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Saut de ligne d’un centimètre
« Même si l’on se propose de substituer un monde à un autre, c’est le premier point de conserver tout ce qui peut être sauvé de tout ce qu’on détruit. Tant que la maison nouvelle n’est pas logeable jusqu’au faîte, tant que le bouquet du maçon n’est point suspendu à la cime du toit, il ne convient pas de raser la vieille demeure ni d’en faire sauter les fondements. Car il faut mettre les peuples à l’abri, et que l’on couche quelque part, fût-ce dans une cave.
Saut de ligne d’un centimètre

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Saut de ligne d’un centimètre
M. Clemenceau a paru un tyran aux brouillons, parce qu’il n’a pas pris le pouvoir pour le détruire ; et il a paru un anarchiste aux gens d’ordre, parce qu’ils ne sont plus capables de comprendre que la fonction du pouvoir est de rendre les révolutions inutiles. Tous les changements sont nécessaires. L’art est de les préparer, et de les faire à temps. Car les changements que la violence impose sont déjà inutiles. »

« C’est un préjugé moderne que l’amour de la liberté souffre tous les excès ; et qu’on n’aime pas sincèrement la justice, à moins de tout pardonner. Telle est la morale des violents : ils ne se doutent pas qu’ils ont aussi besoin qu’on les défende. Mais le dégoût que nous avons des tièdes nous incline, de plus en plus, à la morale de la violence. »
André Suarès, M. Clemenceau, in Sur la vie, 1909.

Je doute.
J’ai toujours douté. Ça ne m’empêchait pas d’agir.
Douter n’empêche pas d’agir, douter permet d’agir mieux.
Aujourd’hui, quand je nous vois, quand je nous écoute, je doute si fort que je n’ai parfois même plus la force d’agir « quand même ».
C’est qu’aujourd’hui je ne doute plus seulement de moi, ou des autres, de mes écrits ou de ma peinture, de notre civilisation, de notre évolution, de notre survie en tant qu’espèce. J’en viens à douter de pouvoir encore douter.
Et je doute aussi – ô combien ! – de l’utilité de ce « blog »…

Il y a tout de même une chose qui pour moi ne fait désormais aucun doute :

JE NE VEUX PAS DE L’EUROPE ACTUELLE.

Saut de ligne d’un centimètre
Je n’irai donc pas voter, ce serait cautionner un système pervers, qui singe la démocratie avec un cynisme proprement effarant, pour mieux la violer constamment depuis des décennies, et nous imposer l’Europe de l’Argent Roi. [1]

Sur mes motivations, afin d’éviter de me répéter sous une autre forme, je reprends en partie ci-dessous un article auquel je ne vois pas un mot à changer, publié par mes soins le 22 février 2012, en pleine campagne présidentielle :

« Soyons clairs. Nous n’allons pas élire Hollande : nous allons désélire Sarkozy. Car la défaite de l’un n’entraîne pas la victoire de l’autre. On n’élit un Hollande que par défaut. Hollande n’aura gagné, et nous avec lui, que s’il change en profondeur l’idéologie encore au pouvoir, manipulatrice et perverse, et qui devant ses échecs toujours plus flagrants révèle peu à peu sa violence foncière, jusque-là camouflée sous le masque d’une hypocrite bénévolence.
C’est dire qu’il a du pain sur la planche, et qu’il lui faudra faire un sacré grand écart pour ne pas être fidèle à la trahison systématique qui a donné ses lettres de scélératesse à une social-démocratie ayant depuis longtemps délibérément choisi d’être anti-sociale et anti-démocratique.
Il est plus que temps pour les gouvernants actuels, qu’ils s’avouent de droite ou se prétendent de gauche, de comprendre enfin que contrairement à la commode et hypocrite croyance des experts bidons à la Colombani ou à la Reynié, la colère qui gronde n’est pas celle d’un populisme dévoyé, mais celle des citoyens de plus en plus nombreux qui entendent reprendre le pouvoir qui leur a été peu à peu confisqué depuis plus de cinquante ans par des imposteurs cyniques et incompétents, dont la délirante fuite en avant continue de plus belle, déchaînant une violence de plus en plus ouverte à mesure que le désastre qu’ils ont créé apparaît dans toute son ampleur.
Comme l’avait pressenti Orwell, nous vivons dans l’imposture généralisée. Car le triomphe du marketing, c’est le triomphe de l’imposture. C’est la victoire ignoble et suicidaire de l’apparence sur l’essence, de l’avoir sur l’être. En une hideuse caricature, les contraires, déguisés, remplacent les valeurs dont ils sont le masque déformé : la sensiblerie tient lieu de sensibilité, la cruauté se fait passer pour de la force, le mensonge est repeint aux couleurs de la vérité, l’étiquette remplace l’objet, partout les mots tiennent lieu de réalité.
On nomme évolution l’involution sauvage qu’on tente d’imposer à des populations niées dans leur essence même : « La liberté, c’est l’esclavage », tel est le message délivré aux peuples européens, à commencer par le peuple grec. De coup d’état déguisé en coup d’état affiché, on élimine systématiquement les alternatives possibles pour assurer la vérité de l’affirmation initiale et finale qui tient lieu d’argumentaire aux néo-cons de l’Europe libérale : "Il n’y a pas d’alternative" ».

