LE GLOBE DE L'HOMME MOYEN

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vendredi 29 juillet 2016

Lettre d’Infos Août 2016

Chers tous,

A toutes fins utiles, voici l’annonce de ma prochaine exposition, Galliera delle Cornici, Lido di Venezia, du 10 au 23 septembre 2016.

Elle sera suivie du 8 au 27 novembre d’une exposition collective à la Galerie Est-Ouest à Marseille, autour de Jean Klépal et des livres qu’il a commis avec les exposants, Alain Nahum, Serge Plagnol et votre serviteur.
Amitié
Alain

« Hommes, il faut savoir se taire pour écouter l’espace. »

Proverbe touareg

Que mes lecteurs ne s’étonnent pas de me voir annoncer largement à l’avance ma prochaine exposition, qui me permet de retrouver Venise et les vénitiens à la Galleria delle Cornici, au Lido. C’est que j’espère y retrouver aussi certains des amis – voire quelques nouveaux ! – qui m’avaient fait la joie de venir partager les beaux moments vécus lors de l’exposition QUASI NIENTE, I COLORI DELLA LUCE, merveilleusement accueillie en janvier 2013 par l’Alliance française de Venise, dans ce lieu magique où elle a son siège, le Casino Venier.

Vous trouverez la suite avec l’affiche et tous les détails nécessaires en cliquant sur ce lien : DIPINGERE IL SILENZIO

Le lien que voici mène à l’avnt-dernier texte publié sur mon blog et intéressera peut-être certains d’entre vous, ceux notamment qui l’ont connue : http://www.ateliersdartistes.com/LA-MORT-LA-MORT-TOUJOURS-RECOMMENCEE.html

Alain SAGAULT

- Courriel : alain@sagault.com
- Site : www.sagault.com
- Blog : Le globe de l’homme moyen
- Tél : 09 52 10 42 18

dimanche 17 juillet 2016

DIPINGERE IL SILENZIO

« Hommes, il faut savoir se taire pour écouter l’espace. »

Proverbe touareg



Que mes lecteurs ne s’étonnent pas de me voir annoncer largement à l’avance ma prochaine exposition, qui me permet de retrouver Venise et les vénitiens à la Galleria delle Cornici, au Lido. C’est que j’espère y retrouver aussi certains des amis – voire quelques nouveaux ! – qui m’avaient fait la joie de venir partager les beaux moments vécus lors de mon exposition QUASI NIENTE, I COLORI DELLA LUCE, merveilleusement accueillie en janvier 2013 par l’Alliance française de Venise, dans ce lieu magique où elle a son siège, le Casino Venier.



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Alain Sagault, à la recherche du silence


L’art de l’aquarelle est un art exigeant, impitoyable. C’est un art où l’excellence est rare.
Réussie, l’aquarelle se caractérise par la subtilité de son élégance, de son raffinement. Elle est sans cesse sur un fil ou la mièvrerie la guette. Rapidité d’exécution, coup d’œil, requièrent à coup sûr de la virtuosité.
L’aquarelle convient parfaitement à qui désire suggérer, vibrer avec l’indicible, fixer ce qui ne fait que passer, l’à peine perceptible.

Il est question de saisir la légèreté fugace de l’instant au moment même du ressenti de l’émotion.
L’artiste réussit ou échoue, sans appel possible.

Pratiquer l’aquarelle et s’y tenir relève soit de la naïveté, de l’audace occasionnelle, ou d’une obsession, c’est-à-dire d’une recherche sans fin.

L’aquarelle, art désuet, art mineur ?
Allons donc ! Il faut beaucoup de caractère pour effleurer le papier humide, contrôler les irisations, et n’inscrire que la trace de l’essentiel minimum. Dürer, Turner ou Cézanne y parvinrent magistralement ! Turner et Cézanne, par leur pratique des réserves non colorées, surent donner au non peint une intensité parfois plus forte que celle du peint.

A sa manière bien personnelle, Sagault s’efforce avec bonheur à leur suite. Il œuvre à la recherche du peu, signifiant. En cela, il se situerait dans une filiation de Giorgio Morandi.
La côte ouest de l’Irlande, la lagune à Venise et la Manche à Wissant sont ses principales sources d’inspiration.
Il nous offre en partage ses surprises, ses émerveillements, son acharnement.

Il faut décidément beaucoup d’audace pour oser l’aquarelle, art de l’instant, qui oblige à l’attention la plus soutenue, celle de l’artiste comme celle du regardeur.
Tenter de saisir l’infini singulier du presque rien, du vague, du vain, de l’invisible.
Il s’agit d’un travail précieux ; il importe avant tout d’écouter le silence, en soi, autour de soi.

Plus elle est légère, plus l’aquarelle donne à voir car elle est alors source d’inspiration.

