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La légende des iles nouvelles - L’escalier du diable - Pourquoi les moutons bêlent -
Pourquoi les moutons bêlent
  Sommaire  

 En français

LES CONTES DE CILL RIALAIG

A ride on the wild side

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POURQUOI LES MOUTONS BÊLENT

—  Je crois que c’est mon tour, déclara Blandine, et ses joues rosirent. Elle prit une grande inspiration pour vaincre sa retenue toute britannique et déclara d’une voix fluette mais ferme :
—  Je me suis toujours demandé pourquoi les moutons bêlaient. Pour m’endormir, l’autre soir, je les comptais comme d’habitude, je veux dire les moutons, et le dernier, celui que j’avais sculpté l’après-midi et qui m’avait donné tant de mal, qui avait l’air de se moquer de moi, celui-là s’est arrêté devant moi, m’a regardé bien en face, et m’a « racontebêlé » la légende que se transmettent les moutons et qui raconte l’histoire du premier bêlement.
C’est une histoire incroyable, ce qui prouve qu’elle est vraie.
Au commencement de tout, les moutons ne bêlaient pas du tout.
Ils parlaient, comme vous et moi.
—  Là , franchement, tu exagères, Blandine, lança Cormac.
—  Au contraire ! Ils parlaient même mieux que nous, parce qu’ils ne parlaient pas sans savoir !
—  Et toc ! gloussa Nell.
—  Bêêêlandine a toujours raison ! conclut Françoise.