Si, il y a une alternative, il y en a toujours une.
Nous pouvons refuser tout net de continuer à
JOUER LE JEU.
À JOUER LEUR JEU.

Puisqu’il est désormais parfaitement clair que gouverner comme des porcs est bien le seul exploit dont soient capables les « élites » corrompues qui ont confisqué tous les pouvoirs à leur profit exclusif, c’est à nous de cesser de vivre et de penser comme des moutons encochonnés sous la houlette de ces porchers dont l’incroyable déficit d’humanité donnerait à penser qu’ils ne sont pas nos congénères, mais des aliens déguisés, s’il n’était évident que notre « porcitude » même leur donne une sorte de légitimité : ils sont ignobles parce qu’une majorité d’entre nous accepte encore de l’être.

Ni porc, ni mouton, je ne participerai donc pas aux élections européennes, dont la campagne démontre une fois de plus que, jusque dans le domaine des idées, la prétendue « concurrence libre et non faussée » dissimule une pensée unique aussi dominatrice qu’hypocrite.
Je ne me suis pourtant jamais abstenu. L’abstention n’est pas mon fort !
Mais aujourd’hui elle prend un sens, elle marque une rupture.
J’envisage pour la suite d’en tirer les conséquences en renvoyant ma carte d’électeur, en refusant de voter tant qu’une Assemblée Constituante ne sera pas réunie pour refonder la démocratie dans notre pays et si possible en Europe, et en proposant à tous d’en faire autant.

Car si nous sommes assez nombreux à le vouloir,
UNE AUTRE EUROPE
est possible, j’en suis convaincu.


Celle qu’appelait déjà des ses vœux, il y a un peu plus d’un siècle, le génial (pour une fois le mot n’est pas trop fort !) André Suarès dans D’une barrière, texte de 1909 à tous égards si prophétique qu’il fut refusé par La Grande Revue, et ne fut publié qu’en 1925 lors de la réédition du recueil de ces extraordinaires chroniques intitulé Sur la vie.
Vous trouverez ladite chronique en suivant le lien que voici, je la publie en effet dans l’article qui complète celui dont vous achevez la lecture,

Saut de ligne d’un centimètre

Jean Klépal m’envoie le commentaire qui suit, parce qu’il n’a pas réussi à le faire passer directement sur mon blog. Si vous avez le même problème, ne manquez pas de m’en faire part !


« Oui, nous avons atteint un point où accepter de continuer à jouer ce jeu de dupes que sont les élections devient impossible. Ces élections européennes sont particulièrement illustratives de la situation. Enjeux particulièrement flous, candidats recyclés, absence de campagne, dissimulation des travaux de la Commission, inutilité du pseudo Parlement, incohérence politique totale et soumission proclamée aux impératifs des marchés, etc. La démocratie, pour autant qu’elle soit envisageable, est bien autre chose qu’une réduction à un simulacre épisodique. Alors, me dit-on parfois, ne pas voter c’est faire le jeu de l’extrême droite, soit, j’aimerais bien que l’on puisse me démontrer que voter c’est le contraire. Quelle différence existe-t-il désormais entre droite (extrême ou non) et gauche ? Une légère distinction de style, quoi d’autre ?
Voter c’est entériner un système complètement pourri. On me parle d’un certain moindre mal, en oubliant à chaque fois que "mal" est en facteur commun. Ne pas voter, refuser la pantalonnade, n’est pas s’abstenir, c’est clairement boycotter une insupportable farce. Certes, il y aura des élus, leur peu de représentativité sera évidemment à prendre en compte. Ce boycott est une première marche indispensable. C’est aussi une marque de confiance en une Europe à venir, absolument nécessaire, radicalement différente de la chimère actuelle. Il faut un formidable coup de semonce ! »

[1Deux exemples actuels, bien dans la ligne de l’incroyable déni de démocratie qu’avait constitué la non prise en compte des résultats des référendums de 2005 sur une constitution européenne :
Traité Transatlantique : les députés oublient l’intérêt général
Présidence de la Commission : pourquoi on se fout de nous !