En 2010, La mer dans tous ses états :
En choisissant la mer pour thème et décor de notre festival Blues & Polar 2010, des livres passionnants sont désormais entre les mains du comité de lecture, qui fera son choix en désignant - au cours du mois de juin - les trois romans « coups de coeur 2010 » chargés d’ouvrir officiellement le festival au mas de la Charbonnière, le vendredi 27 août après quatre jours d’itinérances littéraires au cour d’une oliveraie, à la chapelle de Toutes-aures, à la terrasse du Poivre d’âne, et dans le propre jardin familial de Jean Giono, au Parais, sur les flancs du Mont d’Or.
D’ici là, nous livrerons nos impressions sur les livres que nous avons pré-sélectionnés.
Mais à Blues & Polar, pas de grands ou de petits éditeurs. Tout le monde a sa chance.
Certains des auteurs seront peut-être invités au grand débat animé par Marc Donato (historien), Jean-Pierre Tissier (La Provence) et Franz-olivier Giesbert (Vous aurez le dernier mot sur France 2) sur « Le secret défense en mer » le samedi 28 août à partir de 17 heures.

- Auteur : Félix Aubry de la Noë
- Titre : L’équipier
- Editeur : Ancre de Marine
- Avis du Comité de lecture :
« L’Equipier » est le récit d’une vie à bord, de tous les bords. Félix Aubry de la Noë a effectivement navigué avec de grandes pointures comme Eric Tabarly, Alain Glicksmann ou Alain Colas. Et il nous les montre comme ce qu’ils sont : des hommes. Car qu’est-ce qui différencie le commun des navigateurs avec ces héros de la voile ? Le désir de conquérir, de se surpasser ou tout simplement le besoin impérieux de larguer les amarres doublé d’un certain égoïsme ?
« L’Equipier » est le témoignage intéressant d’une époque et de l’envers du décor des grandes courses et régates comme la Coupe de l’America qui ont su passionner des foules d’initiés, les yeux tournés vers l’océan.
« L’Equipier » soulève les questions justes des accidents et des disparus en mer sans oublier certaines disparitions troublantes comme celle de l’équipage de l’Airel que les autorités semblent, à tout prix, vouloir oublier ! Mais ne cherchez pas un polar car vous n’en trouverez pas…
Aude Locher.
Un monde mal connu, un monde méconnu, celui de la course au large.
Qu’en savons-nous, nous, les lecteurs de journaux, les téléspectateurs ? Peu de chose : des noms de courses, des noms de vedettes de la spécialité : Untel, vainqueur.
Des drames : Alain Colas, le plus connu. Les autres, oubliés.
Et Félix Aubry de la Noé pousse pour nous la porte pour nous faire entrer dans cet univers à part où règnent le baron Bich, Eric Tabarly, Alain Colas, Gaston Deferre et… l’argent !
L’auteur a été l’équipier de chacun, aussi les a-t-il côtoyés dans des circonstances extrêmes, celles de l’univers impitoyable de la haute mer où se dévoilent les caractères et se découvre la véritable personnalité pas toujours héroïque des héros.
M. Donato.

- Auteur : Jean-Pierre CABANES
- Titre : Ciao Bella
- Editeur : Aubéron
- Avis du Comité de lecture :
« Ciao bella » ! Un livre qui claque comme un drapeau au vent de la Méditerranée. Avec de suite, une plongée dans l’univers bleuté propre aux îles du sud, comme tombées du ciel en pleine mer par la magie des dieux. Stromboli en est une, dont l’horizon est fixé avant tout par le retour des bateaux de pêcheurs, et quelques effluves sournoises qui tournoient sur ses hauteurs, prémices d’une coulée de lave potentiellement en suspens.
L’aventure – dans ce paysage aux formes apaisantes - est pourtant au bout du chemin sur cet îlot rocheux de 325 âmes aujourd’hui…
Et c’est ce qui fait la beauté fulgurante de ce récit si beau qu’il en parait vrai. Jean-Pierre Cabannes avec une plume d’une extrême virtuosité nous entraîne de la pêche au thon sicilienne - si caractéristique par sa violence ensanglantée - à Mussolini, via l’amour, l’archéologie, les débuts du cinéma, l’Amérique en guerre et un destin hors du commun. Du grand art que j’ai eu le bonheur inattendu de lire en pleine mer sur un bateau avec le Stromboli à quelques encablures. Moment d’autant plus beau qu’il n’avait jamais été préparé ;
Une chance rare comme un clin d’œil à notre festival consacré à la mer cette année. Un des plus beaux romans que j’ai lus depuis longtemps.