—  Donc, reprit patiemment Blandine, à l’époque les moutons parlaient comme vous et moi.
C’est ici, à Cill Rialaig, qu’ils ont commencé à bêler. Et tout ça à cause de l’amour, comme toujours ! Eh oui, même chez les moutons, c’est l’amour qui mène le monde.
C’était il y a très longtemps, du temps où les moutons ne suivaient pas encore les hommes. Et pour cause : des hommes, il n’y en avait pas encore ! Pas par ici, en tout cas.
Comme il y avait beaucoup d’herbe, il y avait des moutons partout. Ils étaient très occupés à brouter, mais de temps en temps, pour se reposer, ils taillaient une petite bavette, et ils parlaient entre eux de la pluie et du beau temps.
Les vieux surtout aimaient parler du temps qu’il faisait.
Ça agaçait un peu les jeunes, qui déclaraient à qui voulait les entendre que les adultes parlaient pour ne rien dire. Eux les jeunes bavardaient entre eux de sujets autrement intéressants : tout en broutant avec ardeur, les agnelles parlaient des agneaux, et les agneaux parlaient des agnelles, chacun de son côté...
Les vieux leur disaient que ça ne se fait pas de parler la bouche pleine mais les jeunes étaient bien trop occupés à parlebrouter pour les entendre ou même les écouter.
Il y en avait un pourtant, presque un adulte, qui ne disait rien, sans doute parce qu’il broutait pratiquement sans arrêt.
C’était un gros mouton. Il était bien gras, plein d’énergie, avec une toison énorme, épaisse comme un matelas, et une laine si blanche et si douce qu’on aurait cru une publicité...
Il avait une telle carrure et mangeait tellement d’herbe qu’il se sentait fort comme un lion, ce qui est tout de même assez rare chez les moutons.
À vrai dire, il débordait tellement d’énergie qu’il finissait par se sentir mal dans sa peau. Comme il l’avait vu faire à ses petits camarades et qu’il n’était pas mouton pour rien, il se mit à regarder de plus près les brebis qui paissaient autour de lui, et même celles qui ne faisaient que passer.
Il les examina toutes avec soin, mais aucune ne lui convenait, il les connaissait trop bien. Même les plus jolies et les plus coquettes ne lui disaient rien : elles étaient trop bavardes. Il essaya de les écouter mais il sentait bien qu’il n’avait rien à leur dire...
Ça le rendait neurasthénique, toute cette énergie inemployée ; il devenait grognon et se tenait de plus en plus à l’écart.
Il allait de plus en plus souvent au bord de la falaise pour regarder la mer, et se disait :
—  Si seulement je savais nager, je partirais vers les îles pour y trouver la brebis de mes rêves. Je suis sûr qu’ailleurs l’herbe est plus verte !
Et les mouettes, qui avaient leur petite idée, ne le détrompaient pas, lui criant d’en haut :
—  Ne te décourage pas ! Des brebis, on en a vu de belles, nous autres ! Tiens, rien que sur l’île d’à côté...
Mais il avait beau interroger jour et nuit terre et ciel, aucune brebis n’apparaissait, et les seuls moutons en vue étaient ceux qui couraient sur les vagues de la baie les jours de grand vent...
Même s’il savait que leur toison d’écume et sa laine floconneuse n’avaient rien en commun, il enviait leur liberté et se prenait à vouloir sauter dans la mer pour les rejoindre et jouer avec eux.
Chaque jour davantage, le mouton se désolait. Un matin, il se dit :
—  Ce n’est plus possible ! Je vais me jeter à l’eau.
Très intéressées, les mouettes vinrent aussitôt l’entourer et l’encourager à sauter...
Il s’apprêtait à sauter de la falaise dans la mer quand, jetant un dernier regard sur ce monde cruel, il aperçut, loin au large, sur l’île d’en face qu’il avait en vain explorée du regard depuis des mois, une brebis ! De si loin, il n’aurait pas dû la voir, mais l’amour n’a pas besoin de lunettes et notre mouton avait un œil d’aigle !
De plus, ce n’était pas n’importe quelle brebis, mais une brebis comme on n’en fait plus, dodue et laineuse à souhait, les naseaux noirs et frémissants, le sabot agile et pointu et la queue frétillante, une brebis d’une blancheur si éclatante que même à distance il en était aveuglé.
Ce fut le coup de foudre. Le mouton décida aussitôt d’aller la rejoindre et s’avançant le plus possible sur la falaise, il se mit à l’appeler.
Hélas, sa voix était bien trop faible et pour tout arranger la brebis ne parlait pas le gaélique mais l’anglais, car c’était une brebis normande. Elle n’entendait pas un traître mot de ce que disait ce beau bélier, mais l’amour a l’oreille fine et elle comprit tout de suite de quoi il était question. Elle comprit d’autant mieux que même vu de loin ce mouton correspondait à son idéal, qu’elle avait de son côté cherché en vain dans toute l’île.
Sans hésiter elle courut à la plage pour se rapprocher de lui, mais dut s’arrêter quand les vagues commencèrent à lui lécher les sabots. Comme elle n’aimait pas l’eau, surtout l’eau salée qui collait sa toison de façon inélégante, elle se réfugia aussitôt sur une grande pierre plate.
De son côté, le mouton avait trouvé une autre grande pierre plate (elle est toujours là, d’ailleurs, vous pouvez vérifier) qui s’allongeait en surplomb au-dessus de la falaise et qui lui permettait de gagner au moins deux mètres en direction de sa dulcinée. Perché sur ses sabots à l’extrémité de ce plateau pointu et étroit qui le portait au-dessus du vide, il se tendait vers elle au risque de tomber à l’eau et l’appelait de toutes ses forces.
Il ne savait quoi faire pour la rejoindre. C’en était trop ! Il avait enfin trouvé sa brebis et voilà qu’ils étaient aussi séparés que s’ils ne s’étaient jamais vus !