Jean Klépal
juillet 2016


DIPINGERE IL SILENZIO


À Venise, la lagune, certains jours, nous parle en silence d’un monde qui nous préexiste et nous survivra, et que j’aime d’autant plus que nous ne faisons qu’y passer, la plupart du temps sans même prendre réellement conscience de son existence, seul moyen d’y être au bout du compte heureux.
L’on est sur l’eau et les éléments se pénètrent et s’unissent au point de se confondre en une harmonie si parfaitement équilibrée qu’elle engendre chez le navigateur attentif cette paix dans le mouvement qui est notre seul mode d’approche et de compréhension de ces deux axes de l’univers que sont l’éternité et l’infini.

Venise est pour moi la ville du présent perpétuel, ce lieu magique où l’on peut retrouver l’éternité dans l’instant, le fini dans l’infini, se vivre microcosme au sein du macrocosme, pièce minuscule et irremplaçable du mouvant puzzle de l’espace et du temps.

Il y a plus de trente ans, dans le silence des nuits vénitiennes, un ami peintre m’a fait découvrir le dérangeant apaisement du mutisme. J’ai appris à partager son silence et celui de sa peinture, jusqu’à tenter de peindre à mon tour.
Sans que je l’aie voulu, mais par nécessité, par capillarité avec la nature que je tentais d’évoquer, le silence comme une acqua alta s’est mis à sourdre du papier et à se peindre.
Peinture de silence, au bord de l’invisible. Constamment tentée de disparaître, de se fondre dans la lumière ou la nuit. Murmure visuel à peine audible, comme d’un coquillage porté à l’oreille.
Peindre le silence, c’est pour moi partir à la découverte de l’infinie complexité du presque rien. De l’extraordinaire richesse et profondeur des couleurs de la lumière.
Ce que je tente d’atteindre, c’est ce moment où, enfin indissociables, perçus réciproquement l‘un à travers l’autre, le visible et l’invisible engendrent ce que j’appellerai l’âme du paysage.
Alors s’impose, comme une bienheureuse évidence, le lumineux instant de la contemplation silencieuse.
Entre la création et celui qui la découvre, le pont du silence.

A.S.



L’opera di Alain Sagault è per me una essenza di quello che si potrebbe percipire della laguna.
Cattura i dettagli essenziali di un affollato universo dove il meno è più...
lasciando al nostro io più profondo il contemplarci e il contemplare Venezia.
Da un opera a un altra il silenzio può risuonare dentro di noi, come in un spartito musicale... arriva l’allegro.
Una metafora di splosione che può essere un vulcano o il semplice fluire del vento.
La natura è anche silenzio.
Le sue opere prendono questo silenzio per risuonare dentro le nostre percepsioni.
Nelle sue macchie, la sua pittura, il nulla e il tutto condividono uno spazio.
Il colore, la luce, il gesto metafisico della sintesi cosmica.
Come la sua scultura, che ascolta... Brillante e trasparente.

Daniella P. Bacigalupo



Lo scorrere dell’acqua


La curiosità di Alain è in sintonia empatia con Venezia e Venezia ne è piena dai portoni, dai riflessi dell’acqua, dalle storie delle pietre del camminamento, dalle immagini antropomorfe che ti appaiono e risorgono e scompaiono sotto le maree.
E le paline sono testimoni dello scorrere e del crearsi nell’armonia di canali di velme. Quando Venezia comincia a prendere coscienza di voler esistere e di essere Venezia.
Sensazioni, la scienza dell’osservazione che si trasformano nei più bei pensieri che avvengono nel silenzio e nella notte e nell’oscurita, diventano colore.
Il personaggio non teatrale ma vitale è l’acqua, la laguna e le nuvole una reazione in amore verso loro così come il bisogno di ottenere la qualità dello scorrere dell’acqua, della laguna, della vita.

Franco Renzulli

vendredi 15 juillet 2016

LA MORT, LA MORT TOUJOURS RECOMMENCÉE

Est-ce ce qui s’est passé hier à Nice ?
Est-ce le décès tout récent d’une camarade du temps des beaux jours du Garage Laurent et du Brouillon ? Je me décide à publier ce texte qui n’attendait qu’un prétexte. J’aurais préféré qu’il me soit tout personnel, mais nous sommes tous concernés.


