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La légende des iles nouvelles - L’escalier du diable - Pourquoi les moutons bêlent -
L’escalier du diable
LES CONTES DE CILL RIALAIG

A ride on the wild side

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The Skelligs

 
L’ESCALIER DU DIABLE

Le silence se fit.
—  Aujourd’hui, commença Alain, et il chuchotait presque. Aujourd’hui, nous sommes allés à Skellig Michael.
—  Ah... firent les autres, soudain très attentifs.
—  Une sacrée traversée...
—  Cas de le dire, quand on va sur cette île monastère ! plaisanta Ger.
—  La mer était dure, des vagues courtes, deux mètres de creux, pas mal de vent... Et Murphy était pressé...
—  Murphy est toujours pressé ! coupa Ger.
—  Il fonçait droit dans les vagues et on a tous été trempés...
—  Mais vraiment trempés ! renchérit Ed.
—  Ça valait le coup, murmura Ruud, et il regardait dans le vide, comme s’il était encore en haut de l’île sur l’étroite plate-forme où s’étaient installés les moines quinze cents ans auparavant.
Et Nell fit vigoureusement oui de la tête, avant de dire d’une voix enrouée : — C’est incroyable, les Skelligs...
—  Un endroit de folie, comme on dit à Marseille, reprit Alain. Cette île à pic qui jaillit de l’eau comme la pointe d’une lance, ces escaliers taillés dans le roc, et ces huttes de pierre qui ressemblent aux ruches de paille d’autrefois...
—  Un lieu hors du monde, l’impression d’être allé tellement plus loin, d’entrer entre ciel et mer dans l’infini...
—  Si je pouvais croire en Dieu, Skellig Michael m’aurait converti, conclut Alain.
—  Incroyable qu’il y ait eu si longtemps des moines sur Skellig Michael, rêva tout haut Françoise. C’est tellement un lieu inhabitable !
—  Oui. Mais le plus étonnant, étant donné le caractère particulièrement obstiné des irlandais et plus encore des moines irlandais, c’est qu’il n’y en ait plus ! s’esclaffa Cormac.
—  Savez-vous pourquoi il n’y a plus de moines sur Skellig Michael ? C’est parce qu’ils sont partis ! déclara Nell.
—  On s’en doutait !
—  Mais partis pour de bon, partis pour toujours ! Je vais vous dire, moi, pourquoi il n’y a plus de moines à Skelllig Michael. En plus, c’est une jolie histoire. C’est Frère Renard qui me l’a racontée. Écoutez.

