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Livres pour enfants

Une grande nouvelle ! "La marmotte qui ne voulait pas siffler", le premier de mes contes pour les enfants de tout âge, vient d’être réédité par les remarquables Éditions PAROLE dont il inaugure la collection "Pourquoi ?"

A great scoop : "La marmotte qui ne voulait pas siffler", the first of my tales for every children, has just been republished by the remarkable Éditions PAROLE, inaugurating their new collection "Pourquoi ?"

English readers will find at the end of this page the beginning of The Marmot Who Didn’t Want To Whistle, wonderfully translated by Deborah Robertson.

Illustrations de Jutta Ash

Illustrations Jutta Ash, aux

LA MARMOTTE QUI NE VOULAIT PAS SIFFLER

Là-haut dans la montagne, très haut, là où les hommes ne font que passer parce qu’ils ne savent pas faire des terriers, il était une fois de plus le printemps.
Il y avait encore de la neige un peu partout, mais par endroits le soleil avait déjà fait sortir de la terre détrempée les premières pousses vertes.
Tout à coup, quelque chose remua sur la prairie.
D’un trou noir sortait une tête ronde : c’était papa marmotte qui mettait le nez dehors, en premier, comme font tous les papas, pour le cas où...
Il faisait grand soleil, il y avait déjà un peu d’herbe devant le terrier : à peine dehors, il siffla.
Aussitôt surgit maman marmotte. À peine dehors, elle siffla.
Se bousculant pour être le premier, les enfants montrèrent le bout de leur nez ; pas plus tôt dehors, ils sifflèrent à leur tour.
Arriva le petit dernier, un marmotton à la mine éveillée.
À peine dehors... il ne siffla pas. Mais pas du tout. Il se contenta d’émettre un petit grognement.
Toute la famille le regarda, stupéfaite. Car depuis que les marmottes dorment tout l’hiver dans leurs terriers, elles ne manquent jamais de saluer le printemps, quand après la longue nuit de l’hibernation elles retrouvent la lumière. Son père marmotta :
- Tu ne siffles pas ?
- Non.
- Mais pourquoi ? C’est pas beau ?
- Si. Mais..
- Le soleil ne brille pas ? L’herbe n’est pas verte ?
- Si, mais...
- Tu n’es pas content de revoir la lumière après tout ce long hiver à dormir comme une marmotte dans le noir du terrier ?
- Oh si ! Seulement...
- Tu n’as pas faim ?
- Je pourrais manger des ronces !
- Alors pourquoi tu ne siffles pas ?
- J’ai pas envie.
Maman vola au secours du petit dernier :
- C’est son premier printemps, il ne sait pas...
- Peut-être qu’il ne peut pas, susurra sa grande sœur.
- C’est pas que je peux pas. C’est que je veux pas.
- Il sait pas siffler ! Il sait pas siffler !
Furieux, le marmotton sauta sur sa sœur, et la boxa comme savent le faire les marmottes ; debout l’un contre l’autre, ils s’agrippèrent, des poils jaunes (ceux de sa sœur), et fauves (les siens) volèrent, et ils roulèrent ensemble sur la pelouse ; mais l’aînée avait un printemps de plus, et eut vite fait de le mettre en déroute, lui courant après, lui faisant faire des culbutes, jusqu’à ce que maman intervienne :
- Laisse ton frère tranquille !
Tout étourdi, le marmotton s’ébroua. Son père en profita pour insister :
- Mais tout le monde le fait ! Même les hommes sifflent !
- Ben justement, c’est ringard de siffler !
- Ringard ou pas, toutes les marmottes le font !
- Ben oui, mais moi, c’est pas pareil...
- Comment, c’est pas pareil ? Tu n’es pas une marmotte, peut-être ?
- Oui, mais je suis une marmotte qui ne veut pas siffler.
- Mais tu dois siffler : c‘est notre truc à nous, notre image ! Tu ne veux pas casser notre image, tout de même ? Et puis, si tu es la seule marmotte à ne pas siffler, tu auras l’air d’une bête...
- Ça m’est égal, du moment que c’est moi...
Son père alors s’approcha, et lui renifla les joues avec insistance.
- Tu es pourtant bien de la famille : tu sens aussi bon que nous...
On réunit le conseil des anciens : ce fut un concert de sifflets ; on n’avait jamais vu ça, ne pas faire comme tout le monde ! Siffler, mais c’est l’usage, les hommes parlent, les chiens aboient, les marmottes sifflent, c’est bien connu.
- Tu es fait pour siffler, un point c’est tout... conclut le conseil.
- Oui, mais moi... c’est pas pareil. Et puis, franchement, entre nous, à quoi ça sert de siffler ?