Jean-Pierre Tissier
"Je me suis délectée -le mot n’est pas trop fort- à lire ce très beau roman, tant il est bien écrit, le style alerte, les expressions colorées qui donnent toute l’ambiance, la chaleur, malgré l’âpreté de la vie, de ces iliens d’Italie du Sud. Hauts en couleurs et en verbes où le comique côtoie le tragique comme dans toutes ces régions du Sud de l’Italie, l’auteur nous y transporte dès les premières pages.
C’est aussi le très prenant récit initiatique de Carlo, le narrateur, fils de pêcheur de cette île volcanique, passionné par l’Antiquité et les civilisations anciennes, épris et aimé d’Agrippina, jeune fille de l’île. Pour toile de fond le fascisme et la période Mussolinienne, ses intrigues et ses conspirations et le rôle trouble du Vatican. D’abord en quête de la véritable identité de ses énigmatiques parents puis impliqué par son père, Carlo est amené à fuir la milice mussolinienne et lâchera son cri « Ciao Bella » à Agrippina en quittant l’île, aidé par sa mère. Il y reviendra dans des circonstances exceptionnelles, sur fond de guerre, après une véritable odyssée dans le Nouveau Monde.
Dans ce livre, tout y est, le style et l’histoire : j’ai adoré !.
J’espère que l’Auteur sera au Blues & Polar. J’achèterai son livre et lui ferai dédicacer pour l’offrir à ma fille qui vit en Italie du Sud, dans les Pouilles.
Lisa Auffret.
Etre cultivé, c’est bien ; savoir partager sa culture avec autrui, c’est mieux !
Jean-Pierre Cabanes dans « Ciao bella » réussit la prouesse de nous faire entrer dans l’Italie de Mussolini par la petite porte, celle de la vie d’un adolescent qui ne vit que pour son père et sa petite amie. Le texte est riche, enlevé, porteur et surtout crédible et il nous entraîne dans le sillage d’une vie pleine de rebondissements, d’amour et de tragédies.
Le pari est si bien réussi que nous avons envie de rechercher la biographie de Carlo (Charly) Gastaldi, star de Hollywood à la fin des années 30. Seulement voilà, nous ne la trouverons pas car ce n’est qu’une fiction qui nous compte l’exil forcé d’un adolescent italien qui, un jour, finira bien par rentrer au pays…
« Ciao bella » est un roman brillant roulé par les vagues du temps, du sel et des coutumes insulaires de l’Italie du grand sud qui nous est servi sur un plateau jonché de tirades italiennes, dialectales et latines qui nous charment et qui nous montrent qu’un homme érudit peut préférer la pêche et les périls en mer à la folie destructrice et conquérante des hommes.
A savourer, de préférence, bercé(e) par le bruit des vagues…
Aude Locher.

- Auteur : Franck BOITELLE
- Titre : La nuit des Terre-Neuvas
- Editeur : Editions Des Equateurs
A propos de l’auteur :
Né à Saint-Quentin (Aisne) en 1959, Franck Boitelle est journaliste à Paris-Normandie. Il a déjà publié La Mer en partage et Quais des Bananes. La Nuit des terre-neuvas est son premier roman.
- Avis du Comité de lecture :
J’ai bien aimé ce roman captivant et facile à lire.
La vie au début du siècle dernier c’est loin et proche à la fois !
L’auteur retrace la vie des pêcheurs de morue à Terre-Neuve au travers d’une tragédie en mer.
Nicolas, fils de pêcheur disparu, nous embarque dans une bouleversante quête de vérité sur la mort de son père. Un voyage où le froid, les bourrasques, l’alcool, les affrontements et la mort furent le quotidien d’hommes travaillant dur pour subvenir aux besoins de leur modeste famille.