Sur Skellig Michael, le petit frère novice attendait.
Il n’était entré au monastère que depuis quelques mois et la sauvagerie du lieu, la dureté de la vie sur cet éperon rocheux sans cesse balayé par les intempéries, loin de refroidir son enthousiasme, n’avaient fait qu’enflammer sa foi et le confirmer dans sa vocation.
C’était un novice tout frais pondu et il attendait son miracle.
Un jour, il en était sûr, il monterait tout droit au ciel, grâce à l’incroyable escalier que les moines avaient dû tailler dans le roc presque à pic pour accéder depuis le rivage au ressaut presque plat où ils avaient construit leurs cellules, des huttes de pierre rondes et coniques comme les ruches d’autrefois.
Chaque jour, le moinillon, plein d’espoir, montait et descendait les sept cent soixante-cinq marches de l’escalier. Ses frères se moquaient gentiment de lui, mais ça lui était égal, parce qu’il avait la foi et qu’il savait bien que Dieu l’appelait, puisqu’il entendait sans cesse Sa voix.
Mais il avait beau prier avec ferveur tout le long de la montée, il débouchait toujours devant le monastère, et ça n’étonnait que lui, puisque c’était là que l’escalier des moines s’arrêtait.
Les autres moines n’étaient pas mécontents de le voir ainsi monter et descendre chaque jour : il y avait toujours quelque chose à porter, le moinillon s’en chargeait d’autant plus volontiers qu’il espérait que Dieu tiendrait compte de son zèle infatigable, et c’était autant de travail en moins pour eux !
Et puis un beau jour, pas si beau à vrai dire, un jour de grande brume et de crachin où l’on ne voyait, et encore, que la marche suivante, et du chemin parcouru que l’avant-dernière marche, celle qu’on venait de quitter, il montait une fois de plus l’escalier ; il était comme suspendu dans le vide entre les deux marches qu’il entrevoyait, celle de devant et celle de derrière, et il chantait à tue-tête un cantique à la Vierge Marie.
Il avait remarqué que les cantiques, surtout à la Vierge, l’aidaient si bien à grimper qu’il en oubliait parfois de compter les marches. Car il les comptait, convaincu qu’un jour il compterait enfin plus loin que 765...
Et ce jour-là, quand il arriva à la sept cent soixante-cinquième marche, il en distingua une de plus, une marche de trop, juste au-dessus de la dernière marche. C’était une marche qui n’existait pas, même quand il y avait du brouillard, une vraie marche miraculeuse...
Le cœur battant, il posa tout doucement le pied sur cette marche inédite, en chevrotant : 766...
La marche le soutint bien franchement, bien solidement. Il avança l’autre pied et le posa avec précaution sur la marche suivante en balbutiant : 767...
Et comme cette marche-là tenait bon aussi, il sauta à pieds joints sur la suivante en criant presque : 768 !
Il en avait oublié son cantique, et comptait tout haut chaque marche avec une jubilation toujours plus grande : il était en train de monter au ciel !
Chaque marche le rapprochait de la lumière divine, si bien que tout à son exaltation, il perdit son compte au bout d’un moment. Il y avait tant de marches qu’il ne savait plus où il en était ; était-ce 12.898 ou 12.899 ?
—  Si je n’ai pas mon compte, ils ne voudront jamais de moi Là-Haut ! Voyons, ça n’était pas plutôt 12.897 ? Merde, je ne sais plus ! gémit le novice atterré. Pardon, mon Dieu, j’ai dit merde ! Mais qu’est-ce qui me prend, nom de D... ? Oh là là, Jésus Marie Joseph, voilà que je jure, maintenant, je ne sais vraiment plus où j’en suis !...
Il renonça à compter, tout heureux en fin de compte d’être déjà assez près de l’infini pour s’y sentir perdu. Le Très Haut est vraiment le Très Haut, pensait-il, un peu essoufflé. Et cela le renforçait dans sa foi. Après tout, maintenant que l’escalier du ciel s’était ouvert, plus rien ne serait jamais pareil : devant l’Éternel, on repart toujours de zéro.
Au bout d’un nombre incalculable de marches, il sentit qu’il brûlait. Le temps semblait s’être arrêté mais la brume s’illuminait peu à peu. Il monta la marche suivante, voulut poser le pied sur la marche d’après, trébucha et manqua tomber : il n’y avait pas de marche suivante.
Il venait d’arriver au bout de l’escalier.
Mais il n’était pas encore tout en haut. Le chemin continuait en pente assez raide, escaladant les nuages très ronds et très blancs qui émergeaient petit à petit du brouillard de moins en moins épais.
Il commençait à être fatigué mais il ne s’arrêta pas un instant pour souffler. En fait, il respirait de mieux en mieux. Et tout à coup il déboucha des nuages.
Il était au cœur du ciel pur, et il sut aussitôt qu’il était arrivé au Ciel, qu’il entrait pour de bon au Paradis.
—  Je l’ai, mon miracle, jubila-t-il, débordant d’une sainte allégresse.