Lire la suite dans le livre paru aux Éditions PAROLE, inaugurating their new collection "Pourquoi ?"

Illustrations Jutta Ash, aux


JAMAIS ! DISAIT L’AIGLE

C’était l’été.
La montagne faisait la sieste.
Le soleil tapait sur la paroi toute blanche.
Au milieu de la falaise à pic, là où personne ne pouvait les déranger, sur un replat couvert de branches cassées, deux grands aigles couvaient un œuf.
Dans l’œuf, l’aiglon.
Il était drôlement bien dans son œuf, l’aiglon, il avait tout le confort : chauffage climatisé, nourriture à volonté, le rêve. Il y était tellement bien qu’il se jura d’y rester :
- Moi, sortir de mon œuf ? Jamais ! Je suis trop bien...
Mais ce qu’il n’avait pas prévu, c’est qu’à force d’être bien, il grandirait et qu’à force de grandir il finirait par prendre toute la place dans son œuf, et même un peu plus.
On étouffe là-dedans, se dit-il, et il fut finalement tout content de casser sa coquille et de mettre le bec dehors pour prendre l’air.
Il n’était pas plus tôt sorti de l’œuf que ses parents se mirent en quatre pour le nourrir. Gavé du matin au soir de délicieuses marmottes, le petit aiglon se prélassait sur son aire comme un coq en pâte. Sa mère était aux petits soins pour lui, le protégeant de l’orage en lui faisant de ses ailes un parapluie, et lui faisant de l’ombre avec une branche verte les jours de canicule.
Il se sentait tellement bien qu’il grandit très vite et commença à marcher. Un matin que ses parents, qui n’arrêtaient pas de chasser pour le nourrir, n’étaient pas là, il se mit à explorer l’aire ; elle lui parut très grande, beaucoup plus que son œuf.
Arrivé au bord, il jeta un coup d’œil dans le vide, avança une patte pour tâter l’air, trébucha, et fit tomber une pierre. Il serait tombé lui aussi dans le précipice si ses parents, qui revenaient justement, ne l’avaient ramené du bon côté en deux ou trois coups d’aile, avant de le gronder sévèrement :
- Tu es fou de t’approcher du vide, tu vas tomber et te tuer !
Très impressionné, l’aiglon recula bien vite, et décida que le monde était vraiment trop dangereux :
- Moi, sortir de mon aire ? Jamais ! se promit-il.

Lire la suite dans le livre paru aux ÉDITIONS DE L’ENVOL, que l’on peut parfois trouver sur internet (sur Price Minister notamment).

Présenté en 2007 au Salon du Livre de Paris :

LE GROS PETIT LOUP

Il y a encore plus longtemps que ça, il y avait un petit loup.
Petit mais gros.
Il était déjà gros dans le ventre de sa mère, si bien que dès sa naissance tout le monde l’appela le gros petit loup.
Le gros petit loup, il mangeait, il mangeait beaucoup. Il était encore plus vorace que les autres louveteaux ses frères. Et il mangeait si goulûment que les loups adultes qui le regardaient s’empiffrer, écœurés, disaient à sa maman la louve :
— Ton fils, il mange comme un chien !
Le fait est qu’il avait toujours faim, et faim de tout.
Il mangeait la vie, il mangeait sa maman, la louve, il mangeait la lumière du jour, il mangeait la nuit et il essayait même de manger la lune et les étoiles, et comme il n’y arrivait pas, encore tout bébé, il hurlait à la lune, il hurlait aux étoiles.
Ce n’était qu’un petit hurlement de nourrisson, mais ça agaçait tous les loups de la meute, qui auraient quand même bien voulu dormir. On n’a jamais vu un loup hurler à la lune ! Hurler, ça ne se fait pas pour rien, nom d’un chien !
De hurler à longueur de lune, ça donne faim, et le gros petit loup qui mangeait comme quatre se mit à manger pour huit, si bien qu’il fut très vite deux fois plus gros que les autres louveteaux.
Alors, le jour où il s’approcha d’eux, tout timide et tout pataud, et leur demanda s’il ne pourrait pas jouer avec eux, ils lui rirent au museau et glapirent :
— Mais tu ne peux pas jouer avec nous, tu es trop gros !
— Tu es rond comme la lune...
— Tu ne cours pas assez vite...
— Et on ne sait pas où te mordiller, tellement tu es gras !
— Tu n’as qu’à pas être si gros...
Et lui, tout attristé, de répondre :
— C’est pas ma faute ! Tout c’que j’mange me profite...