Ce roman plait ou ne plait pas mais ne laisse pas indifférent.
Joëlle RENE.
La nuit des terre-neuvas de Franck Boitelle
C’est un bon roman de mer qui vous prend aux tripes, bien écrit, facile à lire. C’est aussi une chronique bien documentée sur les pêcheurs de morue « les terre-neuvas » du début du siècle dernier, leurs conditions de vie inhumaines et dont l’unique vérité est « pêche ou crève ».
Au fil des pages nous suivons Nicolas le jeune héros, pêcheur novice qui tente, dans des conditions bien difficiles, de percer le mystère de la disparition de son père parti sur l’un de ces terre-neuviers. L’énigme est bonne et nous tient en haleine jusqu’au bout.
C’est un livre qui rentre bien dans le cadre du thème de Blues & Polar de cette année : le polar et la mer.
Lisa Auffret.

- Auteur : Frank Boitelle
- Titre : Ombre sur l’Océan
- Editeur : Editions Des Equateurs
- Avis du Comité de lecture :
Une « ombre sur l’océan » rapporte fidèlement les longs et difficiles voyages qu’effectuaient les pêcheurs de morue à l’aube du siècle dernier. La vie des veuves et épouses est décrite avec fidélité et nous souffrons des absences et des errances de pauvres bougres qui laissaient femme et famille sans nouvelles pendant tant d’années.
Frank Boitelle recrée avec efficacité l’ambiance des ports et tavernes du début du siècle comme dans son premier roman « La nuit des terre-neuvas ». Mais si la quête du père disparu suffit à porter la trame de cette suite, l’intérêt est ailleurs, dans le monde d’alors, dans la survie de pêcheurs entre misère et espoirs, amour et désillusions…
Aude Locher.

- Auteur : Jean BULOT
- Titre : Cinq petites poupées noires
- Editeur : Editions Des Equateurs
A propos de l’auteur :
Commandant mythique de l’Abeille Flandre, petit bourdon de métal grisâtre prenant la mer par tous les temps pour venir au secours des autres ; même quand les vagues ressemblent à des immeubles de cinq étages, Jean Bulot, aujourd’hui en retraite de la mer, n’a pas laissé son imaginaire au vestiaire.
L’homme de l’île d’Arz qui a le golfe du Morbihan chevillé au corps (comme on le comprend) a puisé son 3e polar au cœur de la trilogie des bars qui peuplent la terre voisine de l’île aux moines. Alliant un sens du détail exacerbé à l’intérieur des maisons - comme le faisait Agatha Christie - à une faculté de développer l’intrigue, au moment, où l’on ne s’y attend pas.
Le mystère y règne comme une curiosité gourmande qui nous fait plonger dans ce roman, sans pouvoir le laisser si on est un impatient invétéré ; mais une lecture à petites gorgées, permet aussi de transformer en feuilleton cette histoire en pleine osmose avec le thème du 8e festival Blues & Polar de Manosque.
Jean Pierre Tissier.
« Cinq petites poupées noires » est un polar qui nous entraîne dans les brumes bretonnes d’une petite île sans nom où les cadavres s’accumulent accompagnés à chaque fois d’une mystérieuse poupée qui semble arriver tout droit d’Afrique noire.
Jean Bulot qui est un grand habitué des mœurs marines recrée le quotidien des « îliens » avec dextérité et nous livre avec parcimonie les éléments qui pourraient nous permettre de remonter jusqu’au(x) coupable(s).
L’originalité de cette histoire, crédible somme toute, réside d’ailleurs principalement dans le fait qu’elle nous est racontée dans l’ordre chronologique des événements et que rien n’y est dévoilé avant le dernier chapitre.
Alors, à nous, comme monsieur le maire de trouver un mobile à ces crimes en accumulant patiemment les indices ou de tendre l’oreille pour suivre assidûment ce qui se raconte dans les trois bars locaux dit « triangle des bitures »…
Aude Locher.
On avait connu dix petits nègres, nous voilà maintenant avec cinq petites poupees noires.
Jean Bulot étonne après ses récits d’un commandant de remorqueur de haute mer. Nous voilà désormais sur une île bretonne, lieu clos par essence.