Il marchait sur les nuages et c’était une volupté inconnue, presque troublante, cette caresse impalpable des nuages sous ses plantes de pied. — Comme c’est bon, ça doit être ça, faire l’amour, se dit-il.
—  L’histoire pourrait s’arrêter là... dit Ed.
—  Ce serait déjà très bien, fit remarquer Ruud.
—  Parfait ! appuya Blandine.
—  Mais ce serait trop simple et les voies de Dieu sont impénétrables, tout le monde sait ça. L’histoire continua donc, et comme c’était un novice plein de foi et d’espoir, et qu’il avait le cœur aussi pur que le cœur du ciel pur, après avoir adoré Dieu un bon moment, fait ses dévotions à la Sainte Vierge qui était encore plus belle que dans ses rêves, salué Saint Pierre et savouré les félicités du Paradis de toute la force de son innocence, il dit à Dieu :
—  Mon Dieu, c’est pas tout ça, mais il faut que je redescende !
—  Ah bon ? fit Dieu un peu interloqué. On n’est pas bien ici ?
—  Mon Dieu, oui, on est divinement bien ici, repartit le moinillon. J’adore ! — Mais voilà, justement, j’ai mes douze autres frères en bas dans le brouillard, perdus sur leur île, et qui passent leur temps entre deux prières à monter et descendre les 765 marches de notre escalier en se demandant s’ils finiront par aller au Ciel ou s’ils iront griller en enfer...
Il faut que je leur apporte la bonne nouvelle, comme l’a fait votre fils, mon Dieu, vous vous souvenez ?
—  Si je me souviens ! Et mon fils donc ! Ça, on ne risque pas de l’oublier, la Bonne Nouvelle ! On s’en souviendra toute l’éternité ! C’est bien pour ça que je te conseille de rester avec nous ici. Rien ne vaut le Paradis, tu sais...
—  J’en suis convaincu, mais...
—  Nom de Dieu ! lâcha Dieu, perdant patience pour la première fois de l’éternité. C’est toujours la même chose ! Rien à faire pour discuter avec eux ! Ou ils sont trop raisonnables pour avoir la foi, ou ils ont trop la foi pour être raisonnables !
—  Votre Sacré Cœur, mon Fils, je veux dire mon Dieu, glissa La Vierge Marie de sa voix douce, vous savez ce que vous a dit Saint Luc, notre médecin de Famille...
—  Et puis, insista Dieu tout en calmant Son divin courroux et en essayant la diplomatie à la mode vaticane, redescendre sur terre, c’est toute une affaire ! La descente est périlleuse, l’escalier est étroit et glissant, et on ne sait jamais trop comment on sera reçu en bas... Et puis qui te dit que tu pourras remonter ? L’escalier n’est pas toujours là quand on veut, même pour les cœurs purs, tu en sais quelque chose !
—  C’est bien vrai, mon Dieu, mais je ne peux pas les laisser sans nouvelles, ils vont s’inquiéter, croire que je me suis perdu dans le brouillard, que je suis tombé à la mer, allez savoir ! Peut-être que le diable m’a emporté ! Ils vont prier pour moi, dire des messes pour le salut de mon âme, pour rien, alors qu’il y a des tas de pêcheurs qui auraient tant besoin d’eux ! Non, il faut vraiment que je redescende.
Et en plus, Vous savez, c’est tellement difficile parfois de garder espoir, l’escalier est si raide et si glissant, justement, et on n’en voit jamais le bout...
Je voudrais tellement leur dire que c’est possible, qu’on peut monter au Ciel !
Ce que le moinillon ne disait pas, c’est que ses frères moines, plus âgés, s’étaient souvent moqués de ce qu’ils appelaient sa foi du charbonnier. Le prieur lui-même dans sa grande sagesse lui avait dit avec toute la bonté que laissait deviner son immense barbe blanche :
—  Mon fils, gare à l’excès de zèle ! Entretiens ta flamme. Plus tu la laisses brûler fort, plus tôt elle risque de s’éteindre...
Le petit novice avait très envie de leur montrer qui avait raison et jouissait par avance de son petit effet. On a beau être pur, on n’en est pas moins homme...
C’est ce que pensait Dieu, qui le laissa repartir en lui donnant sa bénédiction, cependant que Jésus lui prodiguait des conseils éclairés, à la lumière de sa cuisante expérience.
Et voilà notre moinillon qui redescend tout guilleret porter la bonne nouvelle à ses frères. Mais il avait le cœur trop pur pour avoir pensé à l’essentiel : c’est qu’il faut avoir le cœur pur pour monter au Ciel - et encore plus pour y monter avant l’heure !
Quand il annonça aux autres moines que l’escalier ne montait pas seulement au monastère mais qu’il continuait et qu’il suffisait d’y croire pour aller tout droit au Ciel, ils le regardèrent avec une certaine pitié, et même pour certains avec un agacement non dissimulé : ce pauvre novice décidément battait la campagne ! Deux ou trois de ses frères en Dieu ne purent s’empêcher de glousser discrètement sous leur froc.
Quant au père prieur, il piqua une sainte colère, rappelant le moinillon au bon sens et à l’humilité, et il lui ordonna de respecter pleinement ses vœux, à commencer par celui d’obéissance, et de bien vouloir ne plus troubler la sainte messe, et surtout pas, crénom, au moment de la communion !
