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ÇA DURE LONGTEMPS, LA MORT ?

vient de paraître dans la collection Alpes Vagabondes des éditions Gros Textes.


« Le Tarot n’a pas de nom pour la mort : nous ne pouvons la connaître tant que nous sommes en vie. C’est pourtant à son existence que nous devons la nôtre…
Elle nous accompagne, l’indispensable camarde, inséparable camarade de toute vie, et sa silencieuse absence présente donne à notre existence son sens et son goût.
Autour d’elle a crû ce recueil de petits morceaux de « vraie » vie, puzzle dont les pièces ne s’emboîtent pas, montrant du coup ce qui reste présent à tout instant sous l’image ternie d’un quotidien émoussé par l’habitude et la résignation : la joie féroce de vivre, sans cesse renaissante, même du fond de la douleur.
Être là, le savoir, en jouir, privilège offert par la mort à la vie.
En retour, entrant dans la danse, guérir du macabre par la funambulesque alchimie du gai rire. Face à la mort, l’humour ! »


84 pages au format 14 x 21 cm
10 € (+ 2 € de port – port compris à partir de l’achat de 2 exemplaires)

À commander aux Éditions Gros Textes
Alpes Vagabondes
L’épicerie littéraire
Place du village
05380 Châteauroux-les-Alpes
04 92 49 65 31
gros.textes@laposte.net


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Deux extraits du recueil :

FÉROCITÉ

Il voudrait qu’ils meurent. La force de sa haine pourrait-elle les tuer ? Il en doute. Mais ça vaut le coup d’essayer. Il se concentre et projette sa haine, férocement, sur tous ces êtres plus ou moins vivants, les hommes.
Commençons, se dit-il, par celui que je hais le plus. Sa haine parcourt le monde à toute vitesse, survole l’un après l’autre ceux qu’il hait, mais il en est toujours un qu’il hait encore davantage, elle court, elle court, sa haine, et voici qu’elle a enfin trouvé celui qu’il hait le plus !
Elle fond sur lui, effroyable, terrifiante, et mourant avec lui le tue tout net.
Il a juste eu le temps de s’apercevoir qu’il s’en doutait un peu, mais n’avait jamais voulu l’admettre : celui qu’il haïssait le plus, c’était lui.

FAUSSE NOTE

Coucher de soleil absolument somptueux, ce soir-là, sur une mer lumineuse et nacrée.
Il est tard, en cette fin d’août, il n’y a pratiquement plus personne sur l’immense plage de sable fin vantée par l’Office du Tourisme, et pour une fois il se baigne à poil.
Le soleil plonge lentement dans la mer, il nage avec lui et fond doucement dans une eau turquoise miroitante d’or qui ruisselle au bout de ses doigts et allume des arcs-en-ciel entre ses cils. Pour la première fois depuis longtemps il se sent en harmonie.
Avant qu’il se décide à sortir, de petites vagues le roulent sur le sable.
Comme il reprend ses vêtements sur le gros bout de forêt sous-marine qui émerge du sable, il s’aperçoit qu’il les avait posés tout à côté d’un superbe tas de crottes de chien.
Il se félicite du miracle qui lui a évité de redescendre brutalement sur terre (il a vraiment horreur des crottes de chien, et particulièrement sur la plage) et reprend le chemin qui serpente dans les dunes couvertes d’oyats et d’argousiers.
Il est heureux et sous ses pieds le sable est presque bleu.
C’est avec la béatitude de qui sait que tout est en ordre qu’il remonte dans sa belle voiture presque neuve, qui sent bon le cuir anglais.
Comme il est en paix avec le monde, il prend son temps avant de mettre le contact ; mais au moment où il va tourner la clef, son nez se fronce.
Inexplicablement, ça sent la merde. Mais fort. Comme quand on a marché dedans pour de bon. Une odeur épouvantable, qui lui soulève le cœur.
Il en a plein sa chaussure droite, et il en a mis plein le tapis.
Il jure d’abord un bon coup. Puis se dit que le sordide n’est jamais loin du sublime. Actionne le bouton qui ouvre automatiquement la fenêtre, met la clim et la musique à fond et en homme pratique tire la morale de l’histoire : si on veut garder les yeux au ciel, il faut avoir les pieds sur terre.