Et le roman, un peu long dans certaines descriptions parfois, vaut par l’intrigue, mais aussi en tant que document ethnographique. La vie sur l’île vue par un îlien, né dans le Landernau, n’a plus de secret pour lui.
M. Donato.
Du même auteur : Capitaine tempête - Editions des Equateurs. 2006.
Laissons de côté les qualités dont il faut faire preuve pour mener à bien la tâche difficile d’un commandant de remorqueur de haute mer.
On les connaît : courage, abnégation, disponibilité, dévouement, mais aussi, technicité, précision, rapidité de jugement, sens du commandement…
Là où l’auteur nous étonne, c’est quand il nous dévoile les dessous du métier, les histoires d’intérêt où la vie des autres ne pèse pas lourd, où les conséquences mortelles pour l’homme et la planète échappent totalement à certains.
Le conteur qu’est Jean Bulot raconte ce monde de la mer où les requins ne sont pas que dans l’eau.
M. Donato.
- Auteur : Manuel GOMEZ
- Titre : Porquerolles Adieu
- Editeur : CARNOT
- Genre : fiction romanesque
- Avis du Comité de lecture :
« Porquerolles adieu » est un roman troublant où Manuel Gomez nous livre crûment les gloires et déboires sexuels de Marc Servan, hôtelier-restaurateur installé à Porquerolles. Comme trop souvent, notre héros a tout pour être heureux : une femme belle et aimante, des amis chers, une affaire florissante, un bateau et un cadre de vie enchanteur.
Mais c’est oublier l’appel de la chair, les vibrations cubaines de désir et de plaisir qui font perdre la raison. Et bien sûr, lorsqu’un événement tragique survient, Marc Servan ne réfléchit plus, réagit à l’instinct, s’enlise, se perd et d’une méprise à l’autre, s’enfonce jusqu’au point de non-retour…
Ce roman se lit facilement, les descriptions ont le parfum du vécu et elles nous entraînent dans leur sillage, avides de connaître la suite. Peut-être Manuel Gomez désire-t-il nous convaincre qu’il vaut mieux se réjouir de partager la vie d’un partenaire aimant, fût-il imparfait, que d’aller s’enivrer dans une débauche qui peut nous conduire aux pires excès. Mais certains de ses personnages nous incitent à penser le contraire car vaut-il mieux avoir connu brièvement le paroxysme du plaisir ou l’ignorer à jamais ?
« Porquerolles adieu » ou l’art de foutre sa vie en l’air pour avoir cédé au plaisir des sens…
Aude Locher
Un bon polar très « sea and sex » dans le cadre idyllique de l’île de Porquerolles. L’intrigue est bien menée. Elle débute très chaudement par un mauvais coup du sort ( !) la maîtresse de Marc ; le héros de l’histoire ; femme de son meilleur ami, meurt dans ses bras « sur orgasme ».
C’est ce point de départ qui va amener notre héros aux mensonges, à la dissimulation et au crime le tout épicé d’un zeste de sexe. Dans toute sa lâcheté, sa veulerie, il arrive à nous émouvoir lorsqu’il parle des femmes en général, de sa femme en particulier et de l’amour qu’il lui porte.
La fin de l’histoire est assez inattendue.
Agréable à lire, l’écriture est plaisante. J’ai aimé ce livre.
Lisa Auffret.
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- Auteur : Philippe GEORGET
- Titre : L’été tous les chats s’ennuient
- Editeur : Gigal
- Avis du Comité de lecture :
Véritable polar qui prend sa source, au bord de la mer (d’où notre invitation) le livre de notre confrère Philippe Georget (France 3 Orléans) nous entraine dans une atmosphère vacancière, vers Collioure, Banyuls… Autant de noms qui fleurent le bon vin, le jeu à XIII des Catalans de Perpignan, et une vie nocturne agitée. C’est un livre d’atmosphère écrit comme une série TV que l’auteur de chez Jigal (éditeur marseillais) nous offre. Costaud à souhait, de par son volume, (337 pages) « l’été les chats s’ennuient » est un parfait compagnon de voyage, mêlant suspense, amour et mélancolie.
Jean Pierre Tissier.