Lire la suite dans le livre paru aux ÉDITIONS DE L’ENVOL, que l’on peut parfois trouver sur internet (sur Price Minister notamment).

THE MARMOT WHO DIDN’T WANT TO WHISTLE
Translation by Deborah Robertson

In the highest of the high mountains, a land so high that men could not live but only pass through, it was, once again, spring.

Patches of snow stood everywhere, but in the places where the sun had chased the snow away, soggy soil was left behind, and tiny shoots of green pushed upward towards the sky.

Suddenly, something on the high meadow moved.

From a black hole, up popped a round head. It was papa marmot.

Noticing that there was already a bit of grass at the entrance to his burrow, he lifted his nose into the air and breathed in the wonder of everything. It was a grand, sunny day. Though scarcely outside, he whistled.

Immediately, up popped mama marmot. She, too, though scarcely outside, whistled.

And then, rustling and tumbling to be the first one, the children of mama and papa marmot scrambled out of the hole to stick the tips of their noses as far as they could into the spring air. They, too, though scarcely outside, whistled one by one.

That is, all but the last little marmot. He looked like he had just awakened.

Scarcely outside, he did not whistle. Not even a little. He seemed content to utter just a teeny tiny grunt.

All of his family looked at him, completely stupefied.

For, you see, marmots sleep the whole winter through in their burrows, a six-month night of hibemation. And after so long in the darkness, so long without light and sunshine, when they finally see the spring once more, they can’t help but greet it with a fine hello. It is their joy. It is their custom. It is their tradition.

"What ? You are not whistling ?" his father asked.

"No," replied the last little marmot.

"But why ? Don’t you find it beautiful ?" the father continued.

"Yes, but..."
"Isn’t the sun shining ? And isn’t the grass so magnificently green ?"

"Yes, but..."

"Aren’t you happy to gaze upon the light after that long winter of blackness deep within our burrow ?"

"Oh,yes ! Only..."

"Aren’t you hungry ?"

"I am so hungry I could even eat brambles !"

"Then why are you not whistling ?" papa marmot demanded.

"I just don’t want to," the little marmot diffidently replied.

Mama marmot rushed in to save her little son. "It is his first spring. He doesn’t know..."

"Perhaps he can’t," murmured his big sister a bit snippily.

"It is not that I can’t," assured the little marmot boldly. "It is that I
do not want to."

"You don’t know how !" His big sister tossed her head. "You don’t know how !"

Furious, the little marmot flew at his sister, and they began to fight. They stood face to face, thumping at each other with their paws, and then hanging on, yellow fur (his) and reddish-brown fur (hers) flying this way and that as they rolled over and over in the grass.

But finally, as his big sister began to get the upper hand (she being one year older and therefore quite a bit stronger), the little marmot tried to make his escape. She ran after him, though, and as he began to somersault over and over in what looked like a joumey that could take him all the way down the mountain, his mother saved him once more.

"Leave your brother alone !" she admonished, gathering him up in her arms.

Totally dazed, the little marmot squirmed and tried to shake away his dizziness.

Seeing the opportunity, the father marmot started up again. "But all the marmots in the world whistle ! Even man whistles !"

"Exactly ! And what does that prove ?" retorted the little marmot, now back to his senses.
"Well... uh... well... uh..." his father stammered. Then, puffing out his chest, he stated with finality, "It just what marmots do. We all do it !"

"That may be so," answered the little marmot, "but I do not. I am not the same."

"And why are you not the same ?" stormed his father. "Perhaps you are not a marmot !"

"Oh, I am a marmot all right," replied the little marmot. "But I am a marmot who doesn’t want to whistle !"

"But you need to whistle ! It is our heritage, our image ! You don’t want to wreck our image, do you ? Ifyou do not whistle, you wiII seem like you are not a marmot ! People will talk..."

"It’s nothing to me. My life is my life," the little marmot shouted for all to hear.

His father then approached him and pinched his cheeks insistently. "You are, nevertheless, one of our family... You are just like us," he stated, but then his voice faded away.

He took the little marmot to the council of the ancients. Upon hearing the words of the young marmot, a chorus of whistles rang out. They had never heard of anything like that, never in all the world.

"To whistle ? It’s what we do," they said among themselves. "Man speaks. Dogs bark. Marmotswhistle. That’s the way it is."

"Marmots were made to whistle," they concluded, "and that is all there is to it !"

Upon hearing their decree, the little marmot remained unchanged. "I am not the same..." he asserted.

And then he added : "But do tell me, just between us, of course, do you truly know of any actual purpose to this whistling thing ?"