Il essayait de lui crier sa flamme, mais il était si ému qu’il se mit à hoqueter et à bredouiller, et pour finir à bégayer, oui, à bééééégayer !
—  Bêêêêêêê ! Beh ! Bébêêêê ! se lamentait-il.
De son côté, la brebis n’était pas en reste : n’arrivant pas à comprendre ce qu’il disait, elle répétait :
—  Bêêêêêêê ? Beh ? Bébêêêê ?
Au bout d’un moment, n’y tenant plus, elle se mit à crier aussi fort que possible :
—  Venez !
Il voulut lui dire :
—  Mais comment faire ?
Et comme il était enrhumé à force de rester planté sur la falaise par tous les temps, il chevrota :
—  Bais... Bais, bais...
Et elle reprit fidèlement :
—  Bais ? Bais, bais ?
Effondré, le mouton commença à pleurer ; c’était pire qu’avant, il avait trouvé sa dulcinée mais il en était séparé pour toujours. Et ils n’arrivaient même pas à communiquer !
—  Bêêêêêêê ! Bêêêêêêê ! sanglotait-il sans arrêt, malheureux comme les pierres.
Et voilà que justement la pierre sous lui commence à s’allonger, et s’allonge de plus en plus, à mesure qu’il bêle. Elle s’allonge vers l’île, elle le rapproche de l’élue de son cœur. Sur l’île en face la brebis bêle et s’époumone, et sous elle aussi une pierre s’allonge.
Notre mouton fut à la fois si surpris et si joyeux de ce rapprochement inattendu qu’il s’arrêta tout net de bêler.
Aussitôt la pierre recula et reprit sa place. Revenu à son point de départ, l’amoureux bélier, désespéré, se remit à pleurer et à bêêêêgayer :
—  C’est braiment bas de jance !
À peine notre bélier avait-il recommencé à bêler que la pierre s’allongeait à nouveau. _ Tout heureux, le mouton se tut. La pierre à l’instant recula. Et ainsi de suite pendant une éternité, jusqu’à ce que notre mouton se dise :
—  Si je bêle assez longtemps et assez fort, peut-être que cette pierre magique s’allongera jusqu’à l’île et me fera un pont pour rejoindre ma bien-aimée !
À la vérité, elle n’avait rien de magique, cette pierre ; simplement, elle ne supportait pas ce nouveau bruit incroyable, elle ne supportait pas les bêlements enamourés du trop sentimental mouton ! Et elle faisait de son mieux pour les fuir...
D’entendre ce moutons bêler, à force ça la faisait devenir chèvre !
De son côté, sa belle avait compris ce qui se passait, et les voilà tous deux bêlant à qui mieux mieux, et les pierres sous eux n’en finissent plus de s’allonger comme le nez de Pinocchio ; nos deux amoureux transis volent l’un vers l’autre et les pierres se rejoignent au milieu de la baie, et ils sont là au milieu de ce nouveau pont, face à face, ils se touchent presque, l’émotion les submerge, ils n’arrivent plus à bêler, alors ils s’embrassent.
Et le pont recule aussitôt et ils s’embrassent dans le vide et quand à bout de souffle ils arrêtent de s’embrasser ils tombent comme des pierres dans la mer, des pierres blanches, des pierres qui bêlent.
À cette vue, tous les autres moutons, ceux de la falaise comme ceux de l’île, se mirent à bêler d’horreur, un bêlement si puissant et si prolongé que les pierres se rejoignirent en tentant de le fuir, recréant le pont que nos tourtereaux...
—  Ce sont des moutons ou des tourtereaux ? Faudrait savoir ! interrompit Ruud, qui s’y perdait un peu dans tout ce zoo.
—  Que nos tourtereaux rejoignirent aussitôt, reprit Blandine sans même daigner répondre, et sur lequel ils reprirent pied en bêlant sans discontinuer.
ls avaient eu si peur et ils avaient si bien compris à quel point le bêlement est supérieur à la parole, puisqu’il remue même les pierres, qu’ils n’eurent pas besoin de se consulter pour décider qu’à partir de maintenant et pour toujours, ils bêleraient sans interruption.
Par solidarité, en moutons conséquents, tous leurs congénères décidèrent de les imiter et y parvinrent d’autant mieux que le bêlement est contagieux, au point que bien des hommes en sont venus à l’adopter.
C’est depuis ce temps-là que les moutons bêlent.
Et comme toujours, c’est la faute à l’amour.
—  Elle est un peu tirée par les cheveux, ton histoire, non ? insinua Cormac.
—  Pas par les cheveux, par la toison ! rétorqua Blandine. Pourtant c’est vrai ! Le fait est que les pierres ne supportent absolument pas d’entendre les moutons bêler. C’est pourquoi elles sortent de partout là où il y a des moutons.
—  Si je comprends bien, pensa tout haut Ed, ce ne sont pas les pierres qui attirent les moutons, ce sont les moutons qui font sortir les pierres.
—  Oui. Elles essayent de se sauver. Mais ça leur prend du temps.
—  C’est pour ça qu’on met des moutons partout où il y a beaucoup de cailloux. À force de bêler ils les font fuir, expliqua Françoise.
—  Et, renchérit Alain, les moutons bêlent d’autant plus fort et plus souvent qu’ils s’en sont aperçus : quand ils bêlent, ça fait fuir les pierres, et ils ont donc plus d’herbe à manger.
—  Les hommes aussi s’en sont aperçus, ajouta Blandine, et ils mènent leurs troupeaux à la montagne, en espérant que les montagnes s’aplatiront pour ne pas entendre le bêlement des moutons.
—  Mais les montagnes sont un peu dures d’oreille, il faut du temps pour que ça rentre, compléta Ruud.
—  La preuve, conclut triomphalement Cormac, comme il y a depuis très longtemps des moutons en Irlande, les montagnes se sont arrondies, elles sont devenues de douces collines...
—  Vous êtes sérieux ou quoi ? s’inquiéta Ger.
Ils s’arrêtèrent, interdits. Se regardèrent. Et puis Nell parla :
—  Écoute, c’est cohérent, non ?