BERNADETTE

25 mars 2016
La vie nous est allouée, et nous ne savons jamais la durée de notre bail. Même de notre mort, nous ne sommes que locataires. Et plus encore de celles de ceux que nous aimons et qui nous quittent sans retour.
On a beau s’y préparer, quand ça arrive, c’est un coup de tonnerre dans un ciel serein. Et l’on découvre ce dont on se doutait sans oser y croire : tout préparé qu’on était, on n’était pas prêt du tout. Le fil fragile qu’on avait réussi à nouer avec l’autre casse net, et il faut rechercher d’autres fils, dispersés par l’explosion silencieuse du dernier soupir, et tenter de les tisser à nouveau, mais on sait bien que cette déchirure ne sera jamais réparée.
Cette vie-là trouée, il va falloir s’en trouver une autre.
Face à cette absence si présente, béant comme une porte qui ne ferme plus, on se réfugie dans la prose du quotidien, dans des automatismes un peu puérils mais commodes et confortables, qui posent sur le vide un filet de sécurité ténu, fragile, mais vivant de cette continuité obtuse dont nous ne pouvons nous passer.
On fait comme si on oubliait, mais aux moments qu’elle choisit et qui nous prennent souvent par surprise, la vérité se fait jour, et l’on sent chaque fois dans sa chair que la mort coupe comme un rasoir, et que les deux lèvres de la plaie qu’elle inflige, l’avant et l’après, ne se rejoindront jamais.
La cicatrice n’existe pas, la mort est un gouffre et si nous pleurons, c’est que nous savons trop bien que toutes nos larmes ne pourront pas combler ce tonneau des Danaïdes. Nous pleurons dans le vide ouvert sous nos pieds, et nos jambes tout à coup privées de force tremblent comme des arbustes desséchés secoués par le vent et battus par la pluie.
« Je suis enfin libérée », m’a-t-elle demandé de dire à son enterrement.
Le mort est peut-être libéré, il l’est de lui-même en tout cas, mais en se libérant de la vie, il nous y emprisonne.
Il nous faut alors apprendre à vivre de sa mort en attendant la nôtre.

Je me demande : les morts peuvent-ils nous aider à vivre parce qu’ils vivent encore en nous, ou seulement parce que nous les oublions peu à peu ?
Cinq ans ont passé. Bernadette ne m’est pas présente à tout instant, mais elle revient très souvent, de bien des manières, et son sourire jaillit hors de l’oubli comme on émerge parfois de ce puits qu’est le sommeil, un rêve encore accroché à nos yeux fermés.
Je me réponds : Oui, Bernadette est morte, mais Bernadette est. Et demande à être. La voici, rappelée.





BERNADETTE EST MORTE

Je lui en voudrais presque, à Bernadette.
J’aurais tellement voulu mourir avant elle.
Somme toute, j’avais onze ans de plus qu’elle.
Et le monde avait encore davantage besoin de son sourire que de ma colère.
Je ne suis qu’un vieux croûton enragé par la vie de mort qu’avec notre complicité passive ou active le rationalisme mercantile nous impose depuis trop longtemps.
Impossible de ne pas penser que Bernadette a comme tant d’autres été victime de ce chaos technologique que nous nous obstinons contre toute évidence à décorer du nom fallacieux de progrès.
Je sais, contrairement aux terroristes, les nuages radioactifs, saisis de respect devant la liberté, l’égalité et la fraternité, s’arrêtent aux frontières du pays des droits de l’homme.
Je sais, rien ne prouve « scientifiquement » que les nombreux cancers de toute sorte qui ont poussé comme des champignons vénéneux dans la Vallée de l’Ubaye et ailleurs depuis 1986 soient dûs à l’explosion de Tchernobyl.
J’admets que la mort « naturelle » de la femme que j’aimais a pu avoir d’autres causes, et a peut-être été innocemment provoquée par les pesticides, les additifs alimentaires, bref par l’un ou l’autre des merveilleux produits destinés à nous rendre toujours plus maîtres du monde et à favoriser la croissance illimitée de nos « richesses ».
Toutes ces causes possibles sont d’autant moins prouvées qu’aucun effort n’a été fait pour les rechercher, et qu’au contraire tout a été mis en œuvre pour occulter les dégâts. C’est qu’il est beaucoup plus rentable pour la machine économico-financière de guérir que de prévenir…
Et puis qu’importe les morts, tant que les victimes se reproduisent !
L’un ou l’autre ou tous ensemble, la physique et la chimie et la statistique n’en sont pas moins selon moi les causes directes de la mort de Bernadette.
Je n’ai rien contre la science ni contre l’économie, tant qu’elles restent à leur place, c’est à dire à notre service.
Mais quand, confisquées ou séduites par la recherche du pouvoir et du profit, elles nous mettent à leur service, font de nous des esclaves tout juste bons à servir de bêtes de somme ou de cobayes, il me vient des envies de mordre.
Je sais, l’arsenal médical avec sa chirurgie, ses radiothérapies, ses chimiothérapies, lui a permis de survivre pendant plus de cent cinquante mois en menant un combat perdu d’avance, si bien que la technique qui la tuait a pu en toute bonne conscience tirer profit de sa longue agonie.
Sans l’avoir cherché, Bernadette a beaucoup fait pour la croissance du PIB et le déficit de la Sécurité Sociale, et je m’étonne, je m’indigne même, que son sacrifice n’ait pas été reconnu par un de ces rubans rouges qui servent à récompenser les escrocs bien en cour.
Morte au champ d’horreur, Bernadette aurait bien mérité la Légion du même nom.
Parce qu’elle a jusqu’au bout honoré et célébré la vie dans un monde qui ne cesse de la mépriser et de la détruire.
Parler d’elle, c’est tenter de marcher à sa suite.