Le moinillon se soumit, mais ne renonça pas pour autant à tenter de les convaincre d’au moins tenter le coup, par acquit de conscience, histoire de ne pas avoir de regrets...
À bout de patience, le père prieur finit par accepter que l’on fît un essai, comptant bien que l’inévitable échec ramènerait son novice sur terre en même temps qu’à la raison et à ses devoirs.
Il avait raison. Ce fut un lamentable échec. Tous essayèrent, mais aucun n’avait le cœur assez pur pour monter l’escalier : ils n’arrivaient même pas à poser le pied sur la première marche. Et pour cause, ils ne la voyaient tout simplement pas. Ils avaient beau essayer d’y croire, ils n’avaient pas tout à fait confiance, et pour emprunter cet escalier-là il faut monter sans hésiter ni se retourner, sans appréhension ni regret.
Alors, guidé par son bon cœur, il les prit par la main en leur disant :
—  Fermez les yeux et suivez-moi.
Ils montèrent ainsi quelques marches. Mais la confiance leur faisait défaut, et la curiosité autant que la méfiance et la peur les poussait à regarder où ils mettaient les pieds.
L’un après l’autre, ils cédèrent à leur envie d’ouvrir les yeux. Et quand ils se virent ainsi suspendus dans le ciel, le cœur leur manqua, ils furent pris de vertige, perdirent l’équilibre et l’un après l’autre tombèrent dans le vide.
Le père prieur avait regardé de loin. Quand il vit le moinillon escalader le vide comme si ça allait de soi, il grogna dans sa barbe plus immaculée que jamais :
—  Si ce petit crétin peut le faire, Dieu me pardonne, je peux le faire moi aussi !
Et le voilà qui bondit et s’élance sur l’escalier et commence à en grimper les marches quatre à quatre !
—  J’arrive, mon Dieu ! vociférait-il, toute barbe au vent.
Mais Dieu n’aime pas qu’on lui force la main, même quand on est un vénérable père prieur, et même si notre barbe est si longue et si blanche qu’elle pourrait presque se comparer à la sienne...
De sorte qu’au bout de quelques instants d’une course échevelée le père prieur se rendit compte avec horreur que s’il montait aussi facilement les marches, c’est qu’il était en fait en train de les descendre.
Et l’escalier prenait de plus en plus de pente, et le père prieur, désormais incapable de s’arrêter, dégringolait les marches à toute vitesse.
En désespoir de cause il essaya de se rattraper à son immense et superbe barbe qui flottait majestueusement derrière lui, déployée comme une bannière par le vent de la course !
Mais malgré ce parachute sa chute continua à s’accélérer, tant l’escalier qui mène en enfer suit une pente de plus en plus abrupte...
La mer s’ouvrit pour l’engloutir et le père prieur vit au fond du gouffre s’élancer vers lui les flammes de l’enfer au contact desquelles son immense barbe blanche prit feu instantanément comme une torche, si bien que c’est imberbe que le vénérable prieur fut accueilli par le maître des lieux.
Désespéré par cette catastrophe et bourrelé de remords, le moinillon monta à son tour quatre à quatre l’escalier du Ciel, porté par presque aussi sûrement par son désespoir que s’il avait déjà dans le dos les ailes que l’incomparable pureté de son cœur allait incessamment lui mériter Là-Haut.
Tout essoufflé, il déboucha enfin au paradis dont ces événements n’avaient pas troublé l’éternelle quiétude et il tomba à genoux devant son Créateur.
—  Tu vois ? lui dit Dieu. Je t’avais bien dit. Faire son salut n’est déjà pas simple, mais faire celui des autres, alors là, pardon, travail d’Hercule !
—  Pas de la tarte... opina sobrement Saint Paul. Que Dieu foudroya du regard et qui en tomba par terre, à son habitude.
—  Je sais, reprit Dieu, c’est désolant, mais Moi-même je n’y peux rien : je peux vous donner la foi, à condition que vous en vouliez. Ça n’aurait pas de sens de vous forcer...
—  Oui, mon Dieu, peut-être, répondit le moinillon en se relevant. Mais moi, je ne veux pas être sauvé tout seul.
Et le novice redescendit l’escalier. Derrière lui, les marches disparaissaient une à une. Mais comme il ne regardait pas derrière lui, ça ne lui faisait ni chaud ni froid.
Et quand il arriva à la croisée des chemins, il prit sans hésiter l’escalier du prieur, l’escalier du nord, celui qui est interdit parce qu’il mène tout droit en enfer.
Et voilà pourquoi il n’y a plus de moines à Skellig Michael.
Ils sont tous en Enfer, où le Diable, à ce qu’on dit, serait de plus en plus tenté de se convertir, impressionné par leur dévotion, et surtout par la foi du petit moine, qui n’a jamais perdu espoir et monte et descend sans cesse l’escalier de secours à la recherche de cette satanée, pardon, de cette sacrée sept cent soixante-dix septième marche...
Comme quoi, si les voies de Dieu sont impénétrables, Il sait très bien ce qu’il fait.