 In inglish

WHY SHEEP SAY “BAA”

Translated by Deborah Robertson

“I believe it is my turn,” proclaimed Blandine after a while, and her cheeks turned pink.

She inhaled deeply to overcome of her oh-so-British restraint, and declared in a voice thin but firm, “I have always asked myself why sheep say ‘baa.’ To fall asleep, the other evening, I counted them, as usual – I mean the sheep – and the last one, the one that I had sculpted that afternoon and that had given me so much trouble and that had seemed to mock me.... This one stopped right in front of me, looked at me straight in the eye and bleated out this tale, the legend that has been handed down from sheep to sheep to sheep and that tells the story of the first baa. It is an unbelievable story, which proves that it is true.

“In the beginning, sheep didn’t baa at all. They spoke, like you and me.”

“Hold on there ! You’re exaggerating, Blandine,” accused Cormac.

“On the contrary ! They spoke even better than we do – because they didn’t talk without knowing what they were talking about !”

“See !” clucked Nell.

“Baa-a-a-landine is always right !” concluded Françoise.

“So,” Blandine resumed patiently, “at that time sheep spoke like you and me. It was here, at Cill Rialaig, that they began to say baa. And all because of love, like always. Even in the world of sheep, love leads the way.

“It was very long ago, the time when sheep were not yet following men. And for good reason : Men ? There weren’t any yet. Not here, in any case.

“Because there was a lot of grass, there were sheep everywhere. They were very busy grazing, but, from time to time, to rest, they would chat, talking amongst themselves about the rain and the sunny weather.

“The old sheep, especially, loved to talk about the weather.

“This annoyed the young sheep, who declared to whoever could hear them that the old sheep had nothing worthwhile to say. But they, the young ones, chatted about subjects that, of course, were interesting, the girl lambs talking about the boy lambs, the boy lambs talking about the girl lambs – the ewes on one side, the rams on the other – and all while continuing to graze fervently.

“The old sheep told them not to talk with their mouths full, but the young sheep were too busy talking and grazing to hear them or even to listen.

“There was, among them, though, one who was nearly an adult, saying nothing – without a doubt because he was eating practically all the time.

“He was a large sheep. He was really fat, full of energy, with fleece as thick as a mattress, and with wool so white and so soft one could have believed he had just popped straight out of a commercial.

“He was well-built, and he had eaten so much grass that he felt as strong as a lion, which is, anyway, quite rare in the world of sheep.

“To tell the truth, he was brimming over with so much energy that he really didn’t feel very well. So, as he had seen his lamb-mates do, and since he indeed was a sheep, he placed himself in a prime position to get a good look at all the girl sheep that passed by him – and even by those who were only passing by.

“He examined each with care, but none suited him : He knew them too well. Even the prettiest and the most flirtatious said nothing to him : they were too talkative. He tried to listen to them but it really seemed that he had nothing to say.

“This made him depressed : all this useless energy. He was becoming grumpy and cranky, and he began to distance himself from the others, pushing himself more and more off to the side.

“He would go more and more often to the edge of a cliff to look at the sea, saying to himself, ‘If only I could swim, I would go to the islands to find the ewe of my dreams. I am sure that over there the grass is greener.’

“And the seagulls, who had their own ideas, didn’t dissuade him, crying shrilly in their way, ‘Don’t be discouraged ! We have seen them – we ourselves – and they are beautiful ! Well, just on this island nearby...’

“He went crazy, searching day and night the earth and the sky, but not one ewe appeared, and the only sheep he saw were those that surfed on the waves in the bay on the windy days. Even if he knew that their fleece of foam and his fleecy wool had nothing in common, he envied their liberty and began to find himself wanting to jump into the sea and catch up with them and play with them.

“Each day that passed, the sheep grieved more and more. One day, he said to himself, ‘This can’t go on. I’m just going to go for it, I’ll throw myself into the water.’

“Very interested, the seagulls immediately surrounded him, encouraging him to jump....

“He was just about to jump off the cliff into the sea, when, giving one last look at this cruel world, he saw, far across the water, on the island that he in vain had searched for months. A ewe. Being so far, he couldn’t really see her, but love does not need glasses, and our sheep had the eyes of an eagle.

“Even more, this was not just any ewe, but a ewe like no other, plump and woolly – as one would wish, nostrils black and quivering, hoofs agile and pointed, and tail wriggling.... A ewe with a whiteness so dazzling that even at a distance it was blinding.

“Our sheep was hit with a bolt of lightning ; it was love at first sight, deciding immediately that he must join her. Advancing as close as possible to the edge of the cliff, he began to call to her.

“Alas ! His voice was really too weak to get her attention, and to make matters worse, she didn’t speak Gaelic, but only English, as she was born in Oxford. She didn’t understand a single word that our handsome ram said, but love makes the ear fine and she caught immediately what he was trying to say. And she understood all the better, that even seen from afar, our sheep was her ideal, the one for whom she had searched in vain all over her island.

“Without hesitating, she ran down to the beach to get nearer to him, but had to stop when the waves began to lap at her hoofs. As she had never liked water, especially salt water that made her fleece look in a way rather inelegant, she immediately sought refuge on a large flat rock.

“On his side, our sheep had found, as well, a large flat rock (moreover, it is still there, as proof) that lengthened into an overhang above the cliff and that permitted him to gain at least two meters in the direction of his lady-love. Perched on his hoofs at the very end of this pointed plateau, this narrow ledge carried him above the emptiness, and he, in stretching to reach her, calling her with all his might, risked falling down, down, down into the water below, and had to call upon all his strength to stop himself.

“He did not know how he would ever get to her. It was too much ! He had finally found the ewe of his dreams and here they were, as apart as if they had never seen each other !

“He tried to cry to her his love, but he was so overcome with emotion that he could only hiccup and splutter, and finished by blubbering and blabbering, yes, and b-b-b-laa-a-a-bbering.

“‘Baa-a-a ! Baa-a-a ! Baa-a-a !’ he moaned.

“On her side, the ewe was not to be outdone, but not having understood what he was trying to say, she repeated, ‘Baa-a-a ? Baa-a-a ? Baa-a-a ?’

“At the end, holding back no longer, she cried as loud as possible : ‘Come here !’

“He wanted to say to her, ‘Impossible !’ but because he had caught a bit of a cold by standing on the edge of the cliff in all kinds of weather, he bleated, ‘Ibaa-a-asible.... Baa, baa...’

“ ‘And she repeated faithfully, ‘Ibaa-a-asible Baa, baa ?’

“Collapsing, our sheep broke down in tears ; it was worse than before. He had found his lady-love, but they were separated forever and they couldn’t even communicate with each other.

“‘Baa ! Baa !’ he sobbed without stopping, as miserable as the rocks.

“And just then, the rock on which he stood began to lengthen and lengthen and lengthen, in exact proportion to the rhythm of his voice. It stretched toward the island, moving closer and closer to the one he loved. And, on the island across from him, the ewe, too, baa-ed and baa-ed, shouting herself hoarse, and the rock on which she stood also began to lengthen and lengthen.

“Our sheep was struck so dumb with surprise and joy at this unexpected happening, this unexpected new closeness, that he stopped completely to baa.

“Immediately the rock shrank back into its original position. Seeing what had happened, our love-struck ram, in total despair, began again to cry and to b-laa-a-a-bber. It was truly ba-a-a-ad luck !

“Our sheep had hardly begun to bleat once more when the rock began to lengthen as well. Totally overcome with joy, our sheep went quiet. The rock recoiled.

“And that’s how it went for what seemed like an eternity and so forth and so on until our sheep finally said to himself, ‘If I baa long enough and loud enough, perhaps this magic rock will stretch all the way to the island to make a bridge for me to join my beloved.’

“The truth is that the rock was really not magical, but quite simply, it couldn’t stand one more minute of that incredible racket, those love-struck bleatings being issued by an overly sentimental sheep. So it was just doing the best it could to get away from them....

“After listening to the sheep for so much and so long, it was making them crazy !

“On her side, his love had figured out what her lover was trying to do, and so the both of them baa-ed with all their hearts, and the rocks under them continued to stretch like the nose of Pinocchio. Finally, our two lovers were so close that they made one flying leap toward each other, and, at that moment, the two rocks joined together in the middle of the bay, and the two stood, on this new bridge, face to face, at first almost touching, then, overcome with emotion, kissing, baa-ing no longer.

“Immediately the bridge recoiled, and they were really air-kissing in the emptiness, when, out of breath, they stopped hugging and fell like rocks into the sea, white rocks, rocks that baa-ed.

“At this, all the other sheep, those on the cliff like those on the island, began to bleat in horror, and their baa-ing, so strong and so prolonged, made the rocks rejoin – even while trying to get away at the same time – making again a bridge so that our lovebirds...”

“Are these sheep or are they lovebirds ?” interrupted Ruud, who was a little lost in all this zoo.

“So that our lovebirds were rejoined immediately, too,” continued Blandine, without even deigning to respond, “and on which they found their sure footing and baa-ed and baa-ed and baa-ed.

“At this point they knew, having gone through so much, that their baas were far superior to any words, for their baas could move even the rocks. And so, without even having to consult each other on the matter, they had decided that they would, from that moment on, baa forevermore.

“In solidarity, all the other sheep and all the sheep that followed – and their like – decided to imitate them, and, as it is known that baa-ing is so much better, so much more to the point – and is contagious, even man has come to adopt it.

“And that is why, to this day, sheep say baa.

“It is, as always, because of love.”

“It is a little far-fetched, a little long in the hair, your story, no ?” slipped in Cormac.

“Not by hair, by fleece !” retorted Blandine. “However, it’s true ! The fact is that rocks absolutely can’t stand to hear sheep bleat. That is why they leave everywhere there are sheep.”

“If I really understand,” Ed thought out loud, “it is not the rocks that attract the sheep, it is the sheep that chase away the rocks.”

“Yes. They are trying to save themselves. But that will take time.”

“It is for that reason that we put sheep everywhere there are lots of stones. On account of their bleating, which make the stones come out,” explained Françoise.

“And,” added Alain, “the sheep that bleat stronger and more often have noticed something : they baa ; the rocks go away ; and that means more grass to eat.”

“Men have also noticed that,” added Blandine, “and they lead their herds into the mountains, hoping that the mountains will flatten themselves out rather that have to put up with the constant bleating of sheep.”

“But the mountains are a little hard of hearing ; it will take time for that to happen,” Ruud topped off.

“The proof !” concluded Cormac triumphantly. “As there have been, for a very long time, sheep in Ireland, and the mountains are so rounded that they have become just very soft hills....”

“Are you serious, or what ?” worried Ger.

Then everyone stopped talking. They all looked at each other.

And then Nell spoke, “Listen. It makes sense, no ?”

© SAGAULT 2006
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