les réactionnaires et les oligarques de tout poil, sont à l’œuvre. Ils ont, pour parvenir à leur dessein, mobilisé la notion d’équité. Elle leur sert de caution commode. Ils l’utilisent pour masquer le caractère intrinsèquement sombre de leurs visées, en agitant le concept vague d’égalitarisme. Le triomphe de l’équité sonne en réalité comme le renoncement à l’égalité. En cas d’obstacle, les nouveaux réactionnaires n’hésitent pas à utiliser différentes formes de violence, sociale et symbolique principalement. Celles-ci s’inscrivent dans le prolongement de la terreur blanche des contrerévolutionnaires. L’héritage de Robespierre et de la République montagnarde nous incite plus que jamais à entretenir le flambeau de l’égalité.


* Francis Daspe est secrétaire général de l’AGAUREPS-Prométhée (Association pour la gauche républicaine et sociale – Prométhée). Il est également co-auteur du livre intitulé « Hollande, la République pour cible », éditions Bruno Leprince, collection Politique à gauche, avril 2014.