© SAGAULT 2006
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THE DEVIL’S STAIRCASE

Silence descended.

“Today,” began Alain, nearly whispering, “today we went to Skellig Michael.”

“Ah....” breathed in the others, suddenly very attentive.

“Quite a crossing, a holy crossing....”

“You could say that, when you go to that monastery !” joked Ger.

“The sea was hard, the waves short – two meters in their hollows, not too much wind.... And Murphy was in a hurry....”

“Murphy is always in a hurry !” Ger cut in.

“He was rushing right into the waves and we were completely drenched....”

“But truly drenched !” added Ed.

“It was worth it,” murmured Ruud, looking into space, as if he was still on top of the island on the narrow platform where the monks had settled and built their monastery fifteen hundred years before.

And Nell vigorously nodded her head before saying hoarsely, “They are incredible, the Skelligs....”

“A place of madness, as one says in Marseille,” took up Alain. “That peaked island that juts out of the water like a point of a spear, those stairways cut into the rock, and those stone huts that look like the straw hives of long ago...

“An otherworldly place, the impression of having gone so, so far, of entering a place somewhere between the sky and the sea into infinity...

“If I could believe in God, Skellig Michael would have converted me,” concluded Alain.

“It’s incredible that there had been, so long ago, monks on Skellig Michael,” mused Françoise. “It’s such an uninhabitable place !”

“Yes, but the most surprising, given the particularly obstinate character of the Irish, and even more, the Irish monks, is that they are no longer there !” chortled Cormac.

“Do you know why there are no longer any monks on Skellig Michael ? It’s because they have left !” declared Nell.

“We could have guessed that !”

“But really left, left for good, left forever ! I am going to tell you, I am, why there are no longer any monks on Skellig Michael. And what’s more, it’s a pretty story. It was Brother Fox who told it to me. Listen.

“On Skellig Michael, the little novice brother was waiting. He had only entered the monastery several months ago and the savagery of the place, the harshness of life on this rocky spur ceaselessly swept by storms, had, far from dampening his enthusiasm, only enflamed his faith and confirmed to him his calling.

“He was a novice freshly hatched, and he was waiting for a miracle. One day, he was sure of it, he would climb right into heaven, thanks to the incredible staircase that the monks had had to have carved into the rock from the shore nearly to the summit where after having constructed a nearly flat projection they had erected their monastery cells : round, conical stone huts like the beehives of long ago.

“Each day, the little monk, full of hope, climbed up and down the seven hundred sixty-five steps of the stairway. His brothers gently made fun of him, but it didn’t matter to him, because he had the faith and he knew that God had called him, and he could always hear His voice.

“But no matter how fervently he prayed all the way up on his climb, he ended up in front of the monastery, but that was not surprising to him, since it was there that the staircase of the monks stopped.

“The other monks were not unhappy to see him spending his time climbing up and down each day : there was always something to carry, the little monk taking it upon himself all the more willingly, hoping that God would take into account his indefatigable zeal, and, of course, to the other monks, the more work for him, the less for them !

“And then, one fine day – well, not so fine to tell the truth, a day of a fog and drizzle, where one could see could not see the staircase at all, or the step in front or the path or the step just behind, the one that one had just left – the little monk climbed one more time the stairway. It was as if he were suspended in space between the two steps of which he could only guess, the one in front and the one behind, and he was singing at the top of his lungs a canticle to the Virgin Mary.

He had noticed that these canticles, especially those to the Virgin Mary, helped him so much to climb that he sometimes forgot to count the steps. Because, he was counting them, convinced that one day he would count finally more than seven hundred sixty-five.

“And this day, upon arriving at the seven hundredth and sixty-fifth step, he made out one more, one step too many, just beyond the last step. This was a step that didn’t exist, even when there was fog, a truly miraculous step....

“His heart beating, he placed his foot very lightly on this completely new step, and with a quavering voice announced : ‘Seven hundred sixty-six...’ The step held him quite solidly, quite strongly.

“He lifted his other foot and placed it precariously on the following step, stammering, ‘Seven hundred sixty-seven...’

“And as this step held him also, he hopped onto the following step, his feet joined together, and cried, ‘Seven hundred sixty-eight !’

“He had forgotten his song, and, instead, was counting at the top of his voice each step with the grandest jubilation : he was in the process of going up into Heaven !

“Each step moved him closer to the divine light, so much that in his complete joy, at the last moment, he forgot what number he was counting on. There had been so many steps that he no longer knew where he was : Was it 12,898 or 12, 899 ? ‘If I don’t have the right number, they’re never going to welcome me in ! Let’s see, was it not rather 12,897 ? Shit, I don’t know !’ groaned the novice. Then, totally appalled, ‘Excuse me.... My God, I said shit ! But what’s wrong with me ? In God’s name, I can’t believe it ! Jesus, Mary, Joseph, here I am swearing.... What is going on ?!’

“He gave up counting, satisfied in the end that he was close enough to infinity to not feel lost. ‘The Most High is really The Most High,’ he thought, a little out of breath. And this reinforced his faith. After all, now that the stairway to heaven had opened itself, nothing would ever be the same, for, in front of the Infinite, we always go back to zero.

“At the top of this grand sweep of incalculable steps, he seemed that he was on fire. Time seemed to have stopped, but the fog was lifting little by little. He took another step, hoping to place his foot on the next step, but he slipped and almost fell. There was no next step. He had come to the end of the stairway. But he was not yet completely in Heaven. The path sloped upward steeply, ascending into the very white and very round clouds that were appearing little by little out of the fog that was less and less thick.

“He was beginning to become tired, but he couldn’t stop one second even to breathe. In fact, he was breathing better and better. And suddenly, with one last burst of effort, he broke through the clouds. He was right smack in the middle of the sky, and he knew immediately that he had arrived in Heaven, and that he had entered for good into Paradise. ‘I have it ! My miracle !’ he rejoiced, bursting with holy joy.

“He walked into the clouds, and it was an exquisite pleasure, unknown before, almost disconcerting, this impalpable caress of clouds under his feet. He said to himself, ‘It’s so good it must be like making love.’”

“The story can stop there,” said Ed.

“It’s already very good,” remarked Ruud.

“Perfect !” insisted Blandine.

“But that would be too easy....” Cormac contradicted. “The ways of God are impenetrable ; everyone knows that. The story will go on.

“And so, as this was a novice full of hope and who had a heart as pure as the heart of Heaven itself, after praising God for a moment and giving his devotion to the Virgin Mary who was even more beautiful than the one in his dreams, he greeted Saint Peter and just savored the bliss of Paradise with all the power of his innocence, saying, ‘My God, this is all very well, but I must go back down.’

“‘What ?’ said God, a little taken aback. ‘You don’t like it here ?’

“‘My God, yes ! It is divine !’ answered the little monk. ‘I love it ! But that’s it, precisely ! I have my twelve other brothers down below in the fog, lost on their island, and who pass the time between prayers climbing up and going down the seven hundred sixty-five steps of our staircase, asking themselves if they will end up going to Heaven or if they will burn in Hell....I must bring back the good news, as was done by Your Son. Do You remember ?’

“‘Of course I remember. He was my Son ! One does not risk forgetting the Good News ! One remembers that forever ! It is for that that I advise you to stay with us here. Nothing is better than Paradise, you know....’

“‘I am convinced of it, but....’

“‘In God’s name !’ God let go, losing his patience for the first time in his life. ‘It’s always the same thing ! It’s useless to even talk to them ! They are too rational to have faith, or they are too faithful to be rational !’

“‘Your Holiness, my Son, I mean my God,’ interrupted the Virgin Mary in her sweet voice, ‘You know what Saint Luke, our family doctor, told you....’

“‘Okay then,’ insisted God, calming down His divine wrath and trying the diplomacy in the style of the Vatican. ‘To go back down to earth is risky business. The descent is perilous, the stairway is narrow and slippery, and you never know how you will be received down there. And then, who told you that you would be able to come back up ? The staircase is not always there when you want it, even for the pure of heart, and you know something of that !’

“‘That’s quite true, my God, but I can not let my brothers not know what happened to me. They would be too worried, believing that I was lost in the fog, that I had fallen into the sea ! Maybe even thinking that the devil had carried me away. They are going to be praying for me, saying masses for the good of my soul, and for nothing, especially when there are so many sinners that have much more need of them. No, I really must go back. And what’s more, You know, it is really difficult sometimes to keep hope ; the staircase is so steep and so slippery, precisely, and one never sees the end of it....I would really love to tell them that it is possible to climb to Heaven !’

“What the little monk didn’t say, was that his brother monks, much older, had often made fun of him, saying that he just overdid it. The Father Superior himself, in his great wisdom, had told him, with the goodness that comes from having an immense white beard, ‘My son, guard against an excess of zeal ! Care for the flame. The more that you allow it to burn, the more quickly it will go out....’

“The little monk really wanted to show them that he was right, and then sit back and enjoy the show. One can be pure, but one is no less a man....

“This is what God was thinking, too, letting him go with his blessing, however, with Jesus lavishing upon him His luminary advice, gained from His bitter experience down below.

“And that is how our little monk went back down, jauntily carrying the good news to his brothers. But he had a heart too pure to have thought of something quite basic : one needs a pure heart to climb to Heaven – and even more to climb it before it is his time to go !

“When he announced to the other monks that the stairway not only climbed to the monastery but that it continued on, and that one just had to believe it to go straight up to Heaven, they looked at him with a certain pity, and even, most certainly, with undisguised irritation : this poor novice had gone crazy ! Two or three of his brothers in God could not stop themselves from clucking discreetly under their cowls.

“As for the Father Superior, he bristled with a holy anger, reminding the little monk that common sense and humility were needed, and he ordered him to fully respect his vows, beginning with the one of obedience, and that he really didn’t want his mass disturbed, especially not – in the name of God ! – while he was at communion !

“The little monk submitted, but he said he was not going give up the idea of at least trying to convince the brothers to give it a try, just to say that they had, so they could live a life free of regrets....

“Totally out of patience, the Father Superior ended up by relenting, saying yes, that they could try it, counting on the inevitable failure of the venture to bring the little novice back to earth and, at the same time, to his senses and his work.

“He was right. It was a lamentable failure. All the brothers gave it a try, but not one had the heart pure enough to climb the heavenly staircase : not one could even place a foot on the first step. And for good reason. They simply could not see it. They really tried to believe it was there, but they just didn’t have the confidence, the complete trust, the faith, to take the first step that was necessary to go on without hesitation or turning back, without apprehension or regret.

“So, guided by his good heart, the little monk took them by their hands and said, ‘Close your eyes and follow me.’

“They took several steps. But their lack of faith betrayed them, and their curiosity as much as their mistrust and their fears made them want to look down to where they were placing their feet.

“One after another, they gave in to their wishes to open their eyes. And when they saw themselves suspended in the sky, their hearts failed them, and overtaken by vertigo, lost their equilibrium and one after another fell down in the emptiness.

“The Father Superior had been watching from down below. When he saw the little monk climbing through space as if there was nothing to it, he grumbled into his beard that was whiter than ever : ‘If that little moron can do it, God pardon me, I can do it, too !’

“And with that, he jumped up and dashed over to the staircase, bounding up the steps four by four !

“‘I’m coming, God !’ he shouted, his beard flowing in the wind.

“But God doesn’t like it when someone forces his hand, even when that someone is a venerable Father Superior, and even if that someone’s beard is nearly as long and nearly as white as His....

“At the end of several seconds of this frenzied race upwards, the Father Superior began to realize, with horror, that as easily as he had ascended the steps, he was now, in fact, in the process of descending them.

“The staircase down became steeper and steeper, and the Father Superior, completely unable to stop himself, tumbled head over heels down, down, down. In desperation, he tried to catch, to climb up, his superb, immense beard, which majestically floated out behind him over the sea like a banner in the wind.

“But despite this parachute of his, his fall continued to accelerate – for the stairway to hell follows a slope ever steeper, ever steeper.

“The sea opened itself and the Father Superior saw the bottom of a chasm coming toward him and the flames of hell licking at his immense white beard, which instantly lit up like a torch. And so, it was unbearded that our venerable Father Superior was welcomed by the master of the place.

“Horrified by this catastrophe and filled with remorse, the little monk took the stairs four at a time, driven surely as much by sadness as by the incomparable, constant purity in his heart that carried him as if on wings up this stairway to Heaven.

“Totally out of breath, he came finally to Paradise – whose eternal calm had not been troubled by these happenings – and he fell to his knees in front of the Creator.

“‘You see ?’ said God. ‘It’s really too bad, but even I could do nothing. I can give you the faith, on the condition that you want it. It doesn’t make sense to force it on you....’

“‘Yes, my God, perhaps,’ replied the little monk, rising up. ‘But I, I didn’t want to be saved all alone.’

“‘And so the little monk went back down the staircase. Behind him, the steps disappeared one by one. But, as he never looked back, he was oblivious.

“‘And when he arrived at the Stations of the Cross, he took, without hesitating, the stairway of prayer, the stairway from the north, the one that is forbidden because it leads straight into Hell.

“‘And that is why there are no longer any monks on Skellig Michael. They are all in Hell, where the Devil, from what I’ve heard, is becoming more and more tempted to convert, so impressed is he by their devotion, and especially by the faith of the little monk who never lost hope and ascended and descended without stopping the emergency staircase in search of that devilish – excuse me – that holy seven hundredth sixty-sixth step....

“‘For you know, even if the ways of God are impenetrable, He knows very well what He’s doing.”


© SAGAULT 2006
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