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La légende des iles nouvelles - L’escalier du diable - Pourquoi les moutons bêlent -
La légende des iles nouvelles
LES CONTES DE CILL RIALAIG

 
A ride on the wild side


 
LA LÉGENDE DES ÎLES NOUVELLES

Il avait fait beaucoup de vent ce jour-là.
Il avait plu aussi par moments, pas très fort, un crachin qui vous caressait la peau et s’enfuyait en grandes bouffées d’écume qui vous brouillaient un instant la vue.
Plus noirs qu’à l’accoutumée, les nuages avaient pris sous le vent toutes sortes de formes étranges, à travers lesquelles le soleil avait parfois réussi à percer, faisant éclore sur la mer d’argent noirci d’éblouissantes coupes d’or en fusion « semblables aux ronds aveuglants que font sur une scène enténébrée ces projecteurs de théâtre qu’en français nous appelons douches », avait confié Alain à Ed pendant qu’ils tentaient de les photographier.
Ils étaient là tous les six au village, chacun dans son cottage, chacun dans son travail, et tous à l’écoute de Cill Rialaig.
Ils étaient là, tous les six, et ils écoutaient le dialogue du vent, de la mer, et des nuages, ils les regardaient vivre, ils vivaient avec eux. Leurs cheveux volaient en mèches folles comme de capricieux pinceaux et ils avaient les yeux grands ouverts, parfois jusque tard dans la nuit.
À Cill Rialaig, il y a tant à voir, tant à lire dans ces nuages qui changent sans cesse...
Sur ce promontoire, c’est comme si on était en vigie sur un bateau qui s’apprête toujours à partir mais n’en a jamais besoin parce que porté par les vents le monde vient à lui. On est au bord d’un monde, d’un gouffre, d’un vide immense ; le ciel et la mer se creusent à l’infini et la nuit on tombe dans les étoiles.
Et ce vide vous remplit en permanence, parce qu’au bord de l’infini le fini trouve enfin sa raison d’être.

Ce soir-là, ils s’étaient réunis pour dîner chez Blandine. Ils ne s’étaient pas vus de la journée, et le repas fut animé. Après le dessert, ils s’assirent autour du petit poêle où crachotait un feu de tourbe.
Dehors, le vent avait repris. Des rafales de pluie parfois battaient les vitres. Ils avaient bien ri et bien mangé, et maintenant il se taisaient.

Les voilà donc tous les sept autour du feu de tourbe.
Il y a là Ed le californien qui peint des oiseaux sur des boîtes de cigares, Ruud le néerlandais qui offre des totems aux champs et aux prés, sa femme Nell, qui parle peu et regarde beaucoup, Blandine, une céramiste anglaise qui a l’air d’un petit oiseau qui aurait oublié de voler, Françoise la française qui est toujours tellement joyeuse qu’elle doit avoir beaucoup de peine, Alain, le belge, qui a mis en réserve un gros cigare qu’il s’est promis de fumer s’il finit par arriver à peindre un tableau et Cormac, un céramiste de Dublin. Enfin, il y a Ger, qui gère le village et passe tout le temps qu’il peut à pêcher, ce qui fait qu’on ne le voit pas beaucoup.
Chacun a son caractère, son allure, sa voix, ses tics...
Ils se connaissent peu, mais ils s’aiment beaucoup. C’est ainsi, en Irlande.
À Cill Rialaig la soirée peut commencer.

Ils ne le savaient pas encore, mais chacun allait raconter une histoire.
Parfois, les histoires, on peut les lire dans le feu. Le feu de tourbe ne chauffe pas, mais il raconte. On regarde les braises palpitantes, et dans les braises l’histoire s’écrit, et elle se chante dans les flammes.
À tour de rôle, entre le feu, le vent et la pluie, chacun allait raconter une histoire.
Son histoire.

En attendant, ils se taisaient. Ça faisait de la place pour le vent, qui semblait souffler plus fort et rentrer dans la pièce, où il faisait soudain trembler les bougies, et ça faisait de la place pour le feu, qui montait tout à coup plus clair et plus joyeux, crépitant presque comme un vrai feu de cheminée.
C’était comme si le vent et le feu voulaient raconter la même histoire et se disputaient la parole ; le vent avait toujours un souffle d’avance/était toujours en avance d’un souffle, mais le feu le rattrapait aussitôt.
L’un d’eux se gratta la gorge. Tous les autres tendirent l’oreille. Mais rien ne vint. Les épaules retombèrent, quelqu’un lâcha un soupir discret. Sur tous les visages des sourires fleurirent.
Ce fut le moment que choisit Ger, si peu bavard d’habitude, pour se mettre à parler.

— À Cill Rialaig, dans la baie, il y a des îles. Vous les avez vues ?
Tous hochèrent la tête.
— Difficile de ne pas les voir ! s’exclama Nell.
— Faudrait être aveugle... ajouta Ed.
— Aveugles, nous le sommes tous plus ou moins, sourit Ger.
— C’est vrai, soupira Blandine.
— Donc, reprit Ger, vous les avez vraiment vues ?
Ed s’éclaircit la voix et murmura :
— Elles sont... bizarres.
— Elles n’ont pas l’air vrai, jeta Françoise dans un rire.
— Elles font le dos rond, souffla Alain, qui avait une chatte.
— Comme des moutons, enchaîna Blandine, qui les aimait beaucoup.
Ruud redressa la tête, prit une longue inspiration et avec beaucoup de difficulté finit par déclarer :
— Elles ont l’air plus vrai que vrai...
Le silence retomba. Ger les regardait l’un après l’autre. Quand il eut fait le tour, il tisonna le feu et reprit :
— Ce ne sont pas des îles comme les autres, ça non ! Vous savez, elles n’ont pas toujours été là, ces îles...
— C’est vrai, plaisanta Françoise, on se demande d’où elles viennent, elles ne sont pas tombées du ciel, quand même !
— Je devrais peut-être vous raconter leur histoire, dit Ger. Enfin, ce que j’en connais...
Il y a très longtemps, il y avait déjà un petit village par ici. Les habitants vivaient principalement de la pêche. Ils avaient installé leurs petites maisons de pierre sur la falaise, au flanc de ce promontoire qu’ils avaient nommé Bolus Head.
La baie qui s’étendait devant Cill Rialaig était la même qu’aujourd’hui. Juste une petite différence : il n’y avait pas d’îles. La mer s’étalait sans obstacle dans l’échancrure des terres.
En ce temps-là, la baie était très poissonneuse et les pêcheurs de Cill Rialaig y faisaient de véritables pêches miraculeuses. Il y avait surtout quantité de petits poissons et de crustacés dont les habitants se régalaient.
Et comme aujourd’hui, le temps changeait toutes les cinq minutes. Le beau temps succédait à l’orage, le brouillard au ciel bleu, le soleil à la pluie, sans qu’on puisse jamais savoir quel allait être le temps suivant. C’est pour cela qu’on ne s’ennuie jamais à Cill Rialaig.
Or une nuit, il s’éleva une tempête particulièrement furieuse, forte et prolongée, au point que le vent et la mer semblaient ne plus faire qu’un, et que, claquemurés dans leurs petites maisons de pierre, les pêcheurs se demandaient si ce n’était pas pour de bon la fin du monde.
Pourtant, juste avant l’aube, l’ouragan finit par se calmer.
La lueur livide d’une aurore sans soleil émergeait à l’est des nuages amoncelés sur les collines. En sortant sur le pas de leur porte, les gens de Cill Rialaig eurent l’impression de distinguer à travers les bancs de brume qui planaient sur la baie des formes grises allongées presque au ras de l’eau.
Ces formes étranges, semblables à des masses de brume solidifiée, parsemaient la mer tout le long de la baie.
Soudain, le soleil perça fugitivement les nuages, illuminant le dos rond et gris de ces îles toutes neuves. Il y en avait peut-être une douzaine, de toutes petites et deux ou trois très grandes, et toutes faisaient le dos rond comme pour se protéger de la mer encore forte dont les vagues se brisaient sur elles en libérant des flots d’écume scintillant dans le soleil.
C’était un beau spectacle, mais s’il fascinait leurs enfants, il ne disait rien de bon aux gens de Cill Rialaig, qui avaient appris depuis longtemps à se méfier des caprices de l’océan.
Cette nouveauté les dérangeait. La plus grande des îles s’était installée presque sous leur nez, à moins de deux miles de la falaise sur laquelle se dressaient les quelques maisons du village.
Et toutes ces îles étaient là à se chauffer au soleil, sans s’occuper des villageois qui les regardaient effarés ; fumant doucement sous la chaleur revenue, elles se prélassaient comme si elles avaient été là depuis toujours.
Interloqués, les habitants se demandaient entre eux : Mais ces îles, d’où sortent-elles ? Que viennent-elles faire dans notre paysage ?
Au couchant, ils virent rougir les dos ronds des îles nouvelles, comme d’énormes braises. Et ils se dirent entre eux : Est-ce Dieu ou le diable qui nous a amené ces îles ?
Les vieux hochèrent la tête et les femmes se signèrent. Les hommes levèrent les bras au ciel, et comme personne n’y pouvait rien, tous allèrent se coucher avec le soleil.
Ils ne se le dirent pas, mais tous espéraient que le lendemain les îles, reparties d’où elles venaient, auraient disparu.
Ils rêvèrent des îles nouvelles toute la nuit, et au réveil tous espéraient les avoir rêvées.
Mais quand à l’aube ils sortirent regarder la mer, la première chose qu’ils virent, ce furent les îles. Sur leur dos rond et gris, le soleil levant et les nuages jouaient à faire de mouvantes taches jaunes.
Le lendemain du lendemain, et tous les jour qui suivirent, les îles étaient là.
Comme d’habitude, le temps n’arrêtait pas de changer ; mais quel que soit le temps, une seule chose ne changeait pas : dans les eaux de la baie, qu’elles fussent calmes ou agitées, les îles faisaient le dos rond.
Au bout de quelque temps, la curiosité des pêcheurs prit le dessus : oubliant leur méfiance, ils décidèrent d’aller voir de plus près les îles nouvelles. Après tout, il y avait peut-être quelque chose à en faire...
Ils mirent leurs curachs à l’eau et voguèrent vers la plus grande des îles, qui était aussi la plus proche.
Quand ils mirent pied à terre, ils furent surpris de découvrir que le sol était tout à fait différent de celui de la falaise sur laquelle était perché leur petit village. L’île semblait faite d’une sorte d’argile gris ardoise presque élastique qui cédait curieusement sous le pas.
ls en firent rapidement le tour. Elle était presque aussi glabre que le crâne d’un chauve et ils ne lui trouvèrent rien de bien particulier si ce n’est qu’elle semblait parfois parcourue de très discrets frémissements et qu’en collant l’oreille au sol on avait l’impression d’entendre une sorte de pulsation lointaine.
_ Ce qui confirma le plus savant d’entre eux dans l’hypothèse que les îles étaient d’origine volcanique et avaient surgi dans leur baie et donc dans leur vie à la faveur d’une malencontreuse éruption.
Comme le jour baissait, ils s’apprêtèrent à rentrer au village. Ils allaient embarquer, quand le plus audacieux d’entre eux, qui aimait à se faire remarquer et se disait qu’après tout cette île nouvelle n’était encore à personne, proposa :
— Je pourrais rester là cette nuit et continuer à l’explorer demain, nous n’avons pas encore tout vu. Qui reste avec moi ?
Comme il l’avait prévu, aucun de ses compagnons ne se porta volontaire : cette île du diable leur flanquait une sainte frousse.
Ils s’éloignèrent à force de rames, et ils frissonnaient en regardant celui d’entre eux qui n’avait jamais peur de rien les saluer ; sa silhouette, qui se profilait à contrejour sur le dos rond de l’île encore illuminé par les derniers rayons du soleil, se fondit peu à peu dans la nuit.
Le matin suivant, ils sortirent très tôt sur le pas de leur porte pour regarder l’île et son occupant solitaire. L’île était bien là, mais sur son dos rond il n’y avait plus personne.
Nul ne revit plus jamais le pauvre Mickey O’Connor, l’homme le plus intrépide du village. Et pendant longtemps, personne ne remit plus les pieds sur l’ile mystérieuse.
Puis, comme il fallait bien vivre, on tenta de mettre les îles en culture. Mais on eut beau se décarcasser, à part un peu d’herbe, rien ne parvenait à pousser, pas un arbre en tout cas, ni le moindre épi de blé.
De ce qu’on avait planté la veille, plus rien ne restait le lendemain. Tout disparaissait mystérieusement pendant la nuit.
Puisque rien n’y poussait, les villageois finirent par appeler l’île Scariff Island, en somme l’île-cicatrice, en souvenir des inutiles cicatrices qu’ils y avaient pratiquées avec leurs charrues....

Faute de mieux, on y mit les moutons, qui broutèrent consciencieusement le dos rond de l’île ; c’était très commode, parce qu’on pouvait les y laisser sans garde, puisque c’était une île...
À vrai dire, les moutons étaient moins emballés que les bergers : il n’y avait pas grand-chose à tondre sur cette île chauve. Il faut tout de même reconnaître que, les embruns aidant, leur laine était épaisse et leur chair délicieusement salée.
Mais ils avaient le mal de terre et se rassemblaient souvent sur le rivage pour regarder Cill Rialaig en bêlant lamentablement. Certains même se jetèrent à la mer et comme l’exemple était contagieux, on renonça à utiliser l’île nouvelle comme pâturage.
Puisqu’on ne pouvait rien en tirer, on la considéra donc désormais comme maudite, et toutes ses sœurs avec elle.
D’autant plus qu’il semblait y avoir de moins en moins de poissons autour des îles. Les petits poissons et les crustacés, les crevettes particulièrement, se faisaient toujours plus rares. Autrefois, rappelaient les anciens, ils en ramenaient des filets entiers à chaque sortie. Ils en prenaient encore, mais ce n’était plus pareil, ajoutaient les vieux, plus comme au bon vieux temps...
Personne n’y comprenait rien, mais tous étaient convaincus au fond d’eux-mêmes que c’était encore la faute aux îles nouvelles !
— Elles font fuir les poissons, forcément, elles prennent trop de place ! entendait-on parfois au pub.
Après un nombre variable mais respectable de pintes de Guinness, les plus gros buveurs se demandaient même si les îles n’avaient pas grossi depuis leur arrivée.
En tout cas, à mesure que diminuait le poisson, les pêcheurs quittaient Cill Rialaig, et le village se mourait.
Jusqu’au moment où il ne resta plus à Cill Rialaig qu’un jeune couple fraîchement marié ; ils pêchaient ensemble avec ardeur toute la journée, mais il y avait si peu de poisson qu’à peine attrapaient-ils de quoi manger.
Un beau jour, pour la première fois ils ne prirent rien du tout, même pas la plus petite crevette. Dans leur maisonnette le bébé, un petit garçon de deux ans qui n’avait déjà pas la langue dans sa poche, pleurait de faim.
—  Le soir venu, ils se regardèrent longuement.
—  Ce n’est plus possible ! dit le mari.
—  Il faut que quelque chose se passe ! renchérit sa femme.
Le lendemain, prenant leur courage à deux mains et le bébé sous le bras, ils mirent leur curach à l’eau, hissèrent sa petite voile et cinglèrent vers la plus grande des îles nouvelles.
Ils ne savaient pas ce qu’ils allaient faire, mais bon sang, ils allaient le faire, et tout de suite !
Ils tirèrent leur curach au sec sur le bord de l’île. Puis ils commencèrent à frapper l’île à coups de rame, à lui hurler des injures, ils la prièrent, la supplièrent à genoux, se roulèrent sur elle, essayèrent de lui jeter un sort. L’île ne broncha pas, même quand le bébé se mit à hurler sans discontinuer, poussant pendant des heures un ululement à glacer le sang. L’île ne frémit même pas. Découragée, épuisée, la petite famille finit par se taire. On coucha le bébé dans le curach, à côté duquel les parents s’affalèrent, prostrés.
À la nuit tombée, tout à coup l’île bougea. Ce fut comme si elle s’éveillait. Elle eut un frisson, puis, très lentement mais sans aucune hésitation, elle commença à s’enfoncer. L’île nouvelle s’enfonçait sous eux !
L’eau leur battait déjà les jambes.
Ils n’eurent que le temps de sauter dans leur barque, où le bébé riait aux anges.
L’île s’enfonçait dans la nuit, et elle eut bientôt disparu. L’île avait coulé !
—  On n’a jamais vu ça, une île qui coule... se dirent le parents avec horreur.
Le bébé, lui, semblait écouter quelque chose avec attention.
Ils mouillèrent une ancre flottante et restèrent dans le noir toute la nuit, attendant le jour. La lune et les étoiles étaient cachées par des nuages épais qui s’entrouvraient parfois un court instant, laissant voir, répandue sur toute la baie, une mer laiteuse et phosphorescente absolument vide d’îles...
Heureusement, le vent ne soufflait pas très fort et il ne faisait pas trop froid, mais des bruits étranges les entouraient, des remous, des clapotis, des souffles, et la barque était secouée par une houle inhabituelle, irrégulière, qui semblait venir de partout à la fois.
Le bébé, n’avait pas l’air d’avoir peur. Il était bien le seul ! Terrifiés, ses parents récitaient des prières. Au bout d’un moment l’enfant leur cria :
—  Taisez-vous, je n’entends plus rien !
Stupéfaits, ils se turent. Il ne leur avait jamais parlé comme ça. Il ne les regardait pas, et il souriait aux nuages. Il finit même par s’endormir, bercé par le léger roulis de la barque.
Au matin, juste avant le lever du soleil, ils sentirent soudain que le curach était soulevé, assez doucement, mais irrésisitiblement ; affolés, ils se penchèrent, s’agrippant au plat-bord. Sous eux et tout autour d’eux, le dos rond de l’île était en train d’émerger.
Tout à coup un puissant jet d’eau jaillit tout près d’eux, les éclaboussant et remplissant à moitié le curach.
—  Un geyser ! s’écria le pêcheur. C’est un volcan, le vieux Cormac l’avait bien dit !
—  Non, dit doucement sa femme. Non, ce n’est pas un volcan. Notre île, c’est...
—  Une baleine ! cria le petit garçon en sautant de joie. Même qu’elle est pas toute seule et que je l’ai entendue chanter avec ses copines toute la nuit !
Même que je sais pourquoi elles sont là... ajouta-t-il en se rengorgeant.
—  Et comment le sais-tu ?
—  Ben tiens, parce qu’elles me l’ont dit !
—  Alors pourquoi sont-elles là ?
—  C’est un secret.
Et il n’y eut rien à faire pour le lui faire dire.
On ne sait pas trop ce qui s’est passé ensuite entre la dernière famille de Cill Rialaig et les îles-baleines.
Ce qui est sûr, c’est que les parents eurent besoin de leur petit garçon comme interprète, car ils n’entendaient pas plus le langage des baleines que les baleines ne comprenaient le gaélique, pourtant presque aussi mélodieux, à ce qu’on m’a dit.
Le petit garçon chanta longtemps avec les îles-baleines. Puis il parla longtemps avec ses parents. Et grâce à lui, ses parents, les derniers habitants de Cill Rialaig, acceptèrent enfin la présence des îles nouvelles ; en échange, les îles-baleines promirent de partager avec les pêcheurs au lieu de prendre tout le poisson.
Ce qui est sûr aussi, c’est que les îles-baleines tinrent leur promesse car par la suite, les parents du petit garçon prirent tout le poisson dont ils avaient besoin et vécurent heureux dans leur petite maison de pierre, même s’ils n’eurent pas d’autre enfant.
De leur côté, les îles-baleines cessèrent de grossir et le petit garçon rapporta qu’elles étaient enchantées de s’être mises au régime, que c’était bon pour leur ligne et qu’elles étaient bien plus en forme qu’avant.
Quant au petit garçon lui-même, qui s’appelait Sean O’Conaill, il vécut toute sa vie à Cill Rialaig. Ceux qui l’ont entendu conter disent qu’il racontait aussi bien que les baleines chantent.
Lui disait qu’il ne faisait que raconter ce que les îles-baleines lui chantaient chaque nuit quand elles plongeaient en tirant sur leurs racines comme sur des ancres.
Ce qui est plus sûr que tout, c’est que les îles de la baie des Skelligs sont bel et bien des baleines, mais qu’on ne le dit surtout pas aux touristes, pour ne pas leur faire peur.
—  Faire peur ? À qui ? demanda Blandine.
—  Aux touristes, trancha Cormac.
—  Non. Aux baleines. Quand on a fait la paix avec une île, on ne veut plus qu’elle vous quitte... Les îles, on s’y attache.
—  Ce qu’on ne sait pas vraiment, conclut Ger, c’est pourquoi les baleines étaient venues là. Plusieurs théories s’affrontent, mais impossible de vérifier : le petit garçon n’a jamais trahi le secret, et depuis la mort de Sean O’Conaill, plus personne ne comprend le chant des baleines.

Le silence se fit ; un ange passa. Ruud pencha sa grande carcasse pour tisonner le feu, avala d’un seul trait une pinte de Guinness et dit sans regarder les autres :
—  À mon avis, c’est simple, les baleines sont arrivées dans la baie poussées par la tempête, et s’y sont tellement plu qu’elles ont décidé d’y rester, d’y prendre racine.
— Ça doit être ça, s’emballa Nell, dont les yeux brillaient. Peut-être que maintenant elles voudraient s’en aller mais qu’elles ne peuvent plus, qu’elles ont pour de bon pris racine ! Au lieu de nager, bouger dans le monde, c’est le monde qui bouge autour d’elles.
— C’est quand même moins fatigant, renchérit Ed, et son ton trahissait une certaine envie. Même pour manger, la marée leur amène le plancton à domicile...
Alain tisonna le feu à son tour et les yeux dans le vague dit très doucement :
—  Je ne crois pas que ça se soit passé tout à fait comme ça. Je ne crois pas qu’elles veuillent s’en aller. Je crois plutôt qu’elles sont venues là pour échapper aux baleiniers qui les traquaient sans pitié : c’étaient les dernières des grandes baleines, les baleines géantes, grandes comme des îles. C’est pour ça qu’elles sont encore là : elles se cachent, elles attendent que les hommes deviennent raisonnables.
— Elles peuvent attendre longtemps ! le coupa Ed, qui s’y connaissait en politique.
— Ça fait très longtemps qu’elles attendent, en effet, reprit sans se troubler Alain.
—  Si longtemps qu’elles ont pris racine, enchaîna Blandine, et qu’elles se sont peu à peu pétrifiées. Mais sous leur peau devenue pierreuse, leur cœur bat toujours.
—  Quand il n’y a pas trop de vent et que la mer est calme, ajouta Françoise, on peut l’entendre en collant son oreille sur le roc. Je l’ai fait. Je peux vous dire qu’elles ont un cœur gros comme ça, ces îles, et le cœur, je m’y connais, c’est ce qu’il y a de plus important ! continua-t-elle en partant d’un grand éclat de rire.
—  Peu à peu, reprit Ed qui suivait son idée, de la terre et un peu de végétation ont poussé sur leur dos. Ça les chatouille bien un peu, mais quel bon camouflage !
—  Mais si elles ont pris racine, pourquoi ne pousse-t-il rien dessus ? objecta Françoise.
—  Parce qu’elles veulent tout de même rester libres ; libres de leurs mouvements pour pouvoir repartir un jour... proclama Alain avec exaltation.
—  Elles plongent chaque nuit, ces baleines joueuses, avança Nell, comme ça il ne pousse jamais d’arbres et on ne peut pas bâtir.
—  Oui, approuva Ruud, c’est comme Pénélope, elles défont la nuit ce que les hommes ont fait le jour !
—  Il me semble que vous avez tout faux, déclara gravement Cormac qui jusque-là n’avait rien dit, contrairement à son habitude. À mon idée, elles sont entrées dans la baie en quête de plancton et se sont échouées à cause de leur grande taille. Dans leur soif de repartir elles passent leur temps à souffler, à faire du vent, à créer des tempêtes, d’où le temps perpétuellement changeant que nous aimons tous tant ici...
—  Eh bien, susurra Blandine avec un demi-sourire très britannique, ces baleines prisonnières, ne faudrait-il pas les aider à retrouver leur liberté ? Après tout, le beau temps...
—  Un peu plus de soleil, ça ferait chaud au cœur ! renchérit Françoise en riant de bon cœur, comme toujours.
—  Peut-être, reprit rêveusement Cormac, peut-être que l’Irlande tout entière est une immense baleine échouée au large des Îles Britanniques ; et comme elle ne part jamais, les irlandais partent à sa place, partent pour elle en somme. Ça expliquerait l’émigration. À la longue, ils en ont eu un peu marre de l’attendre...

—  Puis-je finir l’histoire, Ger ? demanda Alain, qui aimait les belles fins.
—  Bien sûr. Mais comme toutes les vraies histoires, elle n’a pas qu’une fin. Chacun s’invente la sienne...
—  Chaque jour, les îles-baleines se chauffent au soleil et se douchent sous la pluie, paresseusement posées sur la mer, échouées à quelques encablures des falaises, attendant on ne sait quel signal pour un nouveau départ, pour se réveiller et se remettre en route.
Un jour peut-être les îles-baleines partiront à la nage vers d’autres mers et d’autres cieux...
Ce jour-là, les habitants de Cill Rialaig trouveront la baie bien vide et ils se souviendront avec nostalgie du dos rond des îles-baleines.
À moins qu’ayant enfin entendu et compris leur chant ils ne soient retournés à temps sur les îles-baleines pour partir avec elles, un peu effrayés mais pleins d’enthousiasme. _ Alors, sous le soleil, la lune et les étoiles, sous le vent, les vagues et les tempêtes, ils feront pour toujours le dos rond sur le dos rond des îles-baleines...

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THE CILL RIALAIG TALES,
A RIDE ON THE WILD SIDE

THE TALE OF THE NEW ISLANDS


Translation by Deborah Robertson and Alain Sagault

There had been much wind that day.

It also had been raining at times, not very strongly, a mizzle that stroked the skin and flew away in great puffs of foam that off and on blurred the sight. Darker than usual, the clouds had taken under the wind all kinds of strange shapes through which the sun had sometimes succeeded to break, making dazzling cups of melting gold blossom on the blackened-silver sea.

There were seven in the village, each one in his cottage, each one in his work, and all of them listening to Cill Rialaig.

There they were, all seven of them, and each day they had listened to the dialogue of the wind and of the sea and of the clouds. They watched them living and they lived with them.

Their hair flew in fantastic wisps like some whimsical brushes, and they kept their eyes open sometimes till late in the night.

At Cill Rialaig, there is so much to see, so much to read in these ever-changing clouds....

On this promontory, one feels as if he is on the lookout of a boat that is always about to leave but never needs to, because brought by the winds, the world comes to it.

One is at the edge of a world, at the brink of an abyss, on the verge of an immense void ; the sky and the sea grow hollow towards the infinite and at night one falls among the stars.

This void fills one up permanently, for at the edge of infinite, the finite finds, at last, its reason for being.


That evening, they had met for dinner at Blandine’s house. They had not seen each other all day and the meal was lively. After the dessert, they sat around the little stove in which spluttered a fire of peat.

Outside, the wind had taken up again. Squalls of rain lashed against the panes. They had been eating and laughing a lot and now they were silent.

Here they were, all seven, around the peat fire. There was Ed, the Californian who painted birds on cigar boxes ; Ruud, the Dutch who offered totems to fields and meadows ; his wife Nell, who spoke little and looked much ; Blandine, an English ceramist who looked like a little bird that might have forgotten to fly ; Françoise, the French who was always so gay that she must have been very sad ; Alain, the Belgian who had reserved a big cigar which he would smoke if, by the end of his stay, he had completed a painting ; and Cormac, a ceramist from Dublin. Finally, there was the eighth, Ger, who took care of the village and spent as much time as he could fishing, so that one didn’t see much of him.

Each one had his own temper, his voice, his tics, his tricks...

They didn’t know much about each other, but they liked each other very much. That’s the way it is in Ireland.

At Cill Rialaig the party could begin.

They didn’t know it yet, but each one of them would tell a story. At times one can read stories in the fire. A peat fire doesn’t warm, but it tells. One looks at the palpitating embers, and in the embers the story writes itself and sings itself in the flames.

In turn, between the fire, the wind and the rain, each one would tell a story.

In the meantime, they were silent. This made place for the wind that seemed to blow even stronger and to enter the room, suddenly making the candles tremble, and this made place for the fire, that rose suddenly clearer and gayer, almost crackling like a real blaze.

It was as if the wind and the fire wanted to tell the same story and were quarrelling to know who would speak ; the wind would be ahead by a whisper, but the fire would catch up at once.

One of those around the fire scratched his throat. The others pricked up their ears. But nothing came. Their shoulders fell back ; someone let out a discreet sigh. On all faces smiles blossomed.

It was the moment Ger, so reticent usually, chose to start talking.

“At Cill Rialaig, in the bay, there are islands. Have you seen them ?”

All nodded.

“Difficult not to see them !” exclaimed Nell.

“You would have to be blind....” added Ed.

“Blind, that’s what all of us are, more or less,” smiled Ger.

“That’s right,” sighed Blandine.

“So,” resumed Ger, “you really saw them ?”

Ed cleared his throat and whispered, “They are.... queer.”

“They don’t look true,” laughed Françoise.

“They arch their backs like cats,” breathed Alain, who had one.

“Like sheep,” followed Blandine, who was very fond of them.

Ruud looked up, taking a long moment for reflection, and with much difficulty ended by declaring, “They look truer than true....”

The silence fell again. Ger looked at them one after another. When he had done, he poked the fire and resumed, “They ain’t islands like the others, no sir ! You know, they haven’t been there forever, them islands....”

“It’s true,” joked Françoise. “They didn’t fall from the sky. Anyway, one wonders where they came from.”

“Perhaps I should tell you their story,” said Ger. “I mean, what I know of it....

“Long, long ago, there was already a little village hereabout. The people lived mainly on fishing. They had installed their little stone cottages on the cliff, at the flank of the cape they had named Bolus Head.

“The bay that spread before Cill Rialaig was the same as today. Just one little difference : there were no islands. The unimpeded waters stretched easily into the bay.

“In those days, the sea was full of fish, and the fishermen of Cill Rialaig caught miraculous draughts of fishes. There were, above all, many small fish and shellfish on which they feasted.

“And, just as today, the weather would change every five minutes.

“Fine weather followed after storms, mist after blue sky, sun after rain, without any possibility of predicting what would come next. That’s why you never get bored at Cill Rialaig.

“Now, one night a particularly fierce, prolonged storm arose, so much so that wind and sea seemed to be one and the same. And, locked in their little stone cottages, the fishermen wondered whether it was not really the end of the world.

“Still, just before dawn, the storm seemed to calm itself.

“The ghastly gleam of a sunless dawn emerged from the clouds piled up above the eastern hills.

“On coming out onto their doorsteps, the people of Cill Rialaig fancied they perceived, through the banks of mist that hovered on the bay, grey shapes stretched flush with the water. These strange shapes, like masses of solidified mist, dotted the sea all along the bay.

“Suddenly, the sun broke like a fugitive through the clouds, illuminating the round and grey backs of these brand new islands. They were maybe a dozen, some tiny and two or three very big, and all were arching up their backs as if to protect themselves from the still heavy sea, whose waves broke on them, releasing foaming floods that sparkled under the sun.

“It was a beautiful sight, but if it fascinated their children, the people of Cill Rialaig, who had learned for quite a while to distrust the whims of the ocean, didn’t like the looks of them.

“This novelty disturbed them. The largest of the islands had settled almost right under their noses, less than two miles from the cliff on which stood the few cottages of the village.

“And all these islands were there, warming themselves up in the sun without showing any attention to the villagers who stared, startled, at them. They were taking their ease, steaming gently, as if they had been there forever.

“Abashed, the inhabitants wondered between themselves : ‘But these islands, where do they come from ? What are they doing in the middle of our view ?’

“At sunset, they saw the round backs of the new islands redden, like huge embers. And they asked each other : ‘Is it God or the devil that has brought us these islands ?’

“Old people nodded ; women crossed themselves. The men raised their arms to the sky, and, as nothing could be done, everybody went to bed with the sun.

“They didn’t say it, but all of them hoped that the next morning the islands, having left for the place from which they had come, would be gone.

“They dreamt of them all night, and on waking, everybody hoped the new islands had really all been a dream....

“But when at dawn they went out to look at the sea, the islands were the very first thing they saw. On their grey and round backs, the rising sun and the clouds played to paint moving yellow spots.

“And, the next day and the next day, and all the days that followed, the islands were there.

“As usual, the weather didn’t stop to change ; but whatever the weather, one thing didn’t change : whether the waters of the bay were still or agitated, the islands would arch their backs all the same.

“After some time, the fishermen’s curiosities prevailed. Forgetting their mistrust, they decided to go and examine closely the new isles. After all, there might be something they could do with them....

“They launched their curachs and sailed towards the biggest island, which was also the nearest. When they landed, they were surprised to discover that the ground was quite different from the ground on the cliff on which perched their little village. The isle seemed to be made from a kind of slate-grey clay, almost elastic, that yielded oddly under their steps.

“They walked round it quickly. It was almost as bare as a bald man’s head, but they found nothing really special, except that it seemed at times a very subdued quivering went through it. And, when they pressed their ears to the ground, they had the feeling they heard a sort of remote pulsation, which confirmed to the most erudite of them the hypothesis that the islands were of volcanic origin and had appeared in their bay and therefore in their lives thanks to an unfortunate eruption.

“As the sun was sinking, they prepared to return to the village. They were about to embark when the most daring of them proposed : ‘I shall stay here tonight, and continue to explore it tomorrow. We have not seen everything yet.... Who will stay with me ?

“As he could have predicted, none of his mates stood as a volunteer ; this devilish island threw them into a damnable fear.

“They hurried away with all oars, and they shuddered as they saw the one of them who feared nothing wave them goodbye. His silhouette, which was outlined against the round back of the island still illuminated by the last sunbeams, blended little by little into the upcoming night.

“The next morning, they went out very early on their doorsteps to watch the isle and its lonely occupant. The island was indeed there, but on its round back there was no one.

“They never saw poor Mickey O’Connor again, the most dauntless man in the village. And for a long time, nobody set foot on the mysterious islands.

“But then, because in the final account one has to make a living, they decided to attempt to cultivate the islands, especially the largest one.

“But in spite of them slaving at work, except for some grass, nothing would grow, not a tree, nor the least ear of corn.

“And, of what had been planted the day before, nothing was left of it the next morning. Everything mysteriously disappeared during the night.

“Since nothing grew on the big island, the countrymen ended by calling it Scariff Island, from the useless scars they had practiced on it with their ploughs....

“For lack of something better, they put the sheep on it, and the sheep dutifully grazed on the round back of the island. This arrangement was very convenient, because one could leave them unwatched, since it was an island....

“But, as a matter of fact, the sheep were less enthusiastic than the shepherds : there was not much to graze on that bare island.

“It must be admitted that, thanks to the sea spray, their wool was unusually thick and their flesh deliciously salted.

“But they were land-sick and would gather often on the shore to look at Cill Rialaig, bleating lamentably. Some jumped even in the sea, and as the example was contagious, the shepherds renounced using the new island as a pastureland.

“Since there was nothing to draw from it, the isle was from now on considered as curse, and all its sisters with it.

“And more and more, there seemed to be fewer and fewer fish around the islands. The little ones and the shellfishes, especially shrimp, became rarer and rarer. Formerly, recalled the old people, they would bring back full nets each time they went fishing. But now, though they still took some fish, it wasn’t the same, added the ancients, as in good old days....

“Nobody understood what was happening, but they were all deeply convinced that it was the fault of the new islands !

“‘They make the fish run away, inevitably, they take too much room....’ could sometimes be heard at the pub.

“And after a variable but always respectable number of pints of beer, the best drunkards even wondered whether the islands had not gotten larger since their arrival.

“In any case, as the fish grew fewer and fewer, the fishermen left Cill Rialaig and the village was dying.

“Until the time when there remained only at Cill Rialaig a young couple newly married. They fished fervently all day together, but there were so few fish that they hardly caught enough to eat.

“One day, for the first time they caught nothing at all, not event the tiniest shrimp. In their little cottage, a little boy, two-years-old, who had already plenty to say for himself, cried with hunger.

“That evening, they looked at each other for a long time.

“‘It’s not possible to live here anymore,’ said the husband.

“‘Something has got to happen !’ his wife declared.

“The next morning, taking their courage in both hands and their baby in both arms, they set sail in their little currach and steered towards the biggest of the new islands.

“They didn’t know what they were going to do, but they were sure they were going to do it, and right now !

“They drew the currach aground, high and dry. Then, as if it were a person, they began to hit the isle with their oars. They abused it, yelling like mad, and they prayed to it, imploring, falling to their knees. They rolled on it and even tried to cast a spell on it.

“The island didn’t budge. Even when the baby started roaring non-stop, issuing for hours a terrifying howl, the island didn’t even shudder. Discouraged, exhausted, the little family ended by being utterly silent. The baby was put to bed in the currach, to the side of which his parents fell, prostrate.

“Just after dark, suddenly the isle moved. It was as if it had awakened. It gave a shiver, then, very slowly but without any hesitation, it began to lower itself into the bay. Scariff Island was sinking under them !

“Leaping to their feet, they found that already the water was splashing round their legs. They had just enough time to jump in their boat, where the baby was wearing a beatific smile.

“The island sank into the night, and it soon disappeared. It had completely sunk !

“‘This has never been seen before,’ said the parents, horrified. ‘A sinking island !’ On his side, the baby seemed to be listening carefully to something.

“So they cast a deep-sea anchor and stayed in the dark all night, waiting for daylight. The moon and the stars were hidden by thick clouds which half-opened off and on, revealing, spread over the whole bay, a milky and phosphorescent sea, with absolutely nothing in sight....

“Fortunately, the wind didn’t blow too strongly, and it was not too cold ; but strange noises surrounded them – eddies, splashes, puffs – and the currach was shaken by an unusual, irregular swell that seemed to come from everywhere at the same time.

“The baby didn’t look as if he was afraid, unlike his parents, who, terrified, mumbled prayers. After a while the boy shouted at them : ‘Be quiet ! I can’t hear anything !’

“Amazed, they became silent. Never had he talked to them that way. He didn’t even look at them, but kept wearing his beatific smile. And then he went to sleep, lulled by the light roll of the boat.

“In the morning, just before sunrise, they were suddenly conscious of the currach being raised, sweetly enough, but irresistibly. The boat tipped, and panicked, they leaned with it, clutching to the gunwale. Under them and all around them, the round back of the island was emerging.

“All of a sudden a powerful jet of water gushed quite near them, splashing them and half-filling the boat.

“‘A geyser !’ shouted the fisherman. ‘It’s a volcano ! Old Cormac had told it all right !’

“‘No,’ replied softly his wife. ‘It’s not a volcano. This isle of ours, it’s a –’

“‘A whale !’ shouted the little boy, jumping with joy. And she isn’t alone ! I heard her sing all night with her mates ! And I know why they are here,’ he added swaggeringly.

“‘And how do you know ?’

“‘Well, because they told me !’

“‘So then, why are they here ?’

“‘It’s a secret.’

“And there was nothing they could do to make him tell it.

“Nobody knows exactly what happened afterwards, but one thing was certain : the parents needed their little boy as an interpreter, for they were as dumb to the language of the whales as the whales were to the Gaelic – which is as melodious, from what I’ve been told.

“The little boy sang for a long while with the whaleislands. Then he spoke a long time with his parents. Thanks to him, his parents, the last inhabitants of Cill Rialaig, finally accepted the presence of the new islands. In return, the whaleislands promised to share with them instead of taking all the fish for themselves.

“Another thing is known for certain : The whaleislands kept their promise, for later on, the little boy’s parents caught all the fish they needed and lived happily in their little stone cottage, even though they had no other children.

“For their part, the whaleislands ceased to grow, and the little boy reported that they were delighted to have kept to their diet, that it was good for their figures, and that they were in much better shape than before.

“As for the little boy himself, whose name was Sean O’Conaill, he spent his whole life at Cill Rialaig. Those who were happy enough to hear him tell say he told stories as well as the whales could sing.

“He said he was just telling what the whaleislands sang to him each night when they plunged, their voices distant but clear to his ears.

“The most certain thing of all is that the islands of Ballinskelligs are truly whales, but that the tourists are never told, so as not to frighten them.”

“Frighten ? Who ?” asked Blandine.

“The tourists,” spoke out Cormac.

“No. The whales,” Ger corrected. “When one has made peace with an island, one doesn’t want it to leave anymore.... Islands, you become attached to them. What nobody really knows is why the whales had come. Several theories are in competition, but there’s no way to check. Sean O’Conaill never betrayed the secret, and since his death, nobody understands the whales’ songs anymore.”

A long silence followed ; an angel passed. Ruud leaned his great carcass to stir the fire, swallowed at one gulp a pint of beer and said without looking at the others : “To my mind, it’s simple. The whales arrived in the bay pushed by a storm and enjoyed it so much that they decided to stay, and to take root there.”

“That must be it !” cried with enthusiasm Nell, whose eyes were shining. “Maybe now they would like to go away but they can’t anymore ; they’ve really taken root ! Instead of swimming and moving in the world, it is the world that moves around them.”

“It’s less tiring anyway,” outbade Ed, and his tone betrayed a certain envy. “Even to eat, for the tide brings them plankton at home....”

Alain poked the fire in his turn and gazing into emptiness said very softly : “I don’t think it happened exactly that way. I don’t think they wish to go. I rather think they came here to escape the whalers who hunted them ruthlessly. They were the last of the great whales, as big as islands. That’s why they are still here. They hide, waiting for man to become reasonable.”

“They’re gonna wait long !” cut short Ed, who was a good judge of politics.

“It’s indeed quite a time they’ve been waiting,” confirmed Alain, unruffled.

“So long that they took root,” pursued Blandine, “and have slowly petrified. But under their skins turned into stone, their hearts still beat.”

“When there’s not too much wind and the sea is quiet,” added Françoise, “you can hear them beat by sticking your ear to the rock. I’ve done it. I can tell you those islands are really greathearted, and, mind you, I know a lot about hearts, which, in life, is the most important thing !” she concluded, laughing heartily.

“Bit by bit,” resumed Ed, following his idea, “some soil and vegetation have grown on their backs. Of course it tickles them a little, but what a good camouflage !”

“But if they took root, why don’t they grow ?” objected Françoise.

“Because they want to remain free all the same, free of their movements, to be able to go off again some day !” proclaimed Alain with exaltation.

“They dive each night, these playing whales,” put forward Nell, “so no tree can grow and no one can build on them.”

“Yes,” approved Ruud, “it is like Penelope ; they destroy at night what men have made during the day !”

“It seems to me that you are utterly wrong,” stated gravely Cormac, who had said almost nothing so far, contrary to his usual custom. “In my opinion, they entered the bay in quest of plankton and they ran aground on the shallows because of their size. As they thirst to go off, they spend their time blowing, making wind, creating storms, hence the ever-changing weather that all of us appreciate so much here....”

“Now then,” murmured Blandine with a very British half-smile, “these captive whales, shouldn’t we help them to find again their freedom ? After all, fine weather....”

“A little more sun, it would sure hearten us !” suggested Françoise, laughing heartily, as usual.

“Maybe,” resumed dreamily Cormac, “maybe the whole of Ireland is an immense whale beached off the British Islands ; and as it never leaves, the Irish leave in its place, leave for it, in short. That would explain emigration. In the long run, they‘ve become sick of waiting for it ....”

“May I finish the story, Ger ?” asked Alain, who loved beautiful endings.

“Of course. Like every true story, it has not only one ending. Each one invents his own....”

“Here’s mine. Every day, the whaleislands warm themselves in the sun and take showers under the rain, lazily posing on the sea, beached by some cables off the cliff, waiting for some signal or other to wake up and take a new start.

“Some day maybe the whaleislands will swim towards other seas and new skies....

“On that day, the people of Cill Rialaig will think the bay very empty, and they will remember with nostalgia the round and grey backs of the whaleislands.

“Unless, having heard and understood at last their singing, they go off with them, a little scared but full of hope.

“Then, under the sun, the moon and the stars, under the wind, the waves and the storms, they’ll be arching their backs forever on the round backs of the whaleislands....”

© Sagault